21/11/2007
Concours commun à 6 IEP : une initiative à poursuivre !
Article également disponible à la lecture sur mon nouveau blog d'opinion et mon carnet de voyage.
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Ce dont les étudiants avaient eu vent par leur conseil d'administration respectif a été annoncé lors d'un communiqué de presse la semaine dernière : 6 Instituts d'Etudes Politiques ont décidé d'organiser un concours d'entrée commun. Il s'agit des IEP d'Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Rennes, Strasbourg et Toulouse.
Les Instituts d'Etudes Politiques dits "LAG" (Lyon, Aix, Grenoble) organisaient déjà un concours Rhône-Alpes-Méditerrannée. Rennes avait pousuivi la voie de la mutualisation des concours d'entrée en s'associant à Toulouse. Désormais, 2/3 des Instituts d'Etudes Politiques sont accessibles aux étudiants par un seul et unique concours.
Pour quelqu'un qui comme moi, a passé différents concours en 2004 et 2005, je trouve cette initiative particulièrement excellente.Le communiqué indique à juste titre qu'il s'agit "d'oeuvrer à la démocratisation du recrutement dans les filières sélectives de l’enseignement supérieur". Un seul concours, à passer dans la ville la plus proche de celle où l'on demeure. Même si l'on habite en plein milieu de la France, il est plus avantageux de n'avoir à payer qu'un aller-retour en train, une nuit d'hôtel, et le droit d'inscription à 6 concours (d'un montant de 180€), plutôt que de multiplier ses coûts par le nombre d'IEP ! Sans compter la fatigue et le stress accumulés par la succession des concours et l'attente des résultats.
Quoique, avec recul ça avait son charme aussi, le tour de France des IEP.
Cela permet donc à ceux qui n'auraient pas les moyens financiers de pouvoir tenter leur chance une fois mais d'avoir aussi statistiquement plus de chances d'être reçus. Là où autrefois ils ne tentaient que l'IEP le plus proche, ils pourront concourir dans 6. Et l'expérience montre que nombreux sont les gens qui tentent plusieurs IEP avant d'en obtenir un. Notons que les frais d'inscription pour les boursiers sont abaissées à 60 €.
Evidemment si le sujet ne nous plaît pas, on n'aura moins de chance de se rattraper ailleurs... Mais si l'on excepte ce facteur chance, les étudiants devraient y retrouver leur compte. Financier tout du moins.
Fort du constat que les IEP peuvent s'entendre pour mutualiser leurs concours communs, les étudiants des différents IEP attendent maintenant que leurs directeurs respectifs parviennent à achever avec succès les discussions pour l'ouverture de nouveaux masters et leur mutualisation, afin que l'on puisse avoir un choix beaucoup plus large pour notre avenir ! Chacun va bien sûr chercher à tirer la couverture vers soi, les négociations seront longues, mais n'oublions pas que c'est aussi notre avenir qui se joue !
Et pourquoi pas davantage d'accords avec les écoles de commerce, de journalisme... ?
TITEM
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18/04/2007
Résultat des élections présidentielles à l'IEP de Rennes
Le mercredi 18 avril 2007, l'Institut d'Etudes Politiques organisait une simulation de l'élection présidentielle du dimanche 22 avril 2007. Près de 3/4 des étudiants se sont exprimés (75.9% exactement). Les bulletins blancs et nuls ont été comptabilisés comme votes exprimés, contrairement à ce qui aura cours lors de la véritable élection présidentielle. Les résultats sont les suivants :
1) Ségolène Royal (PS) : 40.43%
2) François Bayrou (UDF) : 23.18%
3) Nicolas Sarkozy (UMP) : 8.89%
4) Dominique Voynet (Les Verts) : 5.93%
5) Olivier Besancenot (LCR) : 4.85%
6) Jean-Marie Le Pen (FN) : 4.31%
Bulletins blancs et nuls : 3.5%
7) José Bové (Altermondialiste sans étiquette) : 2.96%
8) Marie-George Buffet (PCF) : 1.88%
9) Frédéric Nihous (CPNT): 1.6%
10) Gérard Schivardi (soutenu par le PT) : 1.1%
11) Philippe de Villiers (MPF): 0.5%
12) Arlette Laguillier (LO) : 0%
Un résulat plus ou moins surprenant. Quelques remarques, qui n'engagent que le modeste étudiant que je suis, qui observe ce qui se passe à l'IEP :
- Le trio de tête reflète bien la composition de l'IEP de Rennes, considéré comme étant plutôt "de gauche".
- Le résultat élevé de Jean-Marie Le Pen (qui n'avait eu aucun bulletin en 2002) est un vote "farceur", venant surtout d'un groupe d'étudiants agacés par cette initiative qui aurait pu servir d'étude pour les sociologues.
- Le résultat relativement faible de Dominique Voynet par rapport à celui obtenu par Noël Mamère reflète bien la campagne de cette candidate à l'échelon nationale : affaiblie par le pacte écologie de Nicolas Hulot signé par plusieurs candidats, victime du "vote utile" et d'une campagne trop molle.
