23/08/2006

Encore ? Mais qu'est-ce qu'on attend ?

medium_Extraction.jpgIl y a comme une impression de déjà entendu dans les journaux télévisés : les prix de l’essence à la pompe ont encore augmenté : le litre de diesel coûte désormais environ 1,12€, le super près d’1,30€. 

Les commentaires aussi restent les mêmes. Les fatalistes : que voulez-vous, on a besoin de la voiture ! Les raisonnables : on essaye d’aller dans les stations les moins chères, de rouler moins vite, de ne pas prendre la voiture pour les petits trajets.
 

Et puis il y a l’espèce bien franchouillarde dont un spécimen a été interviewé par France 2. C’est vrai que c’est honteux et malhonnête de la part de l’Etat d’avoir augmenté les prix pendant les vacances, quand les gens ne sont pas là ! Je dirais même plus, c’est pas bien Monsieur Chirac.
 

Ah ! La naïveté de ces gens qui croient que l’Etat Superman peut tout régir… Mais c’est qu’ils en discutent, tout là haut. Ils parlent même de créer des chèques transport, financés par les entreprises, équivalent des tickets restaurants. Encore une mesure-béquille qui élude le vrai problème.
 

Autre solution évoquée : taxer les entreprises pétrolières ! Après tout, elles s’enrichissent sur notre dos puisque nous avons besoin de nous déplacer. Total a fait un bénéfice de plus de 7 milliards d’euros pour le seul trimestre 2006. Ca laisse songeur tant d’argent, non ? Certains se verraient bien recevoir une part de cette cagnotte. Mais attendez, il faudrait que les petits conducteurs reçoivent moins que les gros rouleurs, mais penser également aux routiers et aux marins qui eux sont de gros consommateurs et puis…
 

Stop ! Ne rêvez pas ! De toute manière, c’est aussi une fausse solution. Si l’argent du pétrole nous était reversé, sous forme de chèques transport ou remboursement de la part des entreprises pétrolières, il ne servirait qu’à racheter de l’essence pour Titine. Cela n’aurait pas d’influence sur notre consommation, mais le prix, lui, continuerait d’augmenter. 
 

Le pétrole est de plus en plus cher car les besoins en or noir augmentent de plus en plus ; c’est la loi de l’offre et de la demande. Mais cela peut encore évoluer, et vers le haut bien sûr. La croissance des pays d’Asie ne fait qu’accroître leur demande, et par conséquent les prix, sensibles à la situation internationale. Un problème technique en Alaska, des sabotages au Nigeria, la guerre au Liban et les bravades nucléaires de l’Iran… Vous mélangez tout ça et vous obtenez un baril à 78€. Certains spécialistes estiment que ce montant pourrait même tripler en cas de guerre avec l’Iran. Pensez bien qu’en pareille situation, le seuil psychologique des 1,50€ le litre serait largement dépassé.
 

L’argent des entreprises pétrolières pourrait servir à développer les transports en commun. Voilà une idée qui peut être intéressante, mais que l’on n’a pas non plus fini d’entendre. Une rame de métro suffit à transporter l’équivalent de plusieurs bus et plusieurs centaines de voitures. Mais les mentalités restent rétives à tout changement : il suffit de voir les réactions parisiennes lorsqu’on leur parle de Paris Plage ou des travaux d’aménagement pour les transports en commun et pistes cyclables.
 

Le ministre délégué à l’aménagement du territoire, Christian Estrosi, cherche à convaincre les entreprises d’utiliser le transport fluvial. Correspondant à seulement 2% des flux de marchandises en France, une péniche tous les quarts d’heure transporte pourtant autant qu’un camion toutes les 20 secondes…
 

Les architectes urbains cherchent en outre à modifier la physionomie de certains quartiers pour limiter les déplacements, ou inviter les citadins à employer les transports en commun.
 

Et puis, les transports en commun à la longue c’est moins cher, ça pollue moins et… Ah ? Ca vous le saviez aussi ? Mais qu'est-ce qu'on attend alors ?


TITEM

17/08/2006

Syndicats et actionnaires, laissez les patrons investir !

medium_Investir.2.jpgLes syndicats ne sont pas en vacances : ils se mobilisent même. Dernièrement, c’est contre le projet du leader français du petit électroménager SEB, qui souhaite racheter son concurrent chinois Supor.


On ne peut pas dire que les syndicats en France ne jouent pas leur rôle de défense du salarié. Mais on ne peut pas dire non plus que cela soit très efficace, ou très pragmatique.


