05/11/2007
Cartouches gauloises, de Medhi Charet (2007)

Article également disponible à la lecture sur mon nouveau blog culture et loisirs
Le dernier printemps de la Guerre d'Algérie. Le printemps d'avant l'été de l'Indépendance.
Ali/Mehdi Charef, 11 ans, et son meilleur copain Nico regardent leurs mondes changer... et font semblant de croire que Nico ne partira jamais. Jamais ?
Drame français de Medhi Charet
2007 ; 1h32
Avec Ali Hamada (Ali), Thomas Millet (Nico)...
C'est l'histoire d'un regard de braise, celui du jeune Ali, 11 ans, qui assiste aux derniers feux du colonialisme français en terre algérienne. Pendant que son père combat pour l'indépendance, lui travaille comme porteur pour subvenir aux besoins de la maison.
C'est ainsi qu'il voit les prostituées qui vendent leur corps aux soldats Français ou les harkis serviteurs de la Vème République, et qui tous craignent les représailles post-indépendance. Il voit ses amis et leurs parents partir par peur des attaques des fellaghas, quand il n'est pas trop tard pour certains. Il voit les meurtres sommaires, les fouilles au corps, les corps meurtris dans la chair et dans le coeur.
Le regard de l'enfant permet d'excuser les biais polémiques de cette douloureuse et complexe page de l'histoire de la France et de l'Algérie, cette guerre honteuse où chacune des parties fit couler le sang. Ils ont certes leur propre regard, mais peuvent parfois se comporter comme des adultes, rapportant ce qu'ils entendent à la maison sur les "terroristes" et se disputent pour s'approprier une cabane comme d'autres veulent conserver un territoire.
Un témoignage sans concession, cru, de Medhi Charet, qui fut Ali, cet enfant d'Algérie en 1962. Ca n'est pas toujours fluide, mais c'est un film qui va droit au coeur.
Notez que pour le réalisateur - je le précise car ce n'est pas forcément évident dans le film et c'est regrettable - les cartouches gauloises font à la fois référence à ses cigarettes que les soldats français grillaient continuellement pour faire passer leur stress et qu'ils achetaient par cartouches dans les magasins, mais référence également aux cartouches des balles qui sifflaient tous les jours dans l'air.
TITEM
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17/10/2007
Les Témoins, d'André Téchiné (2007)
Note également disponible à la lecture sur mon nouveau blog culture et loisirs
Paris, été 1984.
Manu débarque à Paris, où il partage la chambre de sa soeur Julie dans un hôtel modeste. Il fera la connaissance d’Adrien et nouera une amitié chaste et joyeuse avec ce médecin quinquagénaire, qui lui fera découvrir le style de vie de son milieu.
Au cours d’une balade en bateau, Adrien présentera à Manu Sarah et Mehdi, un couple de jeunes mariés qui vient d’avoir son premier enfant.
Une passion amoureuse imprévue et l’irruption de l’épidémie du sida, encore perçue dans les médias et l’imaginaire collectif comme une peste moderne et honteuse vont bouleverser le tranquille agencement de ces destins particuliers. Chacun va devenir acteur et témoin d’un drame contemporain, où ceux qui ne mourront pas ressortiront peut-être plus forts, mais en tout cas pas indemnes.
Drame français d’André Téchiné
2007 ; 1h52
Avec Michel Blanc (Adrien), Emmanuelle Béart (Sarah), Mehdi (Sami Bouajila), Julie (Julie Depardieu), Manu (Johan Libéreau)
Avoir 20 ans à l’été 1984. Derniers soubresauts d’une époque où depuis une révolution de mai, on jouissait sans entrave. Pas même celle de l’odieux amandement Mirguet (qualifiant l’homosexualité de “fléau social”, et établissant la majorité sexuelle en matière de rapports homosexuels à 21 ans), aboli en 1982 à l’initiative du garde des Sceaux Robert Badinter.
Quelques nuages noirs pointent à l’horizon, ceux d’une maladie énigmatique venue d’Amérique, et qui nourrit les fantasmes les plus fous, la méfiance, voire la haine ; car ce que l’on ne connaît pas suscite automatiquement de violentes réactions. Les Rita Mitsouko chante “Marcia Baïla”, hommage à cette danseuse argentine morte du cancer, une drôle de coïncidence à l’heure où une génération apprend cette abréviation : SIDA.
