15/11/2007

De la démocratie à l'université

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Les manifestations étudiantes contre le projet Pécresse de réforme des universités, voté au Parlement, et les blocages des universités, me font inévitablement penser à un autre conflit social que j'ai pu voir de près : celui contre le Contrat Première Embauche, le bien nommé C.P.E.

Retour sur mon expérience d'étudiant "bloqué" lors du CPE

f7b956ac91e20caff0cc3b0a868a08ff.jpgJ'étais absolument opposé au blocage de l'IEP de Rennes, pour tout un ensemble de raisons. D'abord parce que le redoublement étant interdit en première année, je craignais pour la suite de mes études. Puis ce blocage me paraissait être le fait d'une minorité fortement politisée et idéaliste, les autres étudiants votant le blocage n'allant pas jusqu'au bout de leur démarche et restant chez eux pour étudier, battant le pavé à l'occasion. Un mouvement qui n'avait par ailleurs aucun relais dans les médias : qu'elle ne fut pas ma suprise de voir dans un article du Monde consacré aux IEP en grève aucune mention de Rennes, l'un des premiers à être bloqué !

J'estimais sur le fond que le C.P.E n'était pas utile, qu'il n'amènerait guère de changements, et ne valait donc pas le coup que l'on mobilise en sa faveur ou en sa défaveur. Tout le reste n'était qu'idéologie.

Enfin, j'estimais que l'assemblée générale auto-créée n'avait reçue aucun mandat pour décider si oui ou non elle pouvait bloquer les cours de l'ensemble des élèves, notamment les étudiants étrangers qui n'étaient en rien concernés par ce conflit franco-français. Avec recul, je dirais que cette AG pouvait bien décider. D'autant qu'à l'IEP de Rennes, c'était près de la moitié de la promotion qui prenait part à un vote à bulletin secret.

Le blocage dans les autres universités aujourd'hui

Abrogation loi d’autonomie - Libération.fr Il n'en va pas de même dans toutes les universités. J'ai été proprement abasourdi de lire qu'en une soirée, un groupuscule de quelques 600 étudiants contre 100 avait voté le blocage de l'université de Paris X-Nanterre qui compte... 36.000 étudiants ! A peine 2% des effectifs ! Et on appelle ça de la démocratie ? C'est un coup de force !

Il y a ceux qui disent que 53% des Français ont voté pour Nicolas Sarkozy, afin qu'il mette en place ses réformes, et que toutes les grèves actuelles sont le fait d'une minorité de l'opinion. Ce que les sondages tendent d'ailleurs à confirmer, même si le but de ces grèves est aussi de mettre l'opinion publique de son côté. Il y a ceux qui disent qu'une élection n'empêche nullement de contester telle ou telle réforme, dans la rue si besoin. C'est exact, mais à condition d'y mettre les formes.

Dans les universités, on vous dira que si vous êtes contre le blocage, vous pouvez toujours prendre part aux AG et voter. Mais quitte à voir son université bloquée parce que le bureau de l'AG, composé de bloqueurs, verra grosso modo qu'à mains levées il a toujours raison, ou qu'une autre minorité de bloqueurs refusera le vote anti-blocage et bloquera quand même la tenue des cours le lendemain, autant rester chez soi à travailler, et ne pas subir près de 2 heures de propagande gauchisante, ou d'écouter les rêves idéologiques d'étudiants prêts à la révolution. Et je caricature à peine.

La palme revenant à cet étudiant interviewé par France 2, qui refusait le vote à bulletins secrets organisé à Rennes 2 (et qui a donné raison aux opposants au blocage à 62%) sous le prétexte fallacieux que ses camarades ne pouvaient pas voter puisqu'ils ne participaient pas aux AG ! En voilà une drôle de conception ! On ne peut pas voter si l'on n'est pas informé de votre propagande ? Que dirait-on si on retirait à certains citoyens leur droit de vote parce qu'ils n'auront pas lu les professions de foi des différents candidats, ou regarlé les débats télévisés ? Ainsi, on ne pourrait pas avoir d'idées a priori ?