- Le score élevé de l'extrême-gauche, quoique éclaté, reste relativement faible en comparaison de l'activisme de certains étudiants très engagés politiquement contre le libéralisme.
TITEM
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16/04/2007
Conférence de Jean-François Kahn à l'IEP de Rennes sur les bullocrates
Jean-François Kahn, fondateur et directeur de l'hebdomadaire Marianne, est intervenu le lundi 16 avril pour nous parler des bullocrates, un sujet qu'il aborde dans son récent livre "Les Bullocrates". Qu'est-ce qu'un bullocrate ? Comment faire éclater la bulle ?
Il est devenu un lieu commun de dire que la France tombe, chute... même si cela arrive parfois. Ce discours du déclin, véritable idéologie, est rémanent : de 1880 à 1914, ce sont près 95 livres qui ont été consacrés au déclin. En réalité, on pense la France en déclin depuis 1789. Mais attention : c'est ce genre de discours qui a justifié l'arrivée au pouvoir de Pétain. Le pendant de ce discours, c'est l'obsession du modèle étranger : c'est toujours mieux ailleurs.
Ce discours décliniste est notamment porté par le philosophe et historien Nicolas Baverez. Il est certes intelligent et toujours prêt à débattre... il ne tient jamais compte des remarques qu'on lui fait ! C'est ainsi que ce caractérise la bulle, dont fait partie Baverez. La bulle est composé de gens sûrs d'eux, empriosnnés dans leur cadre rationnel de vérité. Il n'est pas nécessaire, pour eux, d'écouter. Cela ressemble aux communistes des années soixante, qui vivaient en un système clos. La caractéristique de ce discours dominant de la bulle est celui d'une partie de la caste dominante, refermée sur elle-même.
Il faut cesser l'angélisme, ou inversement le déclinisme contre la France. Notre système de santé connaît un certain nombre de problèmes, mais il est bien portant si on le compare au système anglais. Tout serait mieux ailleurs, puisque l'on assiste à la fuite des cerveaux. Et pourtant, cette fuite est une sorte de progrès, avant on reprochait aux Français de rester dans leur pays et ne pas voir le monde !
En Angleterre, Tony Blair a lancé un cri d'alarme. Un sondage a agi comme un véritable électrochoc : 36% des Anglais préféreraient vivre en France, 28% en Italie, 24% en Espagne... Afin de trouver un meilleur climat et une meilleure gastronomie, mais aussi moins d'injustices sociales. Il faut donc relativiser, et demeurer pragmatique lorsque l'on compare la France à d'autres pays.
Il précise entre parenthèses qu'en matière d'emplois, il faut cesser d'attaquer tout gouvernement qui aurait fait augmenter le chômage : comme si l'on souhaitait qu'il demeure haut !
Il ne faut pas être aveuglé et rester critique. Ainsi en Suède, 60 ans de social-démocratie ont été salués comme une longréussite économique... pourtant ce parti a perdu les élections sur la question de l'immigration. Or, le pays ne compte que 3% d'immigrés ! Ce qui montre bien le problème de la perception. La France est le pays où l'on compte le plus d'immigrés. En réalité, le chômage en Suède s'élève bien à 10%. Les chômeurs de longue durée sont qualifiés d'handicapés du travail.
Ainsi, l'autre réalité du discours décliniste, c'est qu'i ne prend en compte que ce dont il a envie.
La France serait perçue comme un pays conservateur, rétif à toute réforme. Or, que de transformations en France en 20 ans ! Bien plus qu'en 2 siècles ! Pour le meilleur comme le pire : la France est l'un des pays où l'on compte le plus grand nombre de grandes surfaces. D'ailleurs, la France exporte beaucoup d'enseignes à l'étranger (Carrefour, Auchan...)
Le système social était mixte en France. Or en 25 ans, on assiste à la privatisation des entreprises. Tout le système bancaire, les services publics, et même les autoroutes ! Le modèle social français se caractérisait par la sécurité du travail (avec certes ses rigidités que certains regrettent). Aujourd'hui : les nouveaux emplois représentent 71% des CDD ! La société française était relativement égalitaire, car la société l'était.
Par exemple, Henry Ford gagnait (officiellement) 20 fois plus que ses ouvriers. Le banquier Morgan, 50 fois plus. En France, Zacharias (du groupe Vinci, qui a bénéficié de la privatisation des autoroutes). On a appris par hasard grâce à son successeur que l'ensemble de ces stocks-options lui garantiraient 250 millions d'euros de plus-value ! Il souhait recevoir 50 millions en plus, ainsi qu'une retraite spéciale d'1.25 millions de francs par mois et une prime de 8 millions d'euros pour son achat des autoroutes. CCe changement aurait été inconcevable il y a quelques décennies ! Cela correspond à 30.000 années de rémunération d'un salarié moyen !
Ce qui choque le plus, ce n'est pas tant le montant ahurissant du salaire, que le fait que ce soit l'homme lui même qui s'attribue ce salaire. Il faut être fou à lier pour pouvoir se signer un tel salaire, et de penser que l'on vaut des milliers de fois plus qu'un salarié !
