02/07/2007
Quand une journaliste américaine refuse la peoplelisation de l'information
Entre deux cartons à remplir (ce qui explique mon absence en dépit des nombreuses idées d'articles qui me sont venues ces derniers jours), je vous propose cette petite vidéo sur laquelle je suis tombé par hasard.
La scène se passe aux Etats-Unis, le 26 juin 2007, sur la chaîne américaine d'information continue MSNBC. La journaliste Mika Brzezinski est coprésentatrice de l'émission Morning Joe. La première nouvelle qu'elle doit annoncer est celle de la libération de Paris Hilton. La riche héritière, a en effet été emprisonnée pour avoir conduit en état d'ivresse (ce n'était pas la première fois) et sans permis de conduire.
En direct, Mika Brzezinski refuse d'annoncer cette nouvelle. Elle déteste cette histoire et estime qu'il ne faudrait pas en parler. Sur la vidéo, on la voit essayer de passer à une autre nouvelle. Elle déchire le script après avoir tenté - en vain - d'y mettre le feu. Puis elle en passe un autre à la déchiqueteuse en annonçant "voilà ce que je pense de l'histoire de Paris Hilton".
Vu de France, les journaux américains passent pour ne s'intéresser qu'aux petites affaires people (les frasques sexuelles de Bill Clinton, même s'il a également menti sous serment, le procès Jackson, les états d'ébriété de Paris Hilton, les courses poursuites...). C'est sans doute en partie fondé. Aussi je trouve ce geste courageux et sain de la part de la journaliste, surtout vu la réaction de son collègue.
Que dire en effet de cette petite phrase mesquine : "You're not a journalist any more" et qui la force à faire son travail ? Ainsi le journalisme pour cet homme (mais pour d'autres aussi) c'est de considérer la libération d'une héritière oisive, à la conduite peu exemplaire, coquille vide créée par les médias, comme l'information principale ? Au détriment, dans le cas présent, du désaveu de la politique américaine par le sénateur républicain de l'Indiana Richard Lugar, autrefois soutien de George W. Bush ?
En France aussi, on critique parfois la tentation sensationnaliste ou peopleisante des médias, surtout télévisés. C'est au public d'affirmer son refus d'un tel écueil néfaste pour l'information, et aux journalistes de résister à la tentation audience plus forte au détriment de l'analyse. C'est moins évident qu'il n'y paraît, la pression existe au sein des médias. La preuve en images.
TITEM
15:45 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Médias, USA, People, Journalisme, Irak
20/06/2007
Nicolas Sarkozy, président de tous les Français ?
Une fois élu, le candidat acquiert une autre stature : celle du Président de la République. Il n'est plus seulement le candidat d'un parti, élu par une majorité des électeurs qui se sont exprimés. Il devient le dirigeant, le représentant de tous les Français. Qu'on le veuille ou non. Cela correspond à l'idée que se faisait le fondateur de la Vè République, Charles de Gaulle, du Président de la République. Un homme au-dessus des partis et des coteries.
Mais une fois que l'on a dit ça, on n'a pas beaucoup avancé sur la position du nouveau Président de la République, Nicolas Sarkozy. Elu par près de 19 millions de Français, soit 53% des 85% d'électeurs : c'est un nombre significatif, important, mais ça n'est pas la majorité des Français. Il lui faut donc user de symboles et de formules pour tenter de réunir tous les Français, quelques soient leurs différences.
Evocation de telle figure de l'histoire, effets rhétoriques... et nominations de quelques hommes et femmes politiques d'un parti différent que le sien, et qui acceptent de tenter l'expérience d'apporter des idées différentes à un gouvernement où ils sont minoritaires. Le cas le plus emblématique est le tandem Christine Boutin, de la droite chrétienne et sociale, et Fadela Amara, socialiste engagée de Ni Putes Ni Soumises. Toutes deux ont une certaine connaissance de la ville à faire valoir. Auront-elles l'occasion de faire entendre de manière égale leur opinion, rien n'est moins sûr. Mais la politique est aussi une affaire de communication, et de symboles.
Et en parlant de symboles, en voilà un qui m'a frappé. Mercredi 20 juin, le JT du 20h de TF1 est occupé en grande partie par une interview exclusive du chef de l'Etat, menée par PPDA et Claire Chazal. Et alors me direz-vous ? Ce journal est le plus regardé en France, d'autant que la rédaction de France Télévisions connaît une crise interne. Oui mais voilà : TF1 demeure dans l'esprit des Français une chaîne de droite, à tort ou à raison. C'est une chaîne privée, appartenant à Martin Bouygues, l'un des amis de Nicolas Sarkozy. Et ce dernier a annoncé qu'il n'avait pas l'intention de s'adonner à la traditionnelle interview du 14 juillet. Comme symboles, on pouvait s'attendre à plus adroit de la part du Président de la République, Président de tous les Français... qui ne s'exprime pas en direct sur la chaîne publique. Etait-ce une volonté du Président, de la rédaction de TF1 qui voulait l'exclusivité ? Je l'ignore, mais le résultat est là.