Avoir 20 ans à l’été 1984, comme Manu. Il connaîtra “les beaux jours” (1ère partie du film d’André Téchiné), les dernières lueurs d’une époque insouciante. L’amour avec des inconnus dans les lieux publics à l’heure où c’est encore le seul moyen de rencontrer ses “semblables”. Il rencontrera Adrien, médecin quinquagénaire, puis ses amis, Sarah et Medhi. Une rencontre, et une époque, qui changera leur vie. Mais il est déjà trop tard.
C’est “La Guerre” (2ème partie). La guerre contre une maladie dont on ignore tout ou presque, et qui nourrit les fantasmes de la presse, qui alerte sur le “cancer gay” ou la “nouvelle peste”. Toute guerre a ses combattants, et ses victimes. Les amis, indirectement touchés par la psychose de tout un pays, entretiennent rancoeurs et méfiance.
Mourir à l’hiver 1984, se sentir honteux et sale, voir son corps autrefois vigoureux, désirable, dépérir, sous le regard de quelques amis qui ne vous jugent pas.
Puis vient “Le retour de l’été” (3ème et dernière courte partie). Parce que l’on a traversé les épreuves, et que la vie doit reprendre le dessus. Ceux qui restent sont les témoins d’un changement d’ère, les témoins du passage sur terre de leur ami, avatar d’une jeune génération sacrifiée.
Tout témoignage se doit d’être juste. Là est la principale qualité des Témoins de Téchiné. D’un drame social qui marquera toute une époque, le réalisateur tire une excellente oeuvre, sobre et profondément juste, absolument pas misérabiliste. Michel Blanc tient là un de ses plus grands rôles, mais les autres acteurs ne sont pas en reste. Mentionnons Johan Libéreau, très émouvant tout au long de l’évolution de son personnage. Ce film n’est pas un documentaire : il témoigne crument mais justement de la réalité d’une atmosphère, celle de l’année 1984, au rythme de la voix douce d’Emmanuelle Béart.
… Même si j’aurais davantage pensé que l’été 1983 avait été celui de la prise du conscience du SIDA en France. Ainsi, Libération consacrera sa une à “L’épidémie du “cancer gay”" dans son édition du 19-20 mars 1983.
Allez lire également les témoignages de Robin Campillo et Laurent Gloaguen, autres témoins de cette époque, qui tous nous enseignent une chose : se protéger soi et les autres. Parce que ces gens qui sont morts ne le furent pas en vain.
TITEM
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11/10/2007
Les 3 P'tits Cochons, de Patrick Huard (2007)
Au chevet de leur mère plongée dans un profond coma, trois frères veillent en échangeant sur les «pour» et les «contre» de l’adultère. Rémi, l’aîné nanti, prévient ses cadets des dangers qui les guettent, mais en vain. Mathieu, qui étouffe dans sa banlieue, est déjà sur le point de tromper sa femme avec une collègue. Christian, le benjamin adepte de cybersexe, s’éprend d’une de ses étudiantes de Tae Kwon Do, sans se douter que sa conjointe policière et frigide le surveille de près. Seul Rémi, chez qui ses frères en déroute conjugale finiront par échouer, semble au-dessus de tout soupçon. Quoique son épouse ne semble pas convaincue de sa vertu.Comédie dramatique québécoise de Patrick Huard
2007 ; 2h04
Avec Claude Legault (Mathieu Quintal), Guillaume Lemay-Thivierge (Christian Quintal), Paul Doucet (Rémi Quintal), France Castel (Lucille, la mère)…
Parce que les affiches du métro montréalais en faisaient la promotion, et parce qu’autour de nous, certains de nos amis ou colocataires avaient été le voir, voilà que mes amis et moi avons décidé de partir voir ce film : les Trois Petits Cochons.
Première difficulté : trouver une salle de cinéma qui ne soit pas trop cher. Par chance, on nous a appris que dans une rue proche de Saint-Denis métro Berri-UQAM, le cinéma faisait des places de cinéma à 4,95$ (environ 3 euros) le mardi. Une très bonne chose pour nos petits budgets : des places de cinéma au prix de ceux pratiqués en France lors de la fête du cinéma, mais ce tous les mardis !
Grand moment aussi lorsqu’à tour de rôle, il nous fallait annoncer que nous voulions une place pour les Trois Petits Cochons. Vraiment trop mignon… Mais non, ce film n’a rien d’un dessin animé pour enfants (vous allez vite comprendre pourquoi…) même si la référence n’a rien d’anodine.