Sur le fond du problème, je vois un simple constat : la faiblesse des moyens accordés aux universités en France, comparés aux autres pays développés, et comparés même aux lycées ! À quand des campus dignes de ce nom, vastes, et où l'on disposerait de multiples installations sportives et culturelles ? Cela pourrait même permettre de régler le conflit de la précarité étudiante si l'on y construit davantage de logements ! À quand des masters véritablement professionnalisants, des entreprises proches de nous, étudiants ? Il est donc bien nécessaire d'une part de trouver des fonds, d'autre part de resserrer les liens université/entreprise.

Pour finir sur l'apprentissage de la démocratie à l'université, j'apprends que sur ma promotion de quelques 170 élèves partis à l'étranger, seuls 6 ont voté par procuration aux élections des représentants étudiants au conseil d'administration de l'IEP de Rennes. En mettant de côté ceux qui ont des difficultés pour trouver une connexion, il faut croire que certains trouvent plus valorisant de palabrer devant une assemblée avant de voter plutôt que de faire ce simple effort de donner procuration pour une élection qui nous concerne beaucoup plus directement.

TITEM 

25/10/2007

Et... Vous aimez les chiens ? Eduquez-les !

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Il ne fait pas bon être un toutou aujourd'hui. Une vraie vie de chien ! Jadis meilleur ami de l'homme, voilà que nos amis à quatres pattes sont pointés du doigt... de très loin pour éviter qu'ils nous mordent. Encore un enfant mort à la suite des morsures infligées par un chien, à Bobigny. C'est la 3ème attaque en 2 mois.

5e5d320d9fa03dec13914b78b879f999.jpgOn a longtemps accusé ses "chiens dangereux" : pittbull, rotteweiller, american stafforshire terrier... C'est oublier que la race de chien responsable du plus grand nombre de morsures est... le labrador, chien plébiscité par de nombreux Français !

On a fini par prendre conscience que le comportement du chien était aussi la résultante de l'attitude du maître. Que les chiens dressés à l'attaque seront des chiens dangereux. Qu'un chien maltraité, battu, est potentiellement un chien agressif. Peu importe la race du chien.

C'est précisément le cas de ce tragique fait divers : l'animal, un croisé beauceron/berger allemand, travaillait avec son maître, agent de sécurité. On se doute bien qu'il a été entraîné pour cela, mais peut-être pas suffisamment domestiquer pour qu'il fasse la part des choses entre le "travail" et le reste du temps. Il reste un animal, aussi sensible qu'imprévisible.

Le chien était semble-t-il maltraité, ce qui là encore peut expliquer un comportement agressif. La Société Protectrice des Animaux (S.P.A.) parle d'un "pelage terne, (d'une) dentition très abimée, (de) côtes saillantes, (de) marque sur le museau du port prolongé de la muselière".

Une muselière que le chien de Bobigny n'était pas tenu de porter en permanence, n'entrant pas dans les catégories établies dans la loi sur les chiens dangereux, en attente de ratification. Le projet de loi est donc insuffisant, ce qui n'est pas étonnant : il répond à l'urgence, en voulant faire croire que le gouvernement est réactif, mais il ne répond aux véritables enjeux. Sur ce sujet comme sur d'autres, d'ailleurs.

On feint de croire à la responsabilité de l'animal : cette loi prévoit l'euthanasie de races de chiens "interdites", sauf si l'animal est né avant 1999 ou que les maîtres sont jugées de bonne foi. "Ineptie de la catégorisation administrative" des chiens et "aberration des mesures d'euthanasie" dénonce la SPA. Et risque de décisions décisionnaires mal justifiées. Michèle Alliot-Marie, la ministre de l'Intérieur et des Canidés, doit revoir sa copie.