L'Angleterre a le même système métrique, les mêmes bus à étages, leurs policiers les mêmes costumes... Aux Etats-Unis, il y a toujours la peine de mort, l'interdiction de l'avortement dans certains Etats, les crucifix dans les écoles et les prières dans les cours...
Pourquoi un tel discours sur le déclin ? Parce que ceux qui ne veulent pas reconnaître que cela a effectivement changé, c'est aussi à cause d'eux ! Il est des résultats si graves qu'ils ne peuvent en assumer la responsabilité !
La 35h fut une réfome, de même que le PACS. Mais quid du Sénat ? Du scrutin proportionnel ? D'un impôt unique sur tous les revenus et progressif ? De la réforme de l'orthographe et de la vieille Académie Française ? De la suppression du département et du préfet ? Du SMIC, des retraites ? De la baisse du nombre de fonctionnaires ? Il est aberrant de constater que le Ministère des Anciens Combattants compte toujours autant de fonctionnaires, mais moins d'anciens combattants !
La bulle est atteinte d'une réelle schizophrénie : ils ne peuvent assumer la responsabilité de leurs bilans, ils appellent à une réforme qui seraient refusée mais refusent d'entendre les volontés de changement de la société française ! Le conservatisme est dans la bulle, pas ailleurs.
Sous Louis XIV, quand un aristocrate de province montait vers Paris, il voyait la pauvreté. Mais pas aujourd'hui.
Avant, on nommait les personnes pour leurs compétences. Mais aujoud'hui ? Le groupe Hachette est énorme, et à la mort de Jean-Luc, c'est son fils Arnaud qui a pris les rênes. Mais c'est un incapable, uniquement intéressé par le sport ! Que dire de la gestion d'EADS, qui a connu le succès grâce à ses ingénueurs, mais plombée par l'incapacité d'hommes comme Forgeard et Lagardère ? Le plus choquant, c'est que non seulement ils échouent, mais ils prennent les sous !
Le Président d'Axa publie un rapport où il estime que le SMIC est trop haut... il en gagne 800 fois plus. Le Président de Vinci emploie un conseiller pour son cabinet de travail, qui appartient également au conseil d'administration, ce qui est en outre interdit : Alain Minc. Cette caste des bullocrates vit entre elle, et se reproduit.
Or la France est aussi un pays d'innovation : il faut voir les initiatives des associations et des sociétés, la vigueur de l'artisanat, la volonté de changement... l'inverse du discours dominant : c'est la bulle qui en crise, l'espoir est à la base.
Et quel espoir pour que la bulle explose ? Parmi les grands moments de l'histoire de la France, il y eut ceux où la France où fit crever la vulle. A la Révolution Française, c'était la bulle aristocratique qui possédait tous les postes, et qui fut facilement remplacée par des petits bourgeois éduqués. En 1830, on a fait crever l bulle culturelle, la culture a retrouvé une vigueur renouvellée. De même durant les 30 glorieuses... même s'il y eut la décolonisation, ce fut aussi le temps du plein-emploi, des budgets équilibrés, des hausses de salaires, des nouveaux acquis sociaux...
De même qu'en 1944, une union nationale est nécessaire pour faire crever la bulle, la révolution nécessaire est humaniste. Il faut remettre l'homme au centre, pas les profits. Afin d'éclater labulle, il faudra concrètement et politiquement parlant réunir des forces différentes, et dépasser lesclivages partisans.
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Au cours du débat avec le public, Jean-François Kahn a précisé que la bulle ne recouvre pas entièrement l'élite.
A propos de son soutien à François Bayrou, il précise que cette critique de la bullen'est pas nouveau chez lui, et que c'est tout naturellement que son choix va se porter pour la candidat de l'UDF, puisque ce dernier est venu vers ses idées (et non l'inverse !).
Pour jean-François Kahn, le problème du formatage des médias n'est nullement une question de pressions économiques : ils sont formatés bien en amont, dans leurs formations et leurs fréquentations.
A la question d'une plus grande efficacité de la révolutiondu côté des personnes plus radicales, Jean-François Kahn estime que la véritable révolution doit se traduire dans un regroupement de la majorité, d'un tous-ensemble, et non dans une logique de marginalisation qui ne ferait que servir la logique néo-libérale. Une logique capitaliste que ses détracteurs qualifie de valeurs, mais qui n'en a nullement les valeurs. Il faut donc réhabiliter les valeurs libérales de la concurrence (au lieu de la concentration, de la monopolisation) de l'investissement...
Au cours de cette conférence intéressante, on peut regretter que Jean-François Kahn n'est pas plus utilisé son dynamisme et son impertinence qui font le succès de Marianne. Il s'est sans doute aussi trop déporté vers une critique (certes pertinente) d'un nouveau capitalisme au lieu de se concentrer sur la bulle, catégorie qui est apparue au final plutôt floue.
TITEM
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10/04/2007
Festival Pop & Sport à Rennes le 26 avril
Une information du Bureau des Etudiants de L'Institut d'Etudes Politiques de Rennes :
Venez nombreux à Pop And Sport (Rennes, France), le festival qui va régénérer vos poumons et faire bouger vos jeunes corps toniques !!