Pas très efficaces, car même s’ils ont tenté de récupérer de la victoire après l’adoption sans application du CPE, leur faible nombre ne leur permet toujours pas d’obtenir les mesures nécessaires. On pense notamment à un meilleur partage de la valeur ajoutée, et une utilisation de la part du profit pour le développement de l’entreprise, non pour les poches d’un actionnaire plénipotentiaire.


Ils ne sont pas non plus très pragmatiques. Car parallèlement à l’intérêt du travailleur, il y a l’intérêt de l’entreprise. Parallèlement, et non « en face » : le travailleur appartient à l’entreprise, il lui permet de prospérer, et réciproquement. Si l’entreprise va mal, c’est aussi le travailleur qui est exposé.


Mais le cas SEB-Supor est je pense caractéristique des œillères dont les syndicats peinent à se débarrasser. Voilà une entreprise française qui cherche à conserver sa place de leader. Pour cela, elle recherche de nouveaux marchés. Elle se tourne évidemment vers la Chine : la « bourgeoisie » chinoise est aussi nombreuse que l’ensemble de la population Française, mais elle est sous-équipé ! C’est donc tout naturellement que SEB choisit de s’implanter en Chine. Et plutôt que d’installer des usines là-bas et faire concurrence aux autres entreprises (ce qui coûte très cher, sans garantie de réussite), elle rachète et s’allie à son concurrent.


Les syndicats se dressent aussitôt et s’inquiètent déjà des licenciements. C’est possible en effet. Mais cela aurait été le
cas de façon plus certaine si l’entreprise restait sur ses acquis et laissait ses concurrents grignoter ses parts de marché.


D’autres pays produisent des marchandises de plus en plus sophistiquées, à des coûts réduits. Alors, baisser les salaires au niveau de la Chine ? Impensable ! Continuer de produire des objets de consommation plus chers que la moyenne ? Vous entendrez le consommateur français se plaindre de la hausse du coût de la vie.


Si vous n’êtes pas convaincu, demandez-vous si vous seriez vraiment prêt à travailler pour quelques centaines d’euros par mois, ou si vous seriez prêts à acheter les yaourts A 5 fois plus chers que les yaourts B, de qualité similaire.


Mais cela n’est pas un constat fataliste. Car ces pays émergents ne nous font pas (encore) concurrence sur les produits de haut de gamme ou à haute valeur technologique. Ce qu’ont compris d’autres pays, l’Allemagne notamment, dont le montant des exportations augmente chaque année. Mais également des pays autrefois pauvres, aujourd’hui sur le point de nous dépasser : la Corée du Sud par exemple. Qu’attend la France pour faire de même ? Ou plutôt qu’attendent les entrepreneurs pour investir dans cette voie ?


Peut-être que les actionnaires leur laissent une plus grande liberté de manœuvre et cessent de ne penser qu’à leurs dividendes… Comportement rationnel, mais égoïste et non pragmatique.


TITEM

17/07/2006

Mettez de la couleur dans votre vie !

medium_Harry_Roselmack.jpgLundi 17 juillet 2006, 20h, sur TF1 : premier journal télévisé de Harry Roselmack sur la chaîne privée. Costume et cravate, l'air détendu et souriant, il annonce les titres de ce soir, puis les reportages... et après 40 minutes salue les spectateurs en leur souhaitant une bonne soirée. Avec sérieux, même si l'on attend des interviews pour juger plus largement de ses compétences de journaliste. Même si on louait ses qualités à Canal + et i-télé, la grande messe de la chaîne hertizienne, c'est autre chose. 

Qu'avait ce journal de particulier ? Son nouveau présentateur ? Certes, mais encore. Ah ! Il est "bronzé". Enfin... Pas bronzé comme Carole Gaessler fraîchement revenue de vacances. Mais un peu plus, "café au lait". Voire plutôt "typé".

Bon : il est noir, et vient de Martinique ! Et alors me direz-vous ? Et bien justement rien... Il y avait déjà Rachid Arhab (pas noir mais déjà au 13h quelques années auparavant, en compagnie de Carole Gaessler) et il y a Audrey Pulvar pour le Soir 3. 

Je reste personnellement particulièrement réservé sur la discrimination positive : pour moi, il me semble que l'on doit embaucher, donner des promotions de carrière à ceux qui le méritent. Pourtant, il suffit de voir le taux de chômage ou le type d'embauches de ceux qui n'ont pas la même couleur de peau, ou viennent de certains quartiers, pour comprendre que la réalité est toute autre. Mais je n'ai pas de solution miracle, si ce n'est celle, incontournable, d'un travail sur les mentalités.