Deuxième difficulté : comprendre ce que disent les acteurs, et certaines références ou expressions qui échappent au français fraîchement débarqué en Amérique. Grand moment encore, mais de solitude cette fois, lorsque toute la salle éclate de rire… Sauf vous ! Et heureusement, vos voisins français n’ont pas plus compris que vous. L’honneur est sauf.
C’est moins le cas de la morale… car voici un film pour le moins surprenant. Trois frères se retrouvent réunis autour du lit d’hôpital de leur mère mourante. On retrouve une situation proche de celle des Invasions Barbares, ce film plutôt réussi de Denys Arcand. Sauf que là, point de dialogues aussi fins et grivois à la fois, où des dialogues sur le sens de la vie, mais des répliques bien grasses, des scènes de sexe plutôt explicites…
Alors l’histoire du film est simple : pendant que maman meurt, les deux plus jeunes choisissent au même moment d’aller voir ailleurs, “ panthère ” ou jeune karatéka en manque de contact… au grand dam de l’aîné, fils modèle, qui joue les pères pudeurs. On suit chacun de leurs parcours erratiques sur le chemin de l’adultère, à tour de rôle. Oh les p’tits cochons… Et oui ! Pas facile de mener une double vie ! Et comme dans le conte, les deux premiers vont rejoindre le dernier, le plus malin… qui aurait bien envie lui aussi de voir le loup.
Je vous épargne le ramoneur jaloux que sa femme s’effeuille sur Internet, la bande originale saoulante du début à la fin, les longueurs du film…
Un film plutôt drôle néanmoins, sans morale, pas toujours bien filmé (mais… elle respire ? Je pensais qu’elle était morte ??) qui se laisse regarder une fois, pas plus. Pour tout, dire j’ai du mal à comprendre l’engouement autour de ce film, à 100 lieues minimum du C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée ou des Invasions Barbares de Denys Arcand.
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10/10/2007
Le Goût des autres, d'Agnès Jaoui (2000)
Castella est un chef d’entreprise peu porté sur la culture. Pourtant, un soir, en allant par obligation assister à une représentation de “Bérénice”, il tombe en adoration du texte et de l’actrice principale, Clara. Par une coïncidence, celle-ci va lui donner des cours d’anglais, nécessaires à son travail. Castella tente de s’intégrer à ce milieu artistique mais sans grand succès. On ne bouscule pas ainsi les cadres de références et les barrières culturelles sans faire d’histoires.
Comédie dramatique française d’Agnès Jaoui
2000 ; 1h52
Avec Jean-Pierre Bacri (Castella), Anne Alvaro (Clara), Gérard Lanvin (Franck Moreno), Alain Chabat (Bruno Deschamps), Agnès Jaoui (Manie)
Parmi les récompenses, 4 Césars en 2001 (Meilleur film, scénario, second rôle masculin (Gérard Lanvin) et féminin (Anne Alvaro)
J’avais bien sûr entendu parler de ce film, et pas seulement pour les récompenses qu’il a reçues. J’avais déjà pu voir la pièce écrite par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, Cuisines et Dépendances, que j’avais moyennement apprécié. Et chose importante, bien que reconnaissant le talent de Jean-Pierre Bacri, son humeur bougonne m’exaspère continuellement. Je n’allais donc pas voir ce film avec les meilleurs sentiments…
Et justement, voilà un film sur les préjugés et nos petits travers dans lesquels nous sommes susceptibles de nous reconnaître. Castella, chef d’entreprise toujours en train de râler et de dire des grossièretés (devinez qui est l’acteur…) se prend de passion pour le théâtre et la culture de manière générale, pour les beaux yeux d’une actrice qui est aussi sa professeur d’anglais.
Une idée très séduisante. Pour y parvenir, quelques autres personnages en perte de repères qui tous frôlent la dépression. On rit de leurs interrogations, de leur manque de tact comme de nos petits travers.
Après, on aime ou l’on aime pas. Le manque de tact des personnages, leur maladresse, leur humeur continuellement maussade est exaspérante !… Parce qu’il est gênant de pouvoir se reconnaître de ce film qui se veut un miroir sociologique de certains milieux, de leurs préjugés et de leur code ?