D'autre part, à plusieurs reprises, Nicolas Sarkozy s'en est pris à la gauche, notamment à Ségolène Royal, comme à ce moment là :
"J'ai vu ce qu'avait dit Mme Royal, qu'elle me permette de dire une chose, si on n'essaye rien on a rien. Ca aussi, on peut rester assis sur la partie la plus confortable de son anatomie. On regarde passer les trains, on ne pense rien, on ne propose rien on ne dit rien : avec ça, moi je n'ai pas été élu pour ça. J'ai été élu pour agir et donner des solutions".
On a certes critiqué, et je suis de cet avis, le manque de prise de positions de Ségolène Royal, qui se défaussait d'un geste de la main "les partenaires sociaux en discuteront". Oui, il faut essayer, tâtonner, avant de trouver une politique qui donne des résultats positifs. De là à s'attaquer, en tant que Président de la République, de cette façon là, à une personnalité de l'opposition, comme il pouvait le faire lors de la campagne présidentielle, il y a une marge.
C'est la fonction de Président qui transforme l'homme en président. Nicolas Sarkozy a rappelé plusieurs fois qu'il mesurait encore plus la responsabilité qui est la sienne. On le voit d'ailleurs moins en retrait que ses prédécesseurs. Mais s'il agit comme un opposant, ou un candidat, il aura encore plus de mal à convaincre qu'il est bien le Président de tous les Français.
TITEM
23:30 Publié dans Retour de manivelle : politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, France, Sarkozy, Médias
11/06/2007
Vers le désert d'avenir pour le PS ?
Dès l'annonce des premiers résultats, la gauche appelait les abstentionnistes (17 millions soit 39,56%) à se mobiliser pour leurs candidats restants, afin de limiter la vague, la "chape" bleue qui s'annonce. La droite, avec raison, rappelle que les Français votent pour qui ils veulent, et réagiront marginalement au message "pas trop de députés de droite".
Une telle interrogation en réalité cache les vrais enjeux qui s'annoncent pour le Parti Socialiste. Le plus préoccupant n'est peut-être pas sa situation actuelle - ils peuvent toujours rebondir. Mais le veulent-ils vraiment ? Quelques minutes après sa défaite à l'élection présidentielle, Ségolène Royal se félicitait de la campagne qu'elle avait menée, du renouveau qu'elle avait engagé dans le paysage politique. Un peu comme si sa victoire, c'était d'être parvenue à faire 47% contre un président d'ores et déjà élu. 47%, un score pourtant moyen.
Ségolène Royal et l'inconséquence de la défaite : langue de bois ou aveuglement total ?
Et au journal télévisé de David Pujadas, Ségolène Royal, à la recherche des voix MoDem, essaye de nous refaire le coup
de la "colère saine", s'attaquant d'un ton cassant au manque de pluralisme de France 2. En cause ? Deux reportages. L'un consacré à Alain Juppé, seul ministre dont l'élection n'est pas assurée. Le nom du numéro 2 du gouvernement a été annoncé 5 fois, pas celui de son adversaire socialiste, pourtant interviewée. L'autre, consacré à des personnalités politiques socialistes, les unes en ballotage très favorable (Fabius, Hollande, DSK...) les autres en difficulté (Montebourg, Dray, Chevènement...). Ségolène Royal accuse : " (c'est) assez scandaleux pour les candidats que vous annoncez battus d'avance"... Certes elle ne peut dévoiler ses doutes. De là à mimer la colère, c'était parfaitement grotesque.
Voilà le danger pour le Parti Socialiste : le déni de ceux qui le gouverne. Le PS aurait soit-disant entamé l'ouverture politique vers les minorités, alors que l'on voit toujours les mêmes têtes aux commandes quand la droite se renouvelle. Le PS aurait entamé sa refondation politique : or il navigue toujours entre la résurrection de la gauche plurielle et la tentation socio-démocrate, la droite a trouvé une voie et une voix : le programme de N. Sarkozy. Les défaites seraient des tremplins pour l'avenir, or les Français ont refusé par trois fois le projet du candidat socialiste. D'après Ségolène Royal, il n'y aurait pas de problème d'entente au sein du PS. Entre ceux qui veulent refonder le parti, ceux qui critiquent la manière dont ont été conduites les élections, ceux qui veulent leur place au soleil... François Hollande voit d'un mauvais oeil cet appel direct de sa compagne à François Bayrou, qu'elle a appelé dimanche soir.
On annonce que la plume de Laurent Fabius, Guillaume Bachelay, programme la sortie de son prochain ouvrage : "Désert d'avenir. Histoire de la gauche, 1983-2007". Au train où vont les choses, le 2ème tome "2007 et après" risque fort de voir le jour lui aussi.
TITEM
22:00 Publié dans Retour de manivelle : politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Elections législatives 2007, PS, Royal, Hollande, Médias, France
07/06/2007
No Comment récompensé par le CLEMI
Le journal lycéen No Comment du Sacré-Coeur de Tourcoing a été récompensé par le CLEMI (Centre de Liaison de l'Enseignement et des Moyens d'Information). Le trimestriel arrive 1er dans sa catégorie (voir ici). Ce "coup de coeur" (3ème dans l'ordre des prix décerné) lui permet d'obtenir une prime de 1000 euros, offerte par la Fondation Varenne (Association pour la presse et la communication, du nom du créateur du quotidien La Montagne) et de l'EMI (Ecole des Métiers de l'Information. Un stage de formation presse d'une semaine à l'EMI est également offert... pour une personne. Dommage que l'ensemble de l'équipe du No Comment ne puisse en bénéficier, car ce journal est basé sur la complicité et la bonne entente entre les deux professeurs "rédacteurs en chef" (et de façon non accessoire, dessinateurs de talent) et les élèves.