Le jeudi 26 avril 2007, c’est du sport dans tous les sens sous le soleil, et du son plein les oreilles au clair de lune !! Alors ne ratez pas l’événement étudiant du Printemps !!
Vous avez tous rendez-vous au Parc des Gayeulles, pour une journée loin des amphis miteux et des salles cramoisies… on vous attend nombreux !! Et puis vu l'affiche (cf. Affiche_Pop_Sport.jpg), ca devrait pas être trop dur: la Ruda, Smooth, Pep's, Ministère magouille et Gotham, le tout pour... 6 euros !!! Nan nan, c'est pas une blague...De toute façon, on comptera les absents…
Plus d'informations sur notre site Internet : http://www.popandsport.com
19:35 Publié dans Sciences Po Rennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sciences Po Rennes, Fête, Etudes, Education, Musique
20/01/2007
Voyages d'études à Dresde
Amis bloggeurs,
Au moment où vous lirez cette note, je serai parti pendant une semaine pour un voyage d'études à Dresde, dans le Land de Saxe, près de la frontière tchèque. Je serais accompagné par 3 professeurs et quelques 15 autres de mes camarades de promo.
Au programme : séminaire sur la décentralisation, rencontre avec des députés du Landtag de Saxe (SPD, CDU... et un représentant du parti néo-nazi), visite de la ville et des anciennes prisons du parti communiste, visite de la montagne environnante...
Une semaine qui ne sera donc pas seulement sous le signe de la détente bien que j'espère pouvoir m'y reposer et en profiter, mais également une occasion de mieux découvrir ce pays sur place, dans lequel j'avais déjà pris plaisir à vivre une semaine en classe de Seconde.
J'espère revenir avec plein de souvenirs et de photos... et d'impressions à partager.
D'ici là bonne semaine, bien à vous,
TITEM
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09/11/2006
Conférence d'Ingo Kolboom à Sciences Po Rennes
Professeur spécialisé dans les questions de relations franco-germaniques et germano-québecquoises, Ingo Kolboom nous a offert une conférence de très haute qualité intellectuelle, l'humour et le goût de la langue française en plus. Accompagnant des élèves de l'université de Dresde, où il enseigne, il a confié son plaisir de venir tenir cette conférence devant des jeunes, qui représentent l'avenir. Les jeunes et l'avenir, qui innerveront toujours ses propos sur le sujet dont je vous livre un compte-rendu :
"Les Novembre du XXème siècle : mémoires distinctes et partagées ; responsabilités communes.
Hasard du calendrier, son séjour en Bretagne, jumelée avec la Saxe, concorde avec deux dates très spécifiques, considérées comme des "lieux de mémoire" selon l'expression de Pierre Nora : les 9 et 11 novembre. Novembre : le "miz du" des bretons.
Le 9 Novembre est souvent perçu comme une date allemande : celle du chute du Mur. Mais le 9 Novembre 1989 représente plus encore : la chute d'un régime ouvrant la voie à l'unité allemande. Un jour de fête, et de retrouvailles démocratiques pour un peuple entier, divisé en deux Etats. Mais l'euphorie est de courte durée. Les déçus de la réunification font entendre leurs voix (n)/ostalgiques. Les chansons laissent place à des "balbutiements de miséricorde" : la peur d'une Allemagne trop grande, trop efficace, s'efface au profit d'une vision de l'Allemagne malade.
Les lendemains déchantent : ce qui aurait dû être une fête nationale ne l'est pas devenu. Car d'autres soirs de novembre ont jeté de longues ombres sur les retrouvailles de 1989...
Le 9 novembre 1938, à l'appel de Joseph Goebbels, les Nazis mettent le feu à 2700 synagogues, tuent 400 Juifs allemands et en déportent 30.000 autres. C'est la Nuit de Cristal, signe avant-coureur de ce qui sera l'Holocauste. Ingo Kolboom se perçoit, comme d'autres de sa génération, comme un enfant de Goethe et d'Auschwitz.
Le 9 novembre 1918, le Kaiser Wilhelm II abdique. Scheiderer proclame la 1ère République sur le balcon du Reichstag, alors que le pays est en pleine débâcle politique et militaire.
5 années plus tard, les militants du NSDAP veulent venger l'affront de la République de Weimar. Avec une bande armée, Hitler tente le "putsch de la brasserie" à Munich. Un événement sanglant, célébré en grandes pompes et sur un culte de la mort dès 1933. Hitler attribuera la plus haute distinction aux "héros" du 9 novembre 1923 : l'ordre du sang.
Mais en 1989, le mois noir a acquis une autre lueur, par la chute d'une Bastille qui encadrait un Etat, au cours d'une révolution pacifique, sans guillotine. Ces 9 novembre ne sont-ils que "un jour de destin allemand" ?