Toujours est-il que le film traîne par ailleurs en longueurs, et la galerie de portraits de personnages dépressifs n’engage vraiment pas à la joie tout au long de ce film qui peut vous plomber le moral. C’est agaçant, à moins d’en rire (mais ça n’est pas toujours drôle). Mais les acteurs sont excellents, et, une nouvelle fois, le scénario intéressant.
18:30 Publié dans La dernière séance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, récompense
11/07/2007
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, de David Yates (2007)
Alors qu'il entame sa cinquième année d'études à Poudlard, Harry Potter découvre que la communauté des sorciers ne semble pas croire au retour de Voldemort, convaincue par une campagne de désinformation orchestrée par le Ministre de la Magie Cornelius Fudge. Afin de le maintenir sous surveillance, Fudge impose à Poudlard un nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal, Dolorès Ombrage, chargée de maintenir l'ordre à l'école et de surveiller les faits et gestes de Dumbledore. Prodiguant aux élèves des cours sans grand intérêt, celle qui se fait appeler la Grande Inquisitrice de Poudlard semble également décidée à tout faire pour rabaisser Harry. Entouré de ses amis Ron et Hermione, ce dernier met sur pied un groupe secret, "L'Armée de Dumbledore", pour leur enseigner l'art de la défense contre les forces du Mal et se préparer à la guerre qui s'annonce...
"Harry Potter and the Order of the Phoenix"
Film fantastique américain de David Yates
2007 ; 2h18
Avec Daniel Radcliffe (Harry Potter), Rupert Grint (Ronald Weasley), Emma Watson (Hermione Granger)... ![]()
5ème tome des aventures du jeune sorcier orphelin, l'Ordre du Phénix est aussi le plus long : 976 pages dans l'édition française de Gallimard. C'est aussi, pour beaucoup de lecteurs, le plus sombre. La menace est latente, elle s'accroît au fil des pages. Personne n'ose croire au retour de Voldemort, et le Ministère de la magie, aidé par la gazette du sorcier, se charge de la désinformation.
Mais le lecteur, lui s'attend progressivement à la confrontation entre l'Ordre du Phénix et l'AD contre les Mangemorts. On vit les tourments de Harry Potter. Ceux de l'adolescence et des charmes de la jeune Cho Chang (et la fameuse scène du baiser !), sa frustration de ne pas être utile à l'Ordre et de devoir subir les traitements de la nouvelle Grande Inquisitrice, sa colère refoulée contre ceux qui le prennent pour un fou... L'épisode le plus réussi également. Suspens, humour, drame... Une alchimie subtile avec laquelle J.K. Rowling - l'auteure - tient nos nerfs depuis de nombreuses années.
Lourd challenge donc pour David Yates. Difficulté supplémentaire : le film ne dure que 2h18, soit le plus court jusqu'à présent. Et comme il fallait s'y attendre, le défi n'est pas à la hauteur de ce roman au scénario extraordinaire et riche.
Alors certes, les décors, les costumes et les effets spéciaux sont toujours aussi saisissants. L'ambiance du film, y compris les interrogations du jeune Potter sont bien rendues. Mais c'est au détriment de l'action. La suspens monte progressivement, comme dans le livre... Mais pour s'effondrer trop vite. La bataille dans le bureau de Dumbledore est réduite à la disparition de l'intéressé. Le combat entre les jeunes écoliers de Poudlard et les Mangemorts est réduit à quelques sorts qui mettent aux vraies hostilités. Celui entre Voldemort et Dumbledore - heureusement ! - échappe au ciseau du scénariste.
De même, de multiples détails, qui donnent tout leur sens à l'univers Potter, sont éludés. Quid du tableau de la mère de Sirius, la trahison de Kréaturr, l'orientation scolaire de Harry (et la fameuse scène entre MacGonagall et Ombrage), les interrogations de Harry lorsqu'il découvre que son père n'est pas le héros qu'il imaginait ? Et que dire des autres personnages que l'on évoque, quand la scène le permet... nonobstant une Dolores Ombrage (Imelda Staunton) délicieusement détestable ?
Le film remplit son contrat, celui de nous divertir. Mais compte tenu de la trame du livre de Rowling, on pouvait s'attendre à un long-métrage plus rigoureux, plus riche... Plus saisissant. Pour noyer ma déception, je m'en vais relire le tome 5, en attendant le 7 (Harry Potter ou les reliques de la mort) le 21 juillet.