No Comment est également arrivé second au festival Expresso, juste derrière le journal de Sciences Po Paris. A cette occasion, Nord-Eclair lui a consacré un article, et je profite de ces distincitons pour apporter mes félicitations à cette publication lycéenne.
J'en parle d'autant plus volontiers que j'ai moi-même fait partie de l'aventure "No Comment" de septembre 2001 à juin 2004. J'ai suivi l'évolution de ce journal : de la salle de classe 890 à notre "local" au 2ème étage de l'administration, l'organisation "officielle" et officiellement au second degré des cérémonies de remise des coquillettes pour les professeurs les plus drôles de l'année, la progressive hausse des ventes... Mais les souvenirs les plus forts restent - et je l'ai déjà dit à ceux de mes amis qui y sont restés ou qui y ont participé - les fous rires de ces réunions de rédaction. Surtout pour mes derniers numéros. Une heure de franche bonne humeur, que j'attendais tout le long de la semaine, qui permettait de mettre une parenthèse entre les cours plus sérieux.
J'ai continué à lire le journal, et j'ai pu constater que ce dernier entrait progressivement dans le paysage de mon vieux Sacré-Coeur. Et dire que certains croyaient (et croient certainement encore) que nous nous prenons au sérieux ! Du travail sérieux, mais toujours dans la bonne humeur : aujourd'hui récompensé par le CLEMI. Ce n'est pas tous les jours que je tisse des lauriers, profitez-en !
Progressivement aussi, le journal gagne en assurance, les dessins se font plus précis, plus drôles aussi, les articles plus affûtés, la finition plus aboutie... Il permet aux acteurs du lycée de s'exprimer, avec beaucoup de lucidité et d'auto-dérision, voire d'esprit caustique, ce qui a pu faire grincer les dents de certains. Je vous invite d'ailleurs à regarder le numéro 20 de No Comment, que j'ai trouvé parmi l'un des plus drôles parus jusqu'à présent (1ère partie / 2ème partie / 3ème partie / 4ème partie).
Aussi, encore félicitations à toute l'équipe du No Comment, longue vie au journal du lycée... Et encore merci pour ce que vous m'avez appris !
TITEM
P.S. : La rubrique "No Comment" et le nom de mon blog "Retour de manivelle" font d'ailleurs une référence directe à ces années-là... C'est même à partir de ce moment-là que j'ai commencé à rédiger sous le pseudonyme de Titem.
20:00 Publié dans Titem : le journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Titem, Médias, No Comment, Etudes, Tourcoing, récompense
28/05/2007
Les Teletubbies trop gay pour la Pologne ?
19:30 Publié dans No Comment ! | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Pologne, Médias, Education, Homosexualité, Ridicule
10/05/2007
Les médias absents de la fête de l'Europe
Obnubilés par la croisière de Nicolas Sarkozy sur le yacht de Vincent Bolloré, suite à son éléction, les médias en auraient totalement oubliés de parler des vrais sujets, ceux qui, à défaut d'intéresser les Français, devraient être abordés. Alors peut-être que je vous l'apprends, mais hier, le 9 mai donc, c'était ... la fête de l'Europe !
Pas un reportage, si peu d'articles de presse ou de commentaires à la radio, à propos de la fête de l'Europe qui fêtait cette année ces 50 ans ! L'Europe, à laquelle nous appartenons, qui règle notre quotidien (sans il est vrai que l'on s'en aperçoive, grâce à laquelle nous devrions être plus fort à 27 que seul. Pas un mot. Ah si : pour présenter l'Europe sur un mode dépréciatif en annonçant les risques de sanctions contre la France si elle n'ouvre pas le livret A à la concurrence.
Que signifie ce quasi-silence ? Que les quelques jours de repos de notre futur Président de la République sont plus intéressantes que l'avenir de l'Europe et des Européens ? Dans ce cas, je plains notre pays qui subit cette peoplesation de la politique et cette course au sensationnel au détriment de l'analyse.
Cela signifie qu'aucune fête d'envergure n'a été prévue ? C'est possible, mais cela dispensait-il de dire pourquoi, et quels sont les projets du futur président de la République pour relancer l'Europe ? A ce titre, il aurait été tout à fait intéressant de parler davantage de la réaction du Président de la Commission constitutionnelle au Parlement Européen, le social-démocrate Jo Leinen (voir cet article). Ce dernier a estimé que "le mini-traité européen proposé par Nicolas Sarkozy est inacceptable". Il a ajouté qu'il n'accepterait aucun régression en matière de démocratie, de transparence... et dénonce les tentatives de "pinaillage". Ce n'est d'ailleurs pas tant une réponse à Nicolas Sarkozy en particulier qu'à l'ensemble de nos hommes politiques, qui croient que l'on va pouvoir renégocier une constitution issue d'un difficile compromis après des années de tractations. Et surtout, on semble trop souvent l'oublier, alors que 18 pays, soient les 2/3 des Etats-membres de l'UE, ont approuvé ce traité constitutionnel !