La réponse est clairement négative : ces événements ont un dimension européenne, dont la France fait partie intégrante. Car la jeune République de Weimar fut "un malheureux enfant bâtard d'un malheureux traité inspiré par la revanche", revanche forte dans les esprits de la France du Tigre Clemenceau, et qui porta les germes qui inspirèrent plus tard la révolte allemande. Les Nazis ne cessèrent pas d'accuser la République de Weimar d'être coupable de haute trahison aux yeux du peuple allemand.
Voilà pourquoi le 9 novembre ne fut pas une entière fête de retrouvailles. Elle marque néanmoins le retour, selon l'expression de l'écrivain français d'origine tchèque Milan Kundera le retour de "l'Europe kidnappée". Car la RDA ne faisait pas que revenir à l'Allemagne et à la démocratie, mais également à l'Europe, et aux régions, par la création de nouveaux Länder.
Il existe d'autres 9 novembre, connus en France, et que les Allemands n'ont aucune raison de ne pas connaître. Le 9 novembre 1970 marque en effet la mort de Charles de Gaulle dans sa maison de la Boisserie à Colombey-les-deux-églises ; son lieu de retraite, où seul le chancelier Konrad Adenauer y fut reçu en entretien privé, et y coucha, en septembre 1958.
Charles de Gaulle a oeuvré pour la réconciliation franco-allemande, ce que témoigne notamment la signature du traité de l'Elysée en janvier 1963. Adenauer. De Gaulle. Deux caractères opposés qui s'engagent pour une politique commune, raisonnable, dans l'idée de Paul Valéry : "Les bonnes arrières-pensées font les bons traités". L'amitié sans gesticulations émouvantes des deux hommes posait les jalons des couples franco-allemands.
Anecdote moins connue : Konrad Adenauer fut élu membre associé étranger de l'Académie des Sciences Politiques et Morales de l'Institut de France. Il siéga au siège n°12, futur siège de Leopold Sendar Senghor, à partir... du 9 novembre 1964 !
Le 11 novembre, alors que les fous du Rhin donneront le coup d'envoi du carnaval en Allemagne, les Français se recueilleront sur les tombes de leur 1,3 millions de soldats "morts pour la France" ("D'Hor Bugale Maro Evit Ar Bro") : la Saxe et la Bretagne ont également ceci en commun, qu'ils ont payé un tribut plus lourd que les autres. Le 11 novembre représente pour la France sinistrée une date de commémoration.
Là encore, cette histoire ne concerne pas uniquement la France, mais aussi l'Allemagne, et plus largement l'Europe. Le 11 novembre 1914, suite au miracle de la Marne et l'échec du plan Schlieffen, la Première Guerre Mondiale s'enfonce dans la guerre de tranchées. On transforme la France en gigantesque champ de batailles, de boue, d'obus et de sang.
Le 11 novembre 1942, la Wehrmacht occupe la zone libre de la France. La France, hantée par le STO et le souvenir de Vichy, se ressaisit dans le consensus national porté par De Gaulle : la France libre et résistante. Mais la France a fini par se pencher, de manière plus objective mais pas moins douloureuse sur son passé.
Les 11 novembre sont donc apparemment un jour de destin français. Les vestiges de novembre ont façonné nos mémoires, respectives et distinctes, mais inséparablement liés dans un même destin. Il fallut beaucoup de temps à la France et à l'Allemagne pour se réconcilier. Ceci fut néanmoins réalisé grâce à la sagesse politique, et le sens des responsabilités.
Aujourd'hui les jeunes sont libérés de ce passé. Il fallut 50 ans pour produire un manuel d'histoire franco-allemand, une banalité intelligente. Car la réconciliation ne prit pas 50 ans : mais bien un siècle, la fin d'un siècle abhorré dont la chute du mur de Berlin a porté l'estocade aux incertitudes allemandes, et porté le retour de l'Europe kidnappée.
Europe brisée, Europe martyrisée... Europe libérée. Il s'agit maintenant de partager nos mémoires, souffrantes et joyeuses, afin de pouvoir façonner nos responsabilités communes. A nous d'arroser cette fleur de la réconciliation née de la souffrance : tel est le message des novembre du XXème siècle.
La boucle est bouclée : le poids de la mémoire débute par l'euphorie belliqueuse d'un bel été de 1914, et s'achève par l'euphorie d'un printemps des peuples en novembre, ce mois noir. Mais l'euphorie est fortement tempérée. Pour autant, il n'est pas permis de nous enfermer dans un pessimisme de circonstances : le 9 novembre 2006 est inaugurée la nouvelle synagogue de Munich.
Nos efforts distincts autant que communs pour les retrouvailles franco-allemandes sont utiles. Mais l'oeuvre n'est pas achevée. Rien n'est jamais acquis, mais il ne faut pas abandonner l'ouvrage commun : il faut imaginer Sisyphe heureux.
Retranscription réalisée par TITEM
22:00 Publié dans Sciences Po Rennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Conférence, Histoire, Allemagne, Mémoire, Guerre, Sciences Po Rennes, Europe
26/09/2006
Conférence de M. Boulery à ScPo Rennes
L'association Ysegoria de l'IEP de Rennes nous proposait pour sa rentrée une conférence menée par Monsieur Boulery, délégué national de la CFE-CGC, chargé notamment de l'encadrement juridique.