Vous avez remarqué que j'ai employé le mot "couleur de peau". Cela ne devrait plus être un tabou. J'ai par ailleurs du mal à comprendre les motivations de certaines peurs parfaitement puériles sur la couleur de peau. Puériles : certains noirs ne racontent-ils pas qu'ils le sont devenus à leur entrée à l'école ?

Hasard du calendrier ou non, Harry Roselmack a annoncé ce soir le jugement dans le procès d'une patronne de salon de coiffure de Loire-Atlantique, condamnée pour discrimination à l'embauche. Par deux fois, elle avait en effet assuré à Clairmise Valton qu'elle ne cherchait pas d'employés, ce que son amie blanche et l'ANPE avait démenti. 

Une condamnation méritée contre celle qui recherchait quelqu'un "de son cru". Mais la palme de l'hypocrisie revient sans doute à son avocat :  "Je ne pense pas que l'on puisse faire reposer sur ma cliente les problèmes d'embauche et d'emploi des personnes d'origine étrangère". Or, Clairmise Valton est Française. Noire, d'origine haïtienne, mais Française. Il y a encore beaucoup de travail pour que l'on cesse de penser "blanc = français" "bronzé = étranger" (au quel cas ça vous donnerait une raison supplémentaire de ne pas vous exposer trop au soleil). Mais bon, n'allons pas jeter la pierre à ces gens. Souvenons-nous que Philippe de Villiers avait également évoqué le problème des "étrangers" à un jeune homme issu des banlieues... et Français. Black, blanc ou beur ? Bah, peu importe... 

TITEM 

14/04/2006

Jean Lassalle, 39 jours après...

Cela faisait 39 jours qu'il avait entamé une grève de la faim. Le député UDF des Pyrénées Atlantiques Jean Lassalle entendait protester contre la délocalisation de l'usine Toyal d'Accous, dans la vallée d'Aspe, détenue par le groupe japonais : Toyo Aluminium KK. Il estimait à terme que cette délocalisation menacerait les 150 employés de cette entreprise, dans sa circonscription déjà sinistrée par les problèmes de chômage. Un accord a enfin été trouvé aujourd'hui 14 avril, alors que sa santé commençait à décliner. Il avait en effet perdu près de 22 kilos. Il s'estime "soulagé", et devrait stopper sa grève de la faim.

Certains se sont fortement émus de ce combat de l'élu béarnais, qui n'a jamais renoncé et a su conserver toute sa motivation. D'autres ont estimé son courage de tenir une grève de la faim pendant plus de 5 semaines. Certes, respect à cet homme d'avoir su rester fidèle à ses convictions jusqu'au bout.

Mais cette action pose néanmoins quelques questions. Ce député n'est en effet pas à son premier coup médiatique. Il y a 2 ans, il avait entonné un chant traditionnel en pleine séance de l'Assemblée Nationale. Alors... Un nouveau coup de pub pour ce député ? Etait-il vraiment indispensable d'engager une grève de la faim pour se faire entendre ? Certains, au sein même de sa circonscription, lui ont enjoint de cesser rapidement ce qu'ils nommèrent une "mascarade".

Par ailleurs, l'usine ne serait pas délocalisée dans un pays étranger, mais à 60kms de là, près de Lacq, dans une région bien moins encastrée. L'accord trouvé entre l'Etat Français, dont Nicolas Sarkozy n'était pas peu fier de présenter le protocole à la presse, prévoit que l'entreprise "renonce à acheter des terrains à Lacq et réalisera à Accous les investissements prévus, dans la limite des terrains disponibles". En outre, "l'Etat (français),Total et les collectivités locales sont prêts à compenser financièrement le surcoût éventuel de l'implantation à Accous des investissements initialement prévus à Lacq". De plus, "l'Etat s'engage à fournir à la société Toyal les autorisations nécessaires dans un délai de six mois à compter de la remise du dossier d'investissement".

L'agrandissement de l'entreprise d'Accous devra se faire "en escalier", la vallée étant assez escarpée. De quoi engendrer des coûts supplémentaires.

En bref, et vous l'aurez compris, je suis assez sceptique sur la méthode utilisée, pour des résultats eux aussi contestable. N'y a-t-il que le coup de force qui face bouger cet Etat ?