Les hommes politiques en ont peu parlé pendant leurs campagnes respectives ? C'est vrai, mais si les médias n'en parlent pas eux-mêmes, que l'on ne s'étonne pas par la suite que les Français soient si mal renseignés sur l'Europe. Quand je vois la manière dont les européens s'intéressent à nous, et dont nous nous intéressons à eux, le fossé se creuse. Et je ne trouve pas cela rassurant du tout.
"On a les médias que l'on mérite" me confiait récemment un blogueur. Les médias vont sans doute justifier leur fixation sur le séjour de Nicolas Sarkozy parce que "cela intéressait les Français, et il y avait une polémique à ce propos". Polémique qu'ils ont eux-mêmes créés par ailleurs, la plupart des Français considérant que cela relevait de la vie privée du futur Président. C'est donc à nous, lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, d'affirmer notre refus de cette tendance sensationnaliste des médias. A nous de faire savoir que ce dont on a envie que l'on nous parle n'est pas ce qu'ils croient, pas des informations pour l'audimat.
TITEM
PS : Nous sommes toujours à la recherche du plan B tant annoncé par les anti-libéraux !
16:00 Publié dans Médias , Retour de manivelle : international | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Médias, Europe, Droit, Sarkozy
08/05/2007
Quand Nicolas Sarkozy voyage en falcon maltais, les médias voient rouge...
Pour quelqu'un qui voulait passer des vacances en famille et dans la discrétion, c'est raté. Après avoir laissé sous-entendre qu'il pourrait partir en Corse, les autorités aéroportuaires maltaises ont fait savoir que Nicolas Sarkozy avait débarqué à La Vallette. Dès que les médias ont compris que la Corse n'était qu'un chiffon rouge pour les duper, tous ont cherché à savoir ce que cachait ces quelques jours loin des troubles de la France.
Tout tout tout vous saurez tout sur Sarkozy ! Et comment son ami, l'industriel Vincent Bolloré lui a prêté son jet privé (un Falcon 900 EX) pour arriver en territoire maltais, avant d'embarquer sur un luxueux yacht, le Paloma, là encore appartenant à Vincent Bolloré. On connait toutes ses dimensions et son équipement. Vous voulez des photos privées et volées des quelques moments intimes entre notre futur président, sa femme Cecilia et leur jeune fils Louis ? Vous en aurez, les paparazzis ont déjà débauché des hélicoptères pour prendre de tels clichés.
On ne parle plus que de ça : le séjour de Nicolas Sarkozy à Malte ! Mais également de son repas au Fouquet's avec ses amis Jean Reno, Christian Clavier, Johnny Hallyday... Et c'est important ! Un homme politique parle sur France 2 de son analyse personne du vote ? Stop ! David Pujadas vous interrompt et souhaite entendre l'avis très docte de Johnny Hallyday.
Petite digression mais qui démontre une nouvelle fois l'écueil sensationnaliste des journalistes. Oui, il est facile de critiquer les médias... Mais ils donnent vraiment le bâton pour se faire battre. Car le mal est fait, et les Français réagissent. Il y a ceux bien sûr qui trouvent ces dépenses parfaitement scandaleuses : restaurant chic, hôtel prestigieux et yacht de luxe : Nicolas Sarkozy, l'ami des riches ! D'ailleurs voyez, Johnny Hallyday revient !
Un peu de sérénité merci... Alors certes, ce n'est peut-être pas très habile au niveau médiatique pour quelqu'un qui souhaite réunir tous les Français. Le socialiste Vincent Peillon dénonçait en ce sens une "faute de goûts (...) une forme d'arrogance et d'insulte". Re-voilà l'escalade verbale... Mais voyez l'effet d'annonce de la visite de Nicolas Sarkozy en Corse ! On peut comprendre dès lors qu'il ait choisi le calme des eaux méditerannéennes. Qui fait le tapage médiatique, si ce ne sont pas les médias eux-mêmes ?
N'aurait-il pas le droit de prendre des vacances, lui qui, on le sait, en prend rarement ? Et avec sa famille qu'il n'a pas dû voir souvent ? C'est son argent, à moins que Vincent Bolloré ne lui ait prêté ! Et il est encore en droit de faire ce qu'il veut, et de partir en croisière !
Une telle collusion entre les grands industriels et un homme politique peut choquer, mais on le savait déjà. Ce qui pose problème, c'est lorsque les relations personnelles recontrent les intérêts politiques. C'est certainement moins hypocrite que de posséder des villas au bord de mer, ou des grands studios à Paris et de faire comme si cela était honteux.
Autant de remarques que les médias auraient sans doute mieux fait de rappeler par honnêteté. Ou mieux : ne pas en faire leurs unes. Cela nous aurait permis de parler des vrais sujets, et les réformes des 5 années à venir.
TITEM
18:50 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Médias, Politique, Sarkozy
23/04/2007
Elections présidentielles 2007 : vers un changement de la politique en France ?