Une conférence très intéressante et informative, qui a permis de casser le mythe du syndicaliste "empêcheur de tourner en rond", systématiquement dans la protestation. Les missions du syndicaliste sont plus larges et très différentes de l'image véhiculée par les médias, critiquée par le patronat, et intégrée par les salariés et ouvriers eux-mêmes.
Le métier de syndicaliste, on l'oublie souvent, est essentiellement bénévole, même si certains payent cher leur engagement : harcèlement, transferts dans d'autres sociétés, licenciements...
Le syndicaliste est à la fois représentant et cogestionnaire. Représentant, car il est chargé de la négociation au nom des salariés de sa branche ou de son entreprise. Cette négociation auprès des patrons ou des pouvoirs publics portent sur les conditions de travail : code du travail, heures, salaires, sécurité... mais également représentant au sein du CES, considéré comme la troisième assemblée de France, laquelle orientent les parlementaires sur les mesures économiques et sociales à adopter.
Représentant aussi auprès des juridictions prud'homales afin de défendre les salariés. Monsieur Boulery note l'augmentation inquiétante de procès contre les syndicats qui nomment des délégués de section dans les entreprises.
Mais les syndicats sont aussi chargés de la cogestion d'organismes comme les caisses d'assurance-maladie ou chômage, les chambres de commerce...
A la veille des échéances électorales, de nombreux chantiers doivent encore être étudiés :
- Le code de travail et sa remise en question par le MEDEF.
- La pénibilité du travail.
- Le régime de l'assurance-chômage, qui pourrait être rebaptisé assurance-emploi, afin de bien signifier qu'il contribue à la sécurisation des parcours professionnels.
- Le temps de travail.
- Les réformes pour un meilleur dialogue social.
- L'évolution du droit social européen.
Mais alors que tout résultat d'une négociation devrait être le compromis, Monsieur Boulery regrette que les salariés ne comprennent pas que des concessions de la part des deux parties sont nécessaires, et que le taux de syndicalisation soit aussi faible, d'autant que tous profitent des services rendus par le syndicat. Il est vrai que l'engagement syndical, même s'il est libre, reste un risque pour celui qui se lance. Mais sans doute (et j'y ajoute là une opinion personnelle), cette désaffection vis à vis des syndicats de la part des salariés est-elle aussi le résultat de la méconnaissance de leur travail, et de la déception sur les résultats des négociations.
Merci à Audrey d'avoir proposé à Ysegoria l'intervention juste et mesurée de son père !
TITEM
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23/03/2006
Pragmatisme, où es-tu ? (AG de ScPo Rennes 22/03/06)
Une assemblée générale s'est tenu hier soir à ScPo Rennes. Le blocage continu a été voté à près de 260 voix contre 38. ScPo Rennes sera donc bloqué jusque mardi inclus : une manoeuvre très habile mais parfaitement malhonnête : les pro-blocage sont ainsi libres d'aller manifester, de partir s'amuser pour le Critérium des IEP d'Aix-en-Provence pendant que l'IEP est bloqué, puis de revenir manifester et revoter le blocage. Lâche.
Le mouvement "Etudiants anti-blocage" a choisi de ne pas prendre part au vote, ne reconnaissant pas la légitimité de cette assemblée générale qui :
- Nous impose des étiquettes comme "ScPo en grève". Non, ScPo n'est pas en grève, un certain nombre d'élèves ne se considère pas en grève, des professeurs non plus.
- Par ailleurs, l'inscription à ScPo n'a nullement signifié que l'on autorisait une assemblée générale à décider pour nous des conditions de travail, et à fortiori de nous empêcher de travailler.
Le conflit s'enlisant, nous avons choisi une autre méthode. Pour certains, c'est "se tirer une balle dans le pied". Pour d'autres, c'est la "stratégie des perdants". Si le blocage n'est pas une stratégie des perdants, quel est-il... Et nous assumons cette "stratégie des perdants", mais stratégie tout de même : nous sommes perdants puisqu'une assemblée à laquelle nous n'avons donné aucun mandat nous soumet des choix que nous refusons catégoriquement. Nous dénonçons cette stratégie de la violence, qui parle en notre nom.
Pour ajouter à cette violence, ils cherchent maintenant à analyser notre action en des termes pompeux : "jouer le jeu du gouvernement", "formalisme", "ambiance délétère"... La mauvaise fois patente des étudiants anti-blocage était à la hauteur de leur malaise.
Jouer le jeu du gouvernement, parmi notre mouvement, il y a des personnes qui sont pour le CPE, d'autres qui ne le sont pas. Nous n'entrons pas dans ce jeu politique. Plus que "apolitiques", nous sommes "pluripolitiques". Il n'est nullement question de formalisme : nous demandons que le jeu de la contestation respecte un certain nombre de formes, à savoir, le respect du droit des élèves à suivre les cours normalement.
L'ambiance délétère a démarré au moment où une assemblée a décidé de nous retirer le droit de travailler. Et tous les arguments du style "oui mais le gouvernement lui retire des droits du travail" n'y changeront rien. Cette dernière affirmation étant subjective, et n'obligeant pas des petits chefs à nous commander à leur tour.