TITEM
22:40 Publié dans La dernière séance | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Fantastique, Harry Potter
10/07/2007
Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (2007)
Téhéran 1978 : Marjane, huit ans, songe à l'avenir et se rêve en prophète sauvant le monde. Choyée par des parents modernes et cultivés, particulièrement liée à sa grand-mère, elle suit avec exaltation les évènements qui vont mener à la révolution et provoquer la chute du régime du Chah.
Avec l'instauration de la République islamique débute le temps des "commissaires de la révolution" qui contrôlent tenues et comportements. Marjane qui doit porter le voile, se rêve désormais en révolutionnaire.
Bientôt, la guerre contre l'Irak entraîne bombardements, privations, et disparitions de proches. La répression intérieure devient chaque jour plus sévère.
Dans un contexte de plus en plus pénible, sa langue bien pendue et ses positions rebelles deviennent problématiques. Ses parents décident alors de l'envoyer en Autriche pour la protéger.
A Vienne, Marjane vit à quatorze ans sa deuxième révolution : l'adolescence, la liberté, les vertiges de l'amour mais aussi l'exil, la solitude et la différence.
Film d'animation français, historique et autobiographique de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
2007 ; 1h35
Avec les voix de Chiara Mastroianni (Marjane adolescente), Catherine Deneuve (la mère), Danielle Darrieux (la grand-mère)...
Prix du Jury au Festival de Cannes 2007
![]()
Elle a connu une révolution et une guerre, meurtrières. Elle a connu "l'exil" loin des siens qui meurent. De sa vie mouvementée, Marjane Satrapi, adolescente rebelle issue d'une famille de démocrates a fait 4 bandes dessinées. Qu'elle met aujourd'hui en images. Non pas celles d'un film américain avec des vedettes pour faire un film de bon sentiment et sur la culpabilité américaine - projet qu'elle a refusé - mais un film d'animation, servi en revanche par de grandes voix. Des dessins épurés, réalistes, comme pour mieux toucher à l'universalité... On en oublie presque que la jeune Marjane est issue d'une famille plutôt aisée. Cela ne l'a pas empêché de vivre le malaise de toute personne bousculée d'une culture à une autre, loin de ses racines.
Les dessins épurés permettent de toucher plus directement le spectateur. Attendris par la séparation entre la jeune Marjane et sa famille. Consternés par les horreurs de la guerre. Révoltés par la répression du shah ou de la république islamique et de leurs soldats de plomb. Séduits par la poésie toute orientale de la narration, comme la pluie de jasmin qui tombe du soutien-gorge de la grand-mère pour que ses seins sentent bons. Amusés par la répartie de la jeune fille en toute situation, comme lorsque les pasdaran, ces docteurs de la loi, la réprimande parce qu'une fille qui courre dans la rue, ça fait bouger les fesses de manière impudique.
Un film profondément humain, dans sa nature la plus folle ou la plus tendre. Petit regret : l'histoire de l'Iran et la complexe montée des tensions est résumée en quelques scènes marquantes, sans plus.
TITEM
Rem. : Les tensions actuelles nous invitent à rester vigilants. Ainsi Libération rapporte cette réaction d'une organisation dépendant du ministère iranien de la Culture : « Cette année, le Festival de Cannes a sélectionné un film sur l’Iran qui présente un tableau irréel des conséquences et des réussites de la révolution islamique ». Le Monde rapporte ainsi qu'un homme a été lapidé pour "adultère" - en fait, il s'était séparé de son épouse et vivait avec une autre femme, qui elle-même avait quitté son mari -. Et cela, ça n'a rien d'un tableau irréel des droits de l'homme en Iran.
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09/07/2007
Roman de gare, de Claude Lelouch (2007)
Judith Ralitzer, femme fatale, auteur à succès, est en quête de personnages pour son prochain best-seller. Un tueur en série vient de s'échapper de la prison de la santé ! Huguette, midinette, coiffeuse dans un grand salon parisien, va changer leur destin. Il y a des rencontres plus fatales que d'autres...
Film policier français de Claude Lelouch
2007 ; 1h43
Avec Dominique Pinon (Pierre Laclos), Fanny Ardant (Judith Ralitzer), Audrey Dana (Huguette)
Un homme prend l'autoroute direction le sud. Qui est-il ? Un professeur de lettres qui vient de quitter femmes et enfants ? Un tueur en série pédophile qui attire ses victimes par des tours de magie ? Le nègre d'une écrivain à succès ? Un peu des trois à la fois ?