Les Français ont donc fait leur choix, et l'élection présidentielle, comme à chaque fois, a livré son lot de surprises. Une élection très particulière puisque pour la première fois, ni le Premier Ministre, ni le Président en exercice se sont présentés. Pour la première fois également, l'un des grands partis présente une femme. Ces résultats n'ont pas manqué de commentaires et il faudra sans doute quelques temps pour bien en comprendre tous les enjeux. Mais je tiens à livrer ici mon sentiment.
La première surprise de cette élection : le taux de participation. On savait les Français intéressés par cette élection en dépit de débats plutôt plats, l'abstention pour ce premier tour ne s'élève qu'à 16.22%, un taux qui n'avait pas était atteint depuis 1974 (15.8%). Il serait intéressant de savoir vers qui se sont tournés ces électeurs supplémentaires. Une bonne nouvelle pour la démocrate dans tous les cas, à l'heure où certains parlaient de la France comme d'une "démocratie d'abstention".
L'autre surprise - si l'on peut dire - ce sont les excellents scores de Nicolas Sarkozy (31.18%) et de Ségolène Royal (25.87%), les deux prétendants à l'Elysée qui s'affronteront au 2ème tour le 6 mai. Non pas que les sondages se seraient trompé (ce serait même le contraire) : mais ces pourcentages prennent une toute autre dimension si on prend en compte le nombre de bulletins de vote .
11 450 302 pour le candidat de l'UMP, soit près de 2 fois plus que Jacques Chirac en 2002, ce qui traduit un véritable vote d'adhésion en sa faveur. Il est sans conteste le candidat qui ne laisse pas indifférent : on l'adule ou on le craint. Il est en tout cas parvenu à conserver sa première place quasiment de bout en bout de la campagne, qu'il aborde avec confiance. Des résultats qu'un candidat de droite n'avait pas retrouvé depuis fort longtemps, mais diffilice à mettre en comparaison vu que le nombre de votants a bien évidemment augmenté.
9 501 295 pour la candidate du PS, c'est là encore près de 2 fois plus que Lionel Jospin en 2002. Elle égale en pourcentage François Mitterand en 1981. Elle est parvenu à conjurer le sort du 21 avril 2002 qui vit l'élimination de Lionel Jospin, et à faire taire ceux qui ne la voyaient pas au second tour. Mais c'est sans doute moins sa personnalité, qui a joué que le fameux "vote utile"... dont je ferais état plus tard. ![]()
En 3ème position, on retrouve comme prévu le candidat de l'UDF, alors même qu'un sondage CSA post-campagne (samedi 21 avril) le plaçait en 4ème position. Parti de 6% au début de l'année, François Bayrou obtient 18.5% des voix, soit 2.7 fois plus qu'en 2002, mais surtout 6 820 914 de voix, soit 3.5 fois plus qu'en 2002, un nombre de bulletins supérieur à Jacques Chirac en 2002 ! Le candidat centriste est apparu souriant, satisfait du résultat obtenu bien qu'espérant parvenir au 2nd tour. Pour lui, sa réussite est d'avoir fait apparaître un "centre large, fort et indépendant". Un tel score le place en arbitre du second tour, et déjà, les démonstrations de sympathie à gauche comme à droite pour récupérer son électorat, voire un soutien verbal de François Bayrou se font jour. Pour autant, si les jeunes ont majoritairement intégré récemment le parti centriste, François Bayrou fait surtout un beau score parmi les plus de 55 ans, et il n'est pas parvenu à attirer les sympathies de l'électorat populaire.
Saluons le fait que le 3ème parti de la France ne soit plus le Front National, mais un parti démocrate. L'autre surprise du jour, mais qui s'explique aisément par l'effet automatique d'une forte participation (comme je l'avais démontré ici), c'est la chute de Jean-Marie Le Pen : il n'obtient que 10.44% des voix, son plus mauvais score. Avec 3 835 029 bulletins à son nom, il perd même presque 1 million de voix. Grand perdant (et mauvais perdant) de cette élection : il accuse Nicolas Sarkozy de lui avoir voler ses électeurs, et tous d'avoir piqué ses idées. Mais le million de voix perdu par Jean-Marie Le Pen ne suffit pas à expliquer le score de Nicolas Sarkozy. Le Président du FN joue les Cassandre en annonçant les cinq années de malheur à venir, et plaint les Français qui vont se faire "cocufier". On appréciera la remarque... En tout cas, la prochaine réunion du Front National s'annonce houleuse, et la passation de pouvoir avec sa fille Marine Le Pen, sa directrice de campagne, critiquée pour avoir trop joué sur le côté populaire pourrait être plus difficile que prévue.
Au-delà, c'est la débâcle. Aucun candidat ne parvient au seuil de remboursement des frais de campagne, fixé à 5% des suffrages exprimés. Seul Olivier Besancenot, avec 4.05% des voix, tire son épingle du jeu. Le "vote utile" et le syndrome du 21 avril ont eu un effet dévastateur sur les votes à gauche : le PCF et Marie-George Buffet enregistrent leur plus mauvais score de leur histoire : 1.93%. José Bové avec 1.32% des voix n'est pas incarner le vote anti-libéral et non partisan. Pour sa dernière campagne, Arlette Laguillier ne recueille que 1.33% des voix, son plus mauvais score, et perd 1.2 millions de voix par rapport à 2002. Lourd revers enfin pour Dominique Voynet : les verts, avec 1.57% des voix, perdent eux aussi près d'1 million de voix. Gérard Schivardi arrive en dernière position avec 0.34% des suffrages.