Ailleurs sur la blogosphère :

Blog des jeunes UDF 67

Blog de Pauline

Blog de Nico : le bistrot politique 

TITEM

27/02/2006

Grippe avaire & chikungunya : Psychose contre inaction ?

Cf. mon précédent article : La psychose des oiseaux.

Les médias ne cessent d'en parler, en alternance : grippe aviaire et chikungunya.

La grippe aviaire, cela fait des mois que l'on nous en parle. Elle s'approchait progressivement de l'Europe, puis de la France. Il était bien évident que, à l'inverse du nuage de Tchernobyl (sic), les oiseaux et donc la maladie ne s'arrêteraient pas aux frontières de l'hexagone. Déjà plusieurs volailles décédées du H5N1 ont donc été retrouvées dans l'Ain. La France a même eu le triste privilège d'être le premier pays où un élevage avicole a été touché par cette maladie.

Sous le nom exotique de chikungunya se cache une maladie transmise par les moustiques, qui provoque des symptômes que l'on pensait semblable à ceux de la grippe (forte fièvre et douleurs articulaires). Mais après avoir touché des pays en voie de développement, c'est la Réunion qui est frappée à son tour. Le meilleur suivi des patients, la meilleure prise en charge des malades conduit à une réévaluation des symptômes. Les personnes fragiles souffrent énormément des articulations, on a rencontré quelques cas de complications cardiaques ou encéphaliques. Mais c'est loin d'être l'essentiel des cas. Mais au final, ce sont presque 35% des malades du chikungunya qui sont hospitalisés.

Au final que fait le gouvernement ?

En ce qui concerne la grippe aviaire, il propose de débloquer une enveloppe de près de 50 millions d'euros : pour aider les industries et les éleveurs, mais aussi pour développer la publicité pour inciter les Français à consommer de la volaille. La consommation a en effet diminué de 30%. Dans certains pays comme l'Italie, c'est près de 70% de baisse ! La psychose a la vie dure... En dépit des messages répétés par les journalistes, des livrets d'information distribués dans les boîtes aux lettres, les Français continuent de boycotter la volaille, avec tous les risques que cela pourrait entraîner sur la filière.

Parle-t-on trop de la grippe aviaire ? Si l'on en croit les méfiances, voir les idées reçues encore ancrées dans l'esprit de Français trop enclins à croire ce qu'ils veulent non ce qui est, je doute que l'on en parle "de trop". Si l'on n'en parlait pas, les médias se le verraient également reprocher.

En ce qui concerne le chikungunya, le gouvernement a décidé de débloquer une enveloppe de 76 millions d'euros. Mais les Réunionnais accusent le coup : près d'1/5 a été atteint du "chik". Ils ont eu le sentiement, une nouvelle fois, de n'avoir été écouté qu'au dernier moment. On reproche au gouvernement d'avoir tardé à répondre, comme pour la canicule, voire de s'intéresser davantage aux poulets qu'aux Réunionnais. Reste que le gouvernement a dû composer avec les messages des services médicaux lui confirmant que l'on ne mourrait pas du chikungunya... Jusqu'à récemment, ce qui explique ce retournement du gouvernement, déterminé à tout mettre en oeuvre (démoustification, recherche, production...) pour lutter contre la maladie.

Mais ce feuilleton n'est pas encore terminé.

TITEM

Autres notes :

Blog de FXRD

11/02/2006

Le juge Burgaud auditionné par la commission parlementaire

Mercredi 8 février, le juge d'instruction Fabrice Burgaud, ancien élève de ScPo Bordeaux et de l'école de la magistrature, en charge de "l'affaire d'Outreau" était auditionné par la commission parlementaire chargée de mettre en lumière les dysfonctionnements de la justice suite à l'affaire d'Outreau. L'affaire s'était en effet soldé par l'acquittement de 13 personnes, dont la plupart ont passé plusieurs mois voire années en prison, détruisant leurs vies.

Il y a une dizaine de jours, les acquités étaient devant les membres de cette commission -députés et sénateurs- et critiquaient unanimement le travail de ce "petit juge", qui n'avait mené cette affaire qu'à charge, s'était montré arrogant, responsable de ce fiasco.

Pourtant, l'ensemble des acteurs faisaient consensus sur un point : cette commission n'était pas le tribunal chargé de la condamnation symbolique du juge Burgaud. Ainsi, le président André Vallini, député PS, a rappelé qu'il ne s'agissait pas d'une "instance juridictionnelle" ou d'une "instance disciplinaire". C'est bien la justice dans son ensemble, juges, avocats, magistrats, spécialistes... qui sont responsables d'un pareil fiasco.