La loi prévoit que les maîtres devront suivre une formation s'assurant qu'ils maîtrisent leur animal. C'est bien. Mais cela197b36dd0399618aebc03cc03f402cc2.jpg ne va pas assez loin. Il faudrait pouvoir contrôler la vente des animaux, ceux venant des pays de l'Est et de particuliers indélicats dont le but n'est que lucratif. Un chien sevré trop tôt, non éduqué par la mère, donne un chien taré, potentiellement agressif et dangereux. Et un chien a également besoin d'être dressé.

Sur ce point, je rejoins entièrement les revendications de la S.P.A. J'ai longtemps vécu, tout jeune, aux côtés d'une femelle beauceron, avec laquelle j'ai pu être "envahissant", mais une chienne dressée, calme et patiente. Je ne dis pas que c'est la solution miracle, mais que l'on pourrait résoudre en grande partie d'une part la surpopulation des asiles pour animaux et d'autre part le problème des chiens dangereux.

Le chien meilleur ami de l'homme oui. Mais un chien dressé !

TITEM 

12/09/2007

Ordre des priorités à revoir pour les associations homosexuelles

Lu dans le journal Ouest-France du 28-29 juillet 2007

« Laurent Gerra ne fait pas rire tout le monde »

« Une association homosexuelle, le centre gay et lesbien d’Ile-de-France, a écrit au Conseil supérieur de l’audiovisuel pour protester contre des propos tenus par Laurent Gerra sur France 2, qu’elle considère comme homophobes et contraires aux missions de service public de la chaîne. Le 13 juillet, l’humoriste a déclaré dans une émission sur le Tour de France, présentée par Michel Drucker : « A Paris, y a plein de vélos maintenant, ça va devenir la capitale de la pédale ».

 

Véritablement affligeant. De quoi alimenter le moulin des détracteurs de la pensée unique, qui nous bassineront avec leur jérémiades "vous voyez, on ne peut plus rien dire !". De quoi également donner du grain à moudre à ceux qui perçoivent les homosexuels comme un groupe à part, un lobby intouchable et susceptible... De ce point de vue là, je me demande même si Laurent Gerra n'avait pas cherché à provoquer de telles réactions.

87f167543e9d21f6173ee4c6d3364dae.jpgJ'entends plus volontiers ceux qui disent qu'il y en a marre de ce groupe qui prétend représenter la majorité, et qui ridiculise les homosexuels, que ceux qui prétendent les défendre et le font maladroitement. Plutôt que le droit à l'indifférence, voilà que ces associations réclament un statut de protection, donc d'exception !

Dans ce cas précis, que cherche-t-on ? A empêcher le rire, la dérision ? On ne va tout de même pas me faire croire que les homos n'ont jamais eu entre eux cette blague sur les vélos et les pédales ! Quand ils se désignent comme les pédés, c'est bien pour se moquer et renverser la charge négative pour exorciser les malaises !

Que ses associations se chargent plutôt des propos apocalyptiques de l'Eglise ou certains penseurs et politiques, de prôner le respect dans les écoles et au sein des familles, et là, on pourra percevoir une vraie différence dans le regard, qui autorisera les hommes à partager ce qu'ils ont en commun : l'humour.

TITEM 

02/07/2007

La meilleure moyenne au bac 2007 (?)

88a0e924e333c44952f0192557f6c831.jpgChaque année, c'est la même chose. Les lycéens de terminale attendent avec impatience leurs résultats. Anxieux ou sereins, ils attendent de savoir s'ils ont obtenu leur sésame pour passer en études supérieures, s'ils ont obtenu une mention... La pression est d'autant plus forte sur les épaules des étudiants que le seul baccalauréat ne suffit plus à assurer son avenir professionnel. Mais le bac c'est plus que cela. C'est aussi le symbole de toute une génération qui passe de l'âge adolescent" à l'âge des jeunes adultes. 

Le bac, c'est aussi l'occasion de se mesurer aux autres. "Et toi t'as eu mention quoi ?" "T'as eu combien dans telle matière ?". Réflexes qui me font sourire... Encore dernièrement je m'amusais de voir que j'avais obtenu les mêmes notes en épreuves anticipées de Français qu'un ami

Le bac est l'échelon consacré, puisque tous les étudiants de France passent les mêmes épreuves dans leur filière. Et c'est l'occasion pour les médias de présenter -comme chaque année - quelques étudiants. Le plus jeune, le plus âgé... France 2 a par exemple effectué un reportage sur deux jeunes filles d'origine africaines, âgées de 14 ans et futures bachelières.