Au final le vote utile a donc considérablement joué. Mais Ségolène Royal a grillé une cartouche qui risque de se retourner contre elle : elle dispose d'un très faible réservoir de votes pour le 2ème tour. Pour s'assurer une victoire, elle va devoir impérativement rechercher les voix du centre. Les partis de gauche ne recueillent en effet que 36% des suffrages.
A droite enfin, Frédéric Nihous perd son pari de dépasser les verts :il arrive 11ème avec 1.15% des voix. CPNT perd 800.000 voix. "La ruralité d'abord" n'a pas convaincu. Enfin, Philippe de Villiers n'est pas parvenu à être la surprise qu'il annonçait, ni à représenter une alternative entre la droite traditionnelle et la droite nationale : il ne recueille que 2.23% des suffrages.
Les médias annoncent, et semblent même se féliciter, du retour de la bipolarisation de la vie politique française. Ce jugement prête à débat : François Bayrou représente tout de même 18.5% de l'électorat ce qui est loin d'être négligeable, d'ailleurs les médias ne manquent pas de rappeler que même en position d'arbitre, il est la clé du 2nd tour. En outre, cette bipolarisation devrait interroger les journalistes : de 40% des suffrages en 2002, les trois partis démocrates majoritaires (PS, UDF, UMP) recueillent maintenant 75% des suffrages ! Est-ce à dire que les Français se sont réconciliés avec les grands partis, qu'ils ont le sentiment qu'ils vont répondre à leurs attentes ? Cette réaction pour empêcher Le Pen d'arriver une nouvelle fois au second tour s'est traduit par "un vote utile" lequel ne reflète pas réellement l'opinion des Français. Mais ces derniers sont loin d'avoir signé un chèque en blanc à Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, et n'hésiteront pas à faire entendre leurs désaccords, faute d'avoir pu le faire dans les urnes.
TITEM
22:15 Publié dans Retour de manivelle : politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Elections présidentielles 2007, Médias, France, Bayrou, Royal, Sarkozy
16/04/2007
Conférence de Jean-François Kahn à l'IEP de Rennes sur les bullocrates
Jean-François Kahn, fondateur et directeur de l'hebdomadaire Marianne, est intervenu le lundi 16 avril pour nous parler des bullocrates, un sujet qu'il aborde dans son récent livre "Les Bullocrates". Qu'est-ce qu'un bullocrate ? Comment faire éclater la bulle ?
Il est devenu un lieu commun de dire que la France tombe, chute... même si cela arrive parfois. Ce discours du déclin, véritable idéologie, est rémanent : de 1880 à 1914, ce sont près 95 livres qui ont été consacrés au déclin. En réalité, on pense la France en déclin depuis 1789. Mais attention : c'est ce genre de discours qui a justifié l'arrivée au pouvoir de Pétain. Le pendant de ce discours, c'est l'obsession du modèle étranger : c'est toujours mieux ailleurs.
Ce discours décliniste est notamment porté par le philosophe et historien Nicolas Baverez. Il est certes intelligent et toujours prêt à débattre... il ne tient jamais compte des remarques qu'on lui fait ! C'est ainsi que ce caractérise la bulle, dont fait partie Baverez. La bulle est composé de gens sûrs d'eux, empriosnnés dans leur cadre rationnel de vérité. Il n'est pas nécessaire, pour eux, d'écouter. Cela ressemble aux communistes des années soixante, qui vivaient en un système clos. La caractéristique de ce discours dominant de la bulle est celui d'une partie de la caste dominante, refermée sur elle-même.
Il faut cesser l'angélisme, ou inversement le déclinisme contre la France. Notre système de santé connaît un certain nombre de problèmes, mais il est bien portant si on le compare au système anglais. Tout serait mieux ailleurs, puisque l'on assiste à la fuite des cerveaux. Et pourtant, cette fuite est une sorte de progrès, avant on reprochait aux Français de rester dans leur pays et ne pas voir le monde !
En Angleterre, Tony Blair a lancé un cri d'alarme. Un sondage a agi comme un véritable électrochoc : 36% des Anglais préféreraient vivre en France, 28% en Italie, 24% en Espagne... Afin de trouver un meilleur climat et une meilleure gastronomie, mais aussi moins d'injustices sociales. Il faut donc relativiser, et demeurer pragmatique lorsque l'on compare la France à d'autres pays.
Il précise entre parenthèses qu'en matière d'emplois, il faut cesser d'attaquer tout gouvernement qui aurait fait augmenter le chômage : comme si l'on souhaitait qu'il demeure haut !
Il ne faut pas être aveuglé et rester critique. Ainsi en Suède, 60 ans de social-démocratie ont été salués comme une longréussite économique... pourtant ce parti a perdu les élections sur la question de l'immigration. Or, le pays ne compte que 3% d'immigrés ! Ce qui montre bien le problème de la perception. La France est le pays où l'on compte le plus d'immigrés. En réalité, le chômage en Suède s'élève bien à 10%. Les chômeurs de longue durée sont qualifiés d'handicapés du travail.