L'assemblée générale de hier soir fut particulièrement marquée par une absence flagrante de neutralité de la part du bureau, où 2 membres sur 4 ont pris la parole pour s'attaquer à notre mouvement. Mais pour certains, il est parfaitement incorrect de parler de tribunal stalinien.
Certes, mais est-il pour autant plus correct de lancer des faux tracts où l'on nous prête d'avoir fait allégeance à Rennes II pour lancer les CRS à l'assaut de ScPo ? D'afficher sur les banderoles qu'une "minorité s'en fout" que ScPo soit en grève. On ne s'en fout pas, puisque ça nous empêche de fait de suivre les cours. Est-il plus correct d'affirmer que nous n'avons "aucune valeur" ? Est-il plus correct d'applaudir à tout rompre les circonvolutions intellecutelles des militants communistes qui cherchent à expliquer que la démocratie de l'assemblée générale, c'est génial, que tout le monde peut travailler, que le gouvernement va bientôt tomber et que la lutte doit continuer, que le blocage est le seul moyen légitime... ? Ou de ceux qui affirment sans s'enquérir de la véracité de leur propos ?
Sauf que... Une entrevue avec le directeur nous a permis de mettre les choses au clair. Les cours sont maintenus. Les professeurs sont tenus d'être présents à leurs cours, et de ne pas chercher à faire cours si on leur en empêche. Cela permettra de cette manière à distinguer les professeurs qui sont en grève de ceux qui ne le sont pas.
Malheureusement, peu de personnes ont cru à ce qui a été dit lors de cette entrevue. A savoir, que des cours pourraient être organisés le samedi, les vacances de Pâques sont sur le point d'être supprimées, que les blocages remettent sérieusement en cause la validité des diplômes, surtout ceux des 4ème année et des étudiants étrangers qui ne peuvent rattraper. Nous en reparlerons : la cigale ayant manifesté tout le printemps se trouvera fort dépourvue une fois les examens venus... Sauf que nous, étudiants anti-blocage, refusons d'en être les victimes collatérales.
Notons toutefois que la saisie du tribunal administratif, si elle est envisagée par une poignée d'entre-nous, est loin de faire l'unanimité. Si le conflit peut se régler de manière non jurictionnelle, cela serait fort bien. Mais j'en doute, vu la manière dont nous sommes considérés. De fort mauvais augure pour les prochaines semaines.
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TITEM
13:05 Publié dans Sciences Po Rennes | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : CPE
20/03/2006
Appel contre le blocage des établissements scolaires !
Lundi 20 Mars, une majorité de près de 220 étudiants contre 110 ont voté le blocage de l'IEP de Rennes jusque Mercredi inclus. Une nouvelle assemblée générale est prévue le mercredi 22 mars à 18h.
Mais pour une minorité restée trop longtemps silencieuse et très peu écoutée car minoritaire, ces blocages sont illégaux et parfaitement innaceptables. Sous les expressions de "solidarité" et de "droit du travail", on nie le droit des élèves à pouvoir travailler dans des conditions normales d'exercice, à savoir : avoir accès aux salles de cours et amphithéâtres pour que les professeurs y dispensent leur enseignement, avoir accès aux bibliothèques et salles vidéos. Opposés ou non au CPE, ils réclament le droit à pouvoir étudier.
La dispersion des étudiants opposés au blocage face à la masse des étudiants partisans du blocage nous a conduit, un groupe d'étudiants dont je fais partie, d'évoquer la possibilité d'un mouvement anti-blocage. La première réunion aura lieu demain, pendant laquelle nous ferons part de nos idées.
Nous souhaiterions également avoir un maximum de contacts avec des étudiants ou des groupes déjà formés d'étudiants anti-blocage, des 8 autres IEP de France, des universités ou des lycées qui sont ou seraient suceptibles d'être bloqués. D'avance merci.
Site anti-blocage des étudiants de Rennes
Collectif national "sos facs bloquées"
Oui à la concertation, et au dialogue ! Non au monologue et au blocage des écoles !
TITEM
23:30 Publié dans Sciences Po Rennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : CPE
17/03/2006
CPE : point de vue d'un étudiant de ScPo Rennes anti-blocage et pour une négociation de la loi

"Juste contre le blocage : il est interdit d'interdire aux étudiants d'étudier"
Après un jour de blocage mardi dernier, ScPo Rennes est de nouveau bloqué, et ce depuis hier jeudi jusque lundi inclus. Les médias ont beaucoup montré la mobilisation des jeunes contre le CPE, et ont beaucoup parlé de Rennes, "la ville où les jeunes sont le plus mobilisés".