Et sans doute verrons-nous bientôt celui ou celle qui sera présenté comme "le meilleurb723ad26560ea4c89181914e879fdd91.gif élève au bac"... qui en réalité n'est pas la meilleure moyenne au bac mais une connaissance de tel ou telle journaliste (par l'intermédiaire éventuel d'un parent, prof ou directeur...). C'était déjà le cas l'année dernière et il y a deux ans, et j'en parlais ici même.

Pour le moment j'ai trouvé un 20,23 en baccalauréat scientifique... Félicitations à Victor Margelidon, élève au lycée Jean-Bart de Dunkerque... Qui dit mieux ?

Mais le bac doit rester ce qu'il est, un diplôme symbolique. Il est aussi indispensable qu'insuffisant. Ne perdons pas de vue que l'avenir en études supérieures se joue bien avant l'annonce des résultats du bac : soit par le jeu des concours qu'il a fallu passer, soit par les dossiers en classe préparatoires qu'il a fallu déposer. C'est là que se fait toute la différence. 

TITEM 

P.S. : A la fin d'un reportage consacré à Victor Margelidon, Elise Lucet du JT de 13h a annoncé qu'une lycéenne, Laurence Boivin, a obtenu son bac avec 20.27 de moyenne. Elle était en terminale au lycée Germain de Coutances, dans la Manche.  

... Félicitations à elle et à tous les autres ! 

16/06/2007

Propos homophobes de Christian Vanneste : Sexualité, comportements sexuels et utilité sociale

Sempiternel débat du blog de Christian Vanneste : le retour sur ses propos qui lui ont valu d'être condamné. A l'Assemblée Nationale, puis en conférence de presse, Christian Vanneste déclarait :

« L’homosexualité est une menace pour la survie de l’humanité ( …) » ; « je n’ai pas dit que l’homosexualité était dangereuse. J’ai dit qu’elle était inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel. Ce serait dangereux pour l’humanité (…) » ; « Pour moi leur comportement est un comportement sectaire (ou "d'apartheid entre les sexes") » ; « Je critique les comportements, je dis qu’ils sont inférieurs moralement (…) ».

Le 25 janvier 2007, Christian Vanneste était condamné pour "injures à caractère homophobe" par la Cour d'Appel de Douai  à un total de 10.000€ d'amendes (ma note consacré au procès, et à la décision de justice). 

A lire également :
- Le jugement du tribunal d'instance de Lille le 26 janvier 2006 (1 partie)
- Le jugement de la cour d'appel de Douai le 25 janvier 2007 (1 partie)
- Le compte-rendu du procès de Douai (1ère partie, 2ème partie, 3ème partie)

Christian Vanneste a récidivé jusque son 2ème procès perdu. Depuis, il laisse le soin à ses quelques partisans d'engager le débat. Sur son blog par exemple, mais débat tronqué par les multiples censures menées par son cabinet parlementaire. Ou débat sur l'un des adversaires affiché de Christian Vanneste, le conseiller régional d'Île-de-France Jean-Luc Romero. 

J'ai récemment répondu à un soutien de Vanneste à ce vaste sujet : la question du choix de son orientation sexuelle, de la criticabilité (désolé pour ce barbarisme) des comportements sexuels, de l'utilité sociale de tels comportements. Je vous en fais part, afin de mettre les choses au clair sur ce sujet où l'on a dit beaucoup d'âneries sous couvert de "philosophie" et de bon sens". Je ne manquerai pas de le remettre à jour si besoin est.

 

Alors soit, l'orientation sexuelle (non choisie, notons que Christian Vanneste estime que l'on peut la choisir, voir l'influencer, la modifier) est distincte du comportement sexuel (choisi).