Jeu de masques et destins croisés pour cette sorte de road-movie. La rencontre fortuite avec Huguette, une midinette qui aimait trop les cigarettes, un papillon de nuit qui s'est brûlé les ailes, révèle petit à petit les mystères de cet homme rusé, et ressort pourtant renforcée de cette expérience douloureuse.
L'homme semble prendre un malin plaisir à brouiller les pistes. Ce qu'il met en scène, ce n'est ni plus ni moins que la comédie de sa propre vie, faite de faux semblants.
Difficile d'en dire plus sans révéler le mécanisme bien huilé de ce film. Ce n'est pas seulement un simple film policier. C'est aussi le résultat de destins croisés de personnages qui jouent la propre oeuvre de leur vie.
En cela, Roman de gare illustre parfaitement les conditions de sa propre sortie. Réalisé par Claude Lelouch, ce dernier l'a présenté aux critiques sous le pseudonyme d'Hervé Picard, son professeur de tennis. Parce qu'il considérait que ses derniers films, parce que réalisé par "Claude Lelouch", étaient systématiquement rejetés par la critique, il voulait voir ce que ferait l'effet de "son" film, réalisé par un inconnu (et l'on retrouve là encore cette mise en abîme dans le film). Claude Lelouch témoignait récemment : "Je voulais pouvoir refaire un film en m'amusant, en allant à l'essentiel, sans subir la pression du marché ou les contraintes marketing du métier. Demander à Hervé Picard d'être mon prête-nom m'a permis d'avoir la paix pendant l'année qu'a duré l'écriture et la réalisation".
A sa sortie, le film a été salué par la critique, ainsi que par le festival de Cannes où il était en sélection officielle hors compétition. Mon avis sera celui d'un homme qui n'avait encore jamais vu de films de Claude Lelouch. Roman de gare est un film qui au départ dérange. Mais l'on ressort positivement étonné par cette histoire de jeux de masques et la redoutable machination qui a précédé la sortie de ce film ; mise en abîme que l'on retrouve dans Roman de Gare. Et le jeu à la fois sincère et la mise en scène proche de la réalité y est pour beaucoup dans la réussite de ce film.
TITEM
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01/07/2007
Farinelli (il castrato), de Gérard Corbiau (1994)
L’histoire de Farinelli, célèbre castrat, devenu une légende de son temps et qui arrêta brusquement sa brillante carrière pour suivre le roi d’Espagne.Film historique et musicale de Gérard Corbiau
1994 ; 1h56
Avec Stafano Dionisi (Carlo Broschi, dit Farinelli), Enrico Lo Verso (Riccardo Broschi), Elsa Zylberstein (Elisabeth).
Le père Broschi souhaitait que ses fils demeurent toujours ensemble. A Carlo, le chant, et un incroyable talent. Sa castratation lui a permis de conserver sa voix d’enfant, plus pure que la trompette, mais puissante, portée par une cage thoracique d’adulte. Il parvenait à émouvoir les plus sensibles. Bien que certains lui reprochaient de perdre son âme musicale en se fourvoyant dans de pompeuses vocalises. Notamment dans les oeuvres de son frère, Riccardo…
A Riccardo donc, la composition et l’orchestration. Il met ses oeuvres au service de son jeune frère, qu’il admire. A moins qu’il ne s’agisse de profiter de son talent. Ou encore de se faire pardonner le cauchemar récurrent de son cadet, celui d’un cheval blanc au galop, cause “officielle” de la castration de Carlo.
La castration, comme mutilation d’un corps façonné et offert par Dieu était rigoureusement interdite… cependant que l’Eglise avait “fabriqué” des castrats, afin de figer dans la naïve l’enfance des hommes dont on privait de leur virilité, mais pas de leur humanité. Une pratique qui se justifiait par l’interdiction faite aux femmes de chanter dans les lieux consacrés.
Les costumes et les décors sont bien recréés. Pour recréer la voix exceptionnelle de Farinelli, deux autres voix furent nécessaires : celle d’un contreténor, Derek Lee Ragin, et celle d’une soprano colorature, Ewa Malas-Godlewska. pour le reste, le film se perd dans les relations troubles entre les deux frères (l’un séduit, l’autre ensemence…) et les disputes avec le compositeur Haendel. Une liberté prise avec la réalité. Gérard Corbiau a cherché à représenter Farinelli comme Riccardo voulait valoriser son frère : avec des frivolités superflues. Dommage pour ce réalisateur de films musicaux qui sut plus tard faire mieux (comme avec Le roi danse en 2000).