Mais heureusement depuis quelques jours, on commence à voir quelques reportages sur les étudiants qui sont contre les blocages. Attention : je n'ai pas dit les étudiants qui sont pour le CPE, mais des étudiants qui sont opposés au blocage. Cela peut être des étudiants qui sont pour le CPE, pour une réforme du CPE (et c'est mon cas) ou contre le CPE. Leur point commun est qu'ils jugent le blocage des universités et des lycées illégal : ces actions ne sont le fait que de groupes actifs voulant imposer leurs lois aux autres. Pour ScPo Rennes, c'est particulier : près de la moitié des étudiants ont pris part aux votes, soit environ 300. Mais que dire de Toulouse, faculté de 16.000 étudiants bloqués par 400 agités ? L'image de cette étudiante anti-CPE/pour le blocage de Toulouse, choquée et qui "prônait le dialogue" m'a particulièrement marqué. Peut-on parler de dialogue lorsqu'il s'agit, et c'est le cas de nombreuses universités, de bloquer pour mobiliser, au lieu de mobiliser pour une action qui ne nuise pas aux autres ?
Par ailleurs, on entend de chaque point actif contre le CPE des voix qui s'élèvent pour dénoncer les casseurs, qui ne font pas partie de leur mouvement. Si les dégradations et les incidents commis à la Sorbonne comme à Rennes doivent être condamnés, il me semble qu'ils doivent assumer ces casseurs et anarchistes dans leurs rangs. Nous autres, minorité d'étudiants, on nous classe parmi les opposants au CPE et partisans du blocage, ce que nous ne sommes pas. "ScPo en grève"... mais nous ne l'avons pas souhaité. Alors qu'ils assument cette minorité violente parmi leurs rangs, comme nous sommes obligés de faire avec les voix des plus bruyantes des opposants au CPE. Certains voulaient "foutre le dawa", ne pas organiser de "blocage tou tou you tou avec cocktails, cafés et pastis" (entendu en AG...) : quelques minorités de casseurs leur ont donné raison.
On nous dit ça et là que le blocage est la meilleure solution. Les manifestations ne leur suffisent donc pas, il faut encore perturber ceux qui veulent tout simplement travailler "par solidarité" ? Mais quelle solidarité ? Pour "protéger le droit du travail" ? Mais quel droit du travail, alors que l'on nous nie ce droit au travail, ce droit d'étudier sans être perturbé !
Le débat est de toute manière tronqué par les positions extrêmes de chacun, qui prétend mieux connaître la réalité que les autres. A gauche, c'est le droit du travail, contre les méchants patrons qui licencient les pauvres fourmis travailleuses. A droite, c'est la présentation de ce contrat "le plus évolué, le plus sûr" qui va régler la question du chômage...
Un peu de pragmatisme : les entreprises ont besoin d'embaucher des jeunes en prenant un minimum de risques, les jeunes ont besoin d'être insérés dans le marché du travail. Virés du jour au lendemain ? Faux, il y a un préavis de 15 jours. Cela dit, c'est assez peu. Sans indemnités ? Faux : elles sont proportionnelles... mais assez faibles. Sans condition ? Faux : le droit du travail reste appliqué. Les patrons qui ont licencié leurs employés pour des raisons non valables ont été sanctionnés.
Qu'on laisse au moins le bénéfice du doute au gouvernement pour mener à bien sa réforme ! La France est-elle un pays rouillé où aucune réforme de fond puisse être menée sans voir aussitôt une levée de boucliers des plus farouchement accrochés à leur "droit" ? Le droit de la génération pantoufles : 35 heures, congés payés, congés parentaux, 13ème mois... J'en discutais avec des personnes qui cherchent à recruter des jeunes : quel intérêt auront-ils pour le développement de leur entreprise (donc des employés et des clients) à embaucher un jeune qui, avant de savoir sa mission dans l'entreprise, cherche à connaître ses "droits" et son salaire ?
J'espère que le gouvernement ne cèdera pas à la rue. Même s'il est nécessaire de revoir plusieurs points sur le CPE, notamment la période d'essai (18 voire 12 mois ne seraient-ils pas suffisants ?), et la certitude que l'on ne puisse pas licencier pour des motifs fallacieux. Car un échec du gouvernement ne servirait personne. Pas les patrons qui veulent embaucher, pas les jeunes qui auraient pu être embauchés... Pas la France qui montrerait qu'on ne peut mener de réformes de fond, et surtout avant les échéances électorales. En espérant que cela ne serve en rien les destinées des partis extrêmes.
Non l'avenir n'est pas bloqué en France. Il suffit de vouloir le changer, en faisant chacun de son côté des concessions. Si l'avenir est si bloqué que ça en France : allez donc au Royaume-Uni, au Danemark, au Canada ou aux Etats-Unis, pays à forte croissance, où le chômage est faible et l'emploi encore plus souple ! ... L'exemple danois étant bien plus conforme avec notre conception d'épanouissement dans le travail qu'aux USA, bien entendu.
Plus qu'un contrat, qui ne peut être qu'un catalyseur pour changer les choses, c'est sur une véritable refonte des mentalités qu'il faut travailler. Pour que les patrons investissent en emplois au lieu d'accumuler leurs euros, pour que les employés et les enfants de l'Etat-Providence cessent d'attendre qu'on les nourisse à la petite cuillère.
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TITEM
22:50 Publié dans Retour de manivelle : politique , Sciences Po Rennes | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : CPE