Le comportement sexuel est toujours celui d'une personne, ou d'un groupe. Libre à chacun d'avoir ou non ce comportement. Dans ce cas de quel droit Christian Vanneste se permet-il de juger d'un comportement privé ?

Parce qu'il en va du peuplement de l'humanité ? Ce serait une affaire nationale ? Heinrich Himmler avait exactement le même souci (cf. discours de Bad Tölz ; ou cet article consacré au §175 de sinistre mémoire). On pourrait alors critiquer d'autres comportements sexuels qui ne visent pas la procréation (ce que fait l'Eglise).

C'est une idiotie de croire que le comportement sexuel ne se limite qu'à la reproduction de l'espèce. Et s'il ne se limitemedium_comingout.2.jpg pas à ça, alors pourquoi le critiquer ? De même l'utilité (inverse de la nuisance) à l'humanité ne se mesure pas uniquement à l'aune de sa capacité ou non à procréer.

Mais de toute manière le schmilblick revient au même, puisque lorsque l'on stigmatise un comportement, le comportement se référant à une personne, on en vient à stigmatiser une population.

Je doute fort que Christian Vanneste pensait à autre chose qu'à stigmatiser une communauté (d'ailleurs il a également été condamné pour avoir traité des associations LGBT de terroristes), et de toute manière, il a logiquement été condamné car pour le commun des Français, ces propos sont discriminants.

Néanmoins ces propos sont tout aussi discriminants quand on s'y intéresse de plus près, un comportement se référant à un individu, un groupe.

A vrai dire, je trouve ce débat ennuyeux. Tant de circonvolutions pour affirmer que le comportement homosexuel (quel comportement ? il n'est pas unique !) est inférieur à celui des hétérosexuels, et se rendre compte qu'au final, tout n'est affaire que de préjugés, d'opinion de café du commerce qui ont le triste privilège d'avoir eu des conséquences funestes dans l'histoire et l'actualité.

Et les relations humaines dans tout ça ? Christian Vanneste en fait l'économie ! Normal pour un homme qui compte ses soutiens sur les doigts d'une main et se fait fort de les présenter en grande pompe sur son blog à chaque fois qu'un nouveau se présente (sauf bizarrement le candidat du Front National Christian Baeckeroot qui n'a pas eu le droit à tant d'honneur).

TITEM 

27/03/2007

"Positive"


Positive
Vidéo envoyée par paradixman
  
 
 
 
"Positive" est le nom de cette vidéo. Mais une chose est sûre, difficile de positiver après la vision de ce court-métrage.
 
Mais un message très clair aux bare-backers les plus extrêmistes, qui feignent de prétendre que la prévention est une entrave leur liberté. Et il y en eut déjà sur ce blog. Je ne parle pas de ceux qui, pace qu'ils sont en couple et fidèles, ont abandonné le préservatif en toute confiance. Mais pas avant d'avoir fait un test de dépistage !

Ceci est l'envers du miroir des pratiques de ces bare-backers inconscients qui en jouant avec la mort font danser avec eux des êtres plus fragiles.

TITEM

07/03/2007

Ironie de l'histoire...

medium_Baudrillard.jpg«  Le fait que le sida ait touché d’abord les milieux homosexuels ou drogués tient à cette incestuosité des groupes qui fonctionnent en circuit fermé. [...] Celui qui vit par le même périra par le même. L’absence d’altérité sécrète cette autre altérité insaisissable cette altérité absolue qu’est le virus.  »

Jean Baudrillard, Ecran Total (1997).

Il convient de rappeler ce que la presse amnésique, trop pressée de faire l'éloge de l'intellectuel critique des médias et de la société de consommation, s'est bien gardée de soulever : les prises de position apocalyptico-homophobes de Jean Baudrillard, qui qualifiait le sida d'«épidémie d'autodéfense» de la nature contre l'homosexualité, elle-même assimilée à une «dilapidation sexuelle de l'espèce».