Ainsi, l'autre réalité du discours décliniste, c'est qu'i ne prend en compte que ce dont il a envie.
La France serait perçue comme un pays conservateur, rétif à toute réforme. Or, que de transformations en France en 20 ans ! Bien plus qu'en 2 siècles ! Pour le meilleur comme le pire : la France est l'un des pays où l'on compte le plus grand nombre de grandes surfaces. D'ailleurs, la France exporte beaucoup d'enseignes à l'étranger (Carrefour, Auchan...)
Le système social était mixte en France. Or en 25 ans, on assiste à la privatisation des entreprises. Tout le système bancaire, les services publics, et même les autoroutes ! Le modèle social français se caractérisait par la sécurité du travail (avec certes ses rigidités que certains regrettent). Aujourd'hui : les nouveaux emplois représentent 71% des CDD ! La société française était relativement égalitaire, car la société l'était.
Par exemple, Henry Ford gagnait (officiellement) 20 fois plus que ses ouvriers. Le banquier Morgan, 50 fois plus. En France, Zacharias (du groupe Vinci, qui a bénéficié de la privatisation des autoroutes). On a appris par hasard grâce à son successeur que l'ensemble de ces stocks-options lui garantiraient 250 millions d'euros de plus-value ! Il souhait recevoir 50 millions en plus, ainsi qu'une retraite spéciale d'1.25 millions de francs par mois et une prime de 8 millions d'euros pour son achat des autoroutes. CCe changement aurait été inconcevable il y a quelques décennies ! Cela correspond à 30.000 années de rémunération d'un salarié moyen !
Ce qui choque le plus, ce n'est pas tant le montant ahurissant du salaire, que le fait que ce soit l'homme lui même qui s'attribue ce salaire. Il faut être fou à lier pour pouvoir se signer un tel salaire, et de penser que l'on vaut des milliers de fois plus qu'un salarié !
L'Angleterre a le même système métrique, les mêmes bus à étages, leurs policiers les mêmes costumes... Aux Etats-Unis, il y a toujours la peine de mort, l'interdiction de l'avortement dans certains Etats, les crucifix dans les écoles et les prières dans les cours...
Pourquoi un tel discours sur le déclin ? Parce que ceux qui ne veulent pas reconnaître que cela a effectivement changé, c'est aussi à cause d'eux ! Il est des résultats si graves qu'ils ne peuvent en assumer la responsabilité !
La 35h fut une réfome, de même que le PACS. Mais quid du Sénat ? Du scrutin proportionnel ? D'un impôt unique sur tous les revenus et progressif ? De la réforme de l'orthographe et de la vieille Académie Française ? De la suppression du département et du préfet ? Du SMIC, des retraites ? De la baisse du nombre de fonctionnaires ? Il est aberrant de constater que le Ministère des Anciens Combattants compte toujours autant de fonctionnaires, mais moins d'anciens combattants !
La bulle est atteinte d'une réelle schizophrénie : ils ne peuvent assumer la responsabilité de leurs bilans, ils appellent à une réforme qui seraient refusée mais refusent d'entendre les volontés de changement de la société française ! Le conservatisme est dans la bulle, pas ailleurs.
Sous Louis XIV, quand un aristocrate de province montait vers Paris, il voyait la pauvreté. Mais pas aujourd'hui.
Avant, on nommait les personnes pour leurs compétences. Mais aujoud'hui ? Le groupe Hachette est énorme, et à la mort de Jean-Luc, c'est son fils Arnaud qui a pris les rênes. Mais c'est un incapable, uniquement intéressé par le sport ! Que dire de la gestion d'EADS, qui a connu le succès grâce à ses ingénueurs, mais plombée par l'incapacité d'hommes comme Forgeard et Lagardère ? Le plus choquant, c'est que non seulement ils échouent, mais ils prennent les sous !
Le Président d'Axa publie un rapport où il estime que le SMIC est trop haut... il en gagne 800 fois plus. Le Président de Vinci emploie un conseiller pour son cabinet de travail, qui appartient également au conseil d'administration, ce qui est en outre interdit : Alain Minc. Cette caste des bullocrates vit entre elle, et se reproduit.
Or la France est aussi un pays d'innovation : il faut voir les initiatives des associations et des sociétés, la vigueur de l'artisanat, la volonté de changement... l'inverse du discours dominant : c'est la bulle qui en crise, l'espoir est à la base.
Et quel espoir pour que la bulle explose ? Parmi les grands moments de l'histoire de la France, il y eut ceux où la France où fit crever la vulle. A la Révolution Française, c'était la bulle aristocratique qui possédait tous les postes, et qui fut facilement remplacée par des petits bourgeois éduqués. En 1830, on a fait crever l bulle culturelle, la culture a retrouvé une vigueur renouvellée. De même durant les 30 glorieuses... même s'il y eut la décolonisation, ce fut aussi le temps du plein-emploi, des budgets équilibrés, des hausses de salaires, des nouveaux acquis sociaux...
De même qu'en 1944, une union nationale est nécessaire pour faire crever la bulle, la révolution nécessaire est humaniste. Il faut remettre l'homme au centre, pas les profits. Afin d'éclater labulle, il faudra concrètement et politiquement parlant réunir des forces différentes, et dépasser lesclivages partisans.