Et pourtant... Quel spectacle affligeant de voir ce juge non seulement livide, bafouillant, cherchant ses réponses auprès de ses avocats. "Un enfant, un gamin" ont pu commenter certains observateurs. En tout cas, loin du juge arrogant, suffisant décrit par les acquités d'Outreau, et loin de l'image que l'on se fait d'un magistrat. Mais le pire sans doute, c'est qu'il ne cherche pas à s'excuser, même s'il reconnaît la souffrance des personnes faussement impliquées dans le dossier dont il avait la charge (et la décharge aussi...).

S'il se déclare responsable de cette affaire, il ne reconnait pas les erreurs qui ont pu être commises, ou "peut-être" a-t-il pu en commettre. Un homme accusé du viol d'un enfant même pas né, un homme handicapé accusé d'un viol dont les spécialistes ont jugé qu'il était dans l'incapacité physique et psychologique de le faire... Deux erreurs énormes qui montrent l'incompétence d'un juge obnubilé par "l'affaire du siècle". Il est facile d'accuser etc. Il s'agit, ainsi que l'ont rappelé très justement les parlementaires, de bon sens ! Il estime pourtant avoir fait son travail honnêtement. Plus que de l'arrogance, c'est de l'inconscience !

Certes, les faits étaient particulièrement horribles, ils touchaient des enfants traumatisés à vie par des actes cruels. Avec le recul, il semble qu'il fallait bel et bien agir avec d'autant plus de précaution et d'intelligence. Mais la faute n'incombe pas uniquement au juge Burgaud, même s'il cristallise sur sa personne cette affaire. Aucun acteur n'a pu tirer la sonette d'alarme à temps, en dépit des appels des personnes soupçonnées (et la présomption d'innoncence ?) et des journalistes.

Autre point de discussion : fallait-il ou non retransmettre, en direct, sur les chaînes publiques, sa déposition ? L'affaire fut tellement médiatique, elle eut un tel retentissement, d'autant que nous nous sommes rendus compte qu'aucun de nous n'est à l'abri d'une erreur judiciaire, que cela semblait nécessaire. Pourtant, a-t-on retransmis en direct sur les chaînes publiques les dépositions de l'ensemble des acquités ? Des extraits, oui. Il aurait fallu faire preuve de logique. De même, les dépositions des autres acteurs auraient dû être publiques. J'estime pourtant qu'une diffusion sur la chaîne parlementaire, ainsi que la reprise des moments importants dans les journaux tlévisés étaient largement suffisamente.

Le pauvre juge jeté en pature aux parlementaires et aux téléspectateurs ? ... C'est faire peu de cas des acquités qui furent jetés en pature aux médias qui les avaient déjà envoyés en prison au plus fort de l'affaire. Je signale par ailleurs que le juge a lui-même souhaité que sa décision fut publique, et qu'il s'est déclaré responsable de cette affaire.

Une chose est certaine : les conclusions de cette commission seront attendues. Mais il ne faut pas qu'il n'y ait qu'un "effet d'annonce" : puisqu'il est indéniable que quelque chose n'a pas fonctionné, les conséquences doivent en être tirées. Plusieurs juges d'instruction ? Une formation plus "humaine" ? Peut-être...

Autres points de vues :

Blog de FXRD

Blog de Danyl

TITEM

Autres

03/02/2006

Colonisation : déconstruction d'un mythe

11 mois : c'est le temps qu'aura vécu cet alinéa 2 de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, qui dispose : "Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit".
Adopté en catimini par une poignée de députés de droite et de gauche venant du Sud-Ouest, régions ayant recueillies les anciens colons il s’agissait de redonner une place aux harkis, abandonnés par l’Algérie et la France. Mais ce faisant, la 1ère partie de la loi choisit de glorifier la colonisation.
Excellente décision : l'alinéa scélérat a été déclassé par le Conseil Constitutionnel, ce qui va permettre de pouvoir l'abroger. Je n'en attendais pas moins pour ces quelques mots parfaitement ridicules, comme je l’ai défendu dans un précédent article (Lien vers une loi absurde et honteuse). Comment faire croire que la colonisation ait été bénéfique pour les colonies ?
Le débat est lancé, mais je suis frappé par ce qui me semble de profondes erreurs d’analyse. Je ne parle même pas de la minimisation des crimes de la colonisation comme certains osent le défendre. Je ne parle pas non plus de la critique qui voudrait