Décédé le mardi 6 mars "des suites d'une longue maladie"... Notons par ailleurs au même moment la sortie ce mercredi du film "Les Témoins" d'André Téchiné, à propos de l'irruption de l'épidémie de SIDA, de la peur et de la stigmatisation qui s'en suivit.

TITEM

28/12/2006

SDF : Poudre aux yeux ?

medium_Tente_canal_Saint-Martin.jpgSi vous êtes Parisiens, vous n'avez pas pu louper les tentes des SDF (Sans Domicile Fixe). Déjà l'année dernière, Médecins du Monde distribuait des tentes aux sans-abris, faisant d'une initiative un double objectif : mieux protéger les personnes lors de la saison hivernale, donner une plus grande visibilité aux plus démunis, que l'on feint de ne pas regarder. Mais une tente en centre-ville, difficile de passer devant sans être interpellé par la pauvreté qui règne encore dans notre pays, un problème social indigne de nos sociétés développées. "Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l'homme sont violés. S'unir pour les faire respecter est un devoir sacré" ; nous enseignait déjà le Père Wresinski, fondateur d'ATD-Quart-Monde. 

Cette année, les tentes sont encore plus visibles : elles fleurissent le long du Canal Saint-Martin, avant - annonce-t-on cette nuit - d'investir les centres des grandes villes. Des célébrités - comme l'acteur Jean Rochefort - ou des inconnus, ont passé une nuit en compagnie des SDF, dans les mêmes conditions, ou leur ont tout simplement apporter de quoi alimenter leur quotidien (nourritures, livres...). L'association des Enfants de Don Quichotte s'est lancée dans la médiatisation de ce problème, et entend bien obtenir de la part du gouvernement des mesures concrètes. 

Au début, la ministre déléguée à la cohésion sociale, Catherine Vautrin, dénoncait le 19 décembre des actions "poudre aux yeux". Ce qu'il faut c'est s'engager dans une procédure de réinsertion sociale, développer les logements sociaux pour permettre aux travailleurs pauvres de pouvoir avoir leur chez-soi ou d'avoir l'adresse, sésame pour décrocher un nouvel emploi. On ne peut pas nier que cette vision à long terme serait bien plus efficace pour dimininuer sensiblement la pauvreté... mais à 100 lieues des préoccupations des sans-abris, qui ne croient plus à ces vaines promesses, et se demande surtout comment faire pour (sur)/vivre au quotidien ?

La médiatisation de ces derniers jours s'est plus forte : il est clair que le sujet sera l'un des enjeux de la campagne de 2007... Même si les candidats restent relativement silencieux à ce sujet, hormis le Ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui nous a gratifié d'une promesse démagogique déjà tenue par Lionel Jospin en son temps : l'objectif "0 SDF".  

Catherine Vautrin n'a donc pu échapper à la tournée des associations bénévoles qui vont auprès des SDF offrir une soupe, une couverture, une parole réconfortante... Un voyage pour ainsi dire initiatique. Voilà que Catherine Vautrin, après avoir assuré que le gouvernement avait mis à la disposition suffisamment de places et en ouvrirait encore, change de musique.

Les plages horaires des centres d'accueil seront rallongées, les places d'urgence transformées en "place de stabilisation", ayant donc vocation à accueillir plus longtemps les SDF. L'Abbé Pierre se déclare "satisfait". Les "Enfants de Don quichotte" dénoncent des mesures... "poudre aux yeux".

Il est évident que les deux propositions sont insuffisantes, mais démontrent néanmoins que seul un travail en collaboration entre les politiques et les associations d'action publique permet de prendre en compte la dimension des enjeux actuels, et de déterminer les mesures à entreprendre. On peut simplement regretter que ce diagnostic soit fait aussi tard et une nouvelle fois dans l'urgence, et non dans la prévention.

TITEM

25/12/2006

Les cadeaux de Noël de Benoît XVI

medium_Benoit_XVI_bonnet_rouge.jpgQui dit Noël, dit tradition de Noël. Pour certains, cela se traduit par la cérémonie de la messe de Noël. Mais la tradition du pape en ce jour de Noël est dite "urbi et orbi", et s'adresse donc "à la ville (Rome) et au Monde".