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Au cours du débat avec le public, Jean-François Kahn a précisé que la bulle ne recouvre pas entièrement l'élite.
A propos de son soutien à François Bayrou, il précise que cette critique de la bullen'est pas nouveau chez lui, et que c'est tout naturellement que son choix va se porter pour la candidat de l'UDF, puisque ce dernier est venu vers ses idées (et non l'inverse !).
Pour jean-François Kahn, le problème du formatage des médias n'est nullement une question de pressions économiques : ils sont formatés bien en amont, dans leurs formations et leurs fréquentations.
A la question d'une plus grande efficacité de la révolutiondu côté des personnes plus radicales, Jean-François Kahn estime que la véritable révolution doit se traduire dans un regroupement de la majorité, d'un tous-ensemble, et non dans une logique de marginalisation qui ne ferait que servir la logique néo-libérale. Une logique capitaliste que ses détracteurs qualifie de valeurs, mais qui n'en a nullement les valeurs. Il faut donc réhabiliter les valeurs libérales de la concurrence (au lieu de la concentration, de la monopolisation) de l'investissement...
Au cours de cette conférence intéressante, on peut regretter que Jean-François Kahn n'est pas plus utilisé son dynamisme et son impertinence qui font le succès de Marianne. Il s'est sans doute aussi trop déporté vers une critique (certes pertinente) d'un nouveau capitalisme au lieu de se concentrer sur la bulle, catégorie qui est apparue au final plutôt floue.
TITEM
21:00 Publié dans Sciences Po Rennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Conférence, Sciences Po Rennes, Médias, Politique, Société
14/04/2007
Jusqu'où défendre le vote utile ?
Une simple rumeur, une dépêche, démentie mais largement commentée... Selon des sondages "cachés", provenant de sources autorisées,Ségolène Royal serait absente du second tour de l'élection présidentielle. Une panique morale telle que les médias s'emploient à relayer abondamment, sans prendre le soin de vérifier leurs infos. Car le mal est fait : même si ces sondages ont été démenties par ses "sources autorisées", plutôt agacées de voir leur notoriété à la contribution d'informations non vérifiées, le doute sur la véracité de l'intox demeure plus ancré que son démenti.
Ce fut d'abord l'envoi d'un mail, se présentant comme émanant d'une chercheuse de l'EHESS, et relayant une étude menée par le CEVIPOF (Centre d'Etudes de la Vie Politique en France), qui placerait Jean-Marie Le Pen en tête des sondages avec 20%, devant Nicolas Sarkozy (19%), Ségolène Royal (18%) et François Bayrou (11%). Information démentie par le CEVIPOF.
Puis le Nouvel Obs publiait un article où il mentionnait une étude menée cette fois par les Renseignements Généraux. Ces derniers donneraient Nicolas Sarkozy en tête avec 25-26%, devant Jean-Marie Le Pen, François Bayrou et Ségolène Royal, dans un mouchoir de poche à 19%. Les RG ont démenti l'existence d'une telle enquête, précisant qu'un panel de 15000 personnes coûte cher, et que depuis le 15 juillet 2004, ils n'auraient plus le droit de mener de telles enquêtes. Pour le Nouvel Obs, un tel démenti s'explique justement par le fait qu'ils se mettent hors-la-loi en produisant de telles enquêtes.
Les scores sont très serrés, aussi ceux qui relayent cette information oublient que cela peut encore évoluer. Mais de toute manière, je suis assez étonné que des médias puissent relayer de telles informations sans précaution. Cela s'appelle de la déontologie, et visiblement, les médias en ont manqué. Souvent, lorsque l'on fait mention de "sources proches", c'est que l'on désigne des personnes qui veulent rester anonymes... ou que l'on fait référence à la rumeur, au bruit. Soit les informations sont vérifiées, et on les publie de façon honnête, en précisant le contexte. Soit elles sont floues, et on se tait, on évite les approximations !
Si tenté que ces sondages soient vrais, il aurait fallu les replacer dans leur contexte, aussi prestigieux soient les instituts enquêteurs. Un sondage reste une photographie de sondages exprimés. Mais surtout, la conclusion des articles ayant répercuté ses deux rumeurs témoigne de la bipolarisation de la vie française. "Ségolène Royal exclue du 1er tour". Et pourquoi pas Jean-Marie Le Pen présent au second, ou François Bayrou exclu du premier ? Dans le jeu démocratique, n'importe quel parti, même si le clivage historique et partisan est coutumier de la vie politique française, doit être en mesure de concurrencer les autres !
Aussi cette tentative d'intimidation est-elle un nouveau signe tangible du "vote utile", destinée à influencer les électeurs dans leur choix final. Mais cette instrumentalisation de la part des médias pose à nouveau la question de leur objectivité. Et pour ma part, il est hors de question qu'ils se lancent dans cet écueil téléologique (autrement dit, ayant un objectif clairement visé) par ailleurs contradictoire avec la notion de démocratie.
TITEM
15:10 Publié dans Retour de manivelle : politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Elections présidentielles 2007, Médias, Vote utile