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27/06/2007
The Big Lebowski
Jeff Lebowski, prenommé le Dude (le type), est un paresseux qui passe son temps à boire des coups avec son copain Walter et à jouer au bowling, jeu dont il est fanatique. Un jour deux malfrats le passent à tabac. Il semblerait qu'un certain Jackie Treehorn veuille récupérer une somme d'argent que lui doit la femme de Jeff. Seulement Lebowski n'est pas marié. C'est une méprise, le Lebowski recherché est un millionnaire de Pasadena. Le Dude part alors en quête d'un dédommagement auprès de son richissime homonyme...
Comédie américaine des Frères Coen
1997 ; 1h57
Avec Jeff Bridges (Jeff "The Dude" Lebowski), John Goodman (Walter Sobchack), Steve Buscemi (Donny)
The Dude n'avait rien demandé. Sa vie est rythmée par des séances de walkman, de parties de bowling avec ses amis Walter et Donny et les russes blancs, ce cocktail qu'il consomme sans modération. Alors quand deux petites frappes viennent en vain lui réclamer un million de dollars pour les dettes de sa femme, lui qui est chômeur et célibataire, ils urinent sur son tapis. Un tapis qui suivait bien avec le reste, et qui l'entraîne dans un imbroglio fou dans lequel The Dude, cool de chez cool, peine parfois à garder son calme (voire sa paresse) légendaire.
Et de cette histoire de tapis, les Frères Coen dressent une galerie de portraits haute en couleurs. Une représentation de la société américaine qui se veut critique et drôle. Un film aberrant du début à la fin, voire franchement désespérant, sauf à aimer cet humour complètement décalé et absurde. Certains apprécieront donc franchement. Car l'on entend souvent parler du "big Lebowski" et que l'affiche elle-même est très connue : un film culte pour certains. Le voir permet donc de ne pas mourir idiot si l'on vous en parle, à condition de ne pas vous-même mourir d'ennui.
TITEM
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17/06/2007
Shrek le troisième
L'ogre Shrek n'avait pas quitté son marécage pestilentiel et épousé sa chère Fiona pour devenir roi. C'est pourtant ce qui risque de lui arriver après que son beau-père Harold clabote soudain sans crier gare. S'il n'arrive pas à dénicher illico un roi avec l'aide de ses fidèles compagnons, l'Âne et le Chat Potté, Shrek deviendra le prochain souverain du Royaume Fort Fort Lointain. Bonjour les ennuis ! À moins qu'Artie, le cousin loser de Fiona, ne se laisse convaincre de monter sur le trône à sa place. Mais ce paumé a-t-il vraiment l'étoffe d'un roi ?
Comédie d'animation américaine de Chris Miller
2007 ; 1h33
Avec les voix française d'Alain Chabat (Shrek), Med Hondo (L'âne), Barbara Tissier (la princesse Fiona), Boris Rehlinger (Le Chat Potté).
L'ogre le plus drôle du cinéma revient pour un troisième opus. Lui qui ne demandait qu'à vivre d'amour et de boue fraîche dans son marécage avec la princesse Fiona, le voilà roi de Fort Fort Lointain... et bientôt papa ! Les adoubements, les baptêmes de bateau, les réceptions ampoulées (et endimanchées), c'est vraiment pas son truc... Seul moyen de fuite : aller retrouver, avec ses fidèles compagnons l'Âne et l'autre héritier du trône, Artie, souffre-douleur de ses camarades de classe, et le convaincre de monter sur un trône. Trône que convoite le suffisant Charmant, qui a réussi à mobiliser derrière lui les méchants des contes : le capitaine Crochet, la sorcière de Blanche Neige...
Des nouveaux personnages farfelus, un graphisme toujours aussi soigné, stupéfiant de réalisme... Cette parodie de nos contes et légendes est une farce désopilante réussie. Mais cet épisode perd un peu de la folie furieuse et de l'irrévérence qui l'avaient animé lors du second film. Dommage, mais on n'en passe pas moins un très bon moment. Et on excuse facilement les débordements un peu hollywoodiens sur les "tu es ce que tes choix ont fait, font et feront toi".
TITEM
17:27 Publié dans La dernière séance | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Dessin Animé, Humour