Autre tradition, Benoît XVI a adressé un message de paix, exhortant au "dialogue entre les cultures et les religions", notamment au Liban. Mais le pape a également évoqué l'Irak, afin que "cesse la violence atroce qui ensanglante le pays et que soit assurée à chacun de ses habitants une existence normale" ou encore le Darfour.

Les discours de Benoît XVI prennent une tournure tout à fait traditionnelle, aux deux sens du terme : habituellement réactionnaires. Ainsi, lors des voeux à la Curie, il s'en est une nouvelle fois pris aux homosexuels, en dénonçant "ces théories funestes qui refusent toute pertinence à la masculinité et à la féminité de la personne humaine, comme s'il s'agissait d'un fait purement biologique". Drôle d'argumentation pour celui qui n'a cessé d'arguer que la différence sexuelle était une immanation de la volonté divine... D'autant que les militants féministes et LGBT se sont entendus pour dénoncer la domination exercée par un modèle patriarcal et hétérocentré, culturellement construits. D'autant qu'ils ne refusent pas toute pertinence à la masculinité et à la féminité, ils estiment qu'elle n'est pas un aspect prépondérant dans l'éducation des enfants, ce que les études de l'APA ont montré. 

Terminons sur cette petite citation de Benoît XVI, qui lui conviendrait d'exercer sur tous les plans, et pas seulement celui des relations internationales : l'esprit de Noël, c'est "surmonter les préjugés, renverser les barrière et mettre fin aux situations qui dressent les individus et les peuples les uns contre les autres, afin de construire un monde de justice et de paix". Affaire entendue...  

L'autre aspect de ce discours, c'est sa prise de position très ferme au sujet de l'euthanasie. L'Eglise interdit l'euthanasie, qu'elle assimile à un suicide. Mais elle reste également opposée à l'acharnement thérapeutique. Une attitude reprise dans l'aphorisme "On ne veut pas donner la mort ; on accepte de ne pas pouvoir l'empêcher".

L'Eglise était devenue ces dernières années plus magnanime pour les familles des suicidés, acceptant de célébrer les funérailles de ceux qui auraient eu une vie difficile. Sa position sur le cas Welby est d'autant plus étonnante. Mais ne répond pas à la question : que faire quand même l'arrêt des soins intensifs ne permet pas de soulager dans la mort la souffrance des plus vulnérables ? Atteint d'une dystrophie musculaire, l'Italien Piergiorgio Welby était alité depuis des années, sous respiration artificielle. Il est mort mercredi dernier après que son médecin Mario Riccio a accédé à sa demande de mourir.

Ayant affirmé sa volonté de mettre fin à ses jours, le vicaire du Vatican, le cardinal Camillo Ruini, a interdit à Piergiogio Welby d'avoir des funérailles religieuses, à la plus grande colère de sa famille. "Que penser de celui qui choisit la mort en croyant chanter un hymne à la vie ?" a notamment déclaré le pape. Qu'il a eu beaucoup de courage ? Que ses souffrances sont enfin soulagées ? Que la vie, ce n'est pas de rester cloué au lit pendant des années ?

En définitive, je reste toujours étonné par l'ambiguïté de l'Eglise, qui idéalise la souffrance, et dénigre totalement le plaisir. Deux sensations qui innervent un même corps, traversent les mêmes organes, à tel point que, les scientifiques l'ont démontré, douleur et plaisir ne sont pas deux sensations tout à fait contradictoires. 

Les cadeaux de Noël ne font pas toujours plaisir. Ceux du pape en font partie. Mais ceux-là, il sera impossible de les revendre sur Ebay.

TITEM 

23/12/2006

Un drame scolaire récupéré

medium_Violence_ecole.jpgC'est avec une énorme surprise, mêlée d'horreur, que j'apprenais jeudi soir qu'un collégien en 6ème de Meaux, Karl, 12 ans, était décédé des suites de ses blessures après avoir été tabassé par d'autres élèves. A peine sortis de l'école élémentaire, est déjà capable de déchaîner suffisamment de violence pour tuer quelqu'un. 

Mais cela, c'était avant d'apprendre au terme de l'autopsie réalisée le lendemain, que Karl avait malheureusement succombé suite à un "stress émotionnel qui a entraîné un arrêt cardiaque subi". La victime souffrait en réalité, selon les médecins légistes, d'une "malformation cardiaque grave avec une artère coronarienne large comme un cheveu". 

Les coupables, de 11 et 12 ans, ont été "retenu", la garde à vue n'étant pas prévue pour les mineurs de moins de 13 ans. Ils ont été mis en examen pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner".  Ils ne seront pas incarcérés, mais des mesures  éducatives (placement, réparation...) seront prises.

Les médias n'ont cessé de monter en épingle le cas de ces enfants qui devront "prendre conscience de la gravité de leurs actes". Quelle gravité ? Les disputes dans les collèges sont malheureusement monnaie courante. Il n'est pas courant qu'un élève décède, mais dans ce cas, l'élève n'est pas mort des coups qui ont été donnés. Et il paraît peu vraisemblable que les coupables aient réellement songé qu'une telle chose puisse arriver. De manière un peu cynique, je dirais qu'ils ont joué de malchance. Qui n'a jamais été, ou n'a jamais eu son enfant, mêlé dans une bagarre ? C'est terrible pour Karl qui est décédé, et terrible pour les coupables, dont la vie sera jusqu'à la fin marquée pour un "meurtre" dans la responsabilité est somme toute tenue.

Le battage médiatique n'avait été aussi grand lorsque des collégiens originaires de Marseille et âgés de 13-14 ans ont été mis en examen pour viol collectif. La victime n'en est pas morte, mais le crime et la responsabilité est pourtant ici bien plus avérée - en dehors de la présomption d'innocence.

L'émotion est grande au collège Albert-Camus. Les élèves s'émeuvent que ce garçon n'est pas eu "une vie normale (sic), il n'a pas eu le temps de vivre". Les parents et les professeurs critiquent l'école et l'éducation nationale, en estimant qu'un tel drame aurait pu être évité si les moyens corrects avaient été alloués à cet établissement classé "Ambition réussite". 

Les politiques n'ont pas tardé à instrumentaliser ce drame. Et cela me choque. Car je le répète, certes la victime est décédée, suite au choc émotionnel engendré par les coups. Mais les bagarres au collège sont nombreuses (je n'ai pas dit justifiées) et tous ne meurent pas par la suite. 

Alors que la droite, tout en condamnant l'acte, considère qu'il ne faut pas faire d'amalgames, la gauche, les syndicats d'enseignants, et l'extrême-droite dénoncent le manque de moyens attribués à l'Education Nationale, l'incompétence des gouvernements... Et réclament plus de moyens et de personnels. Une instrumentalisation scandaleuse à l'opportunisme patent. Bien sûr que les moyens manquent, bien sûr que ce drame est tragique. Mais les hommes politiques s'étaient-ils autant mobilisé pour d'autres drames tout aussi graves ? Qu'on-ils fait contre les "happy slapping", qui sont le degré zéro de la violence scolaire ?

Finalement, la réaction la plus pragmatique est sans nul doute celle du Président de l'UDF, François Bayrou, pour qui  : "Les résultats de l'autopsie disent une chose encore plus terrible que si c'était la violence seule qui était responsable de la mort de ce jeune garçon" car "en fait, il est mort de peur, sous les coups qui le frappaient". La réforme de l'éducation doit être plus judicieuse et réaliste, que cette proposition démagogique qui ferait croire aux Français que la solution serait de mettre un éducateur derrière chaque enfant. Education et responsabilité, voilà bien deux autres leviers hautement plus efficaces, et pour lesquels François Bayrou a choisi résolument de s'engager. Pour que l'école ne soit plus un épouvantail, mais un tremplin.

TITEM 

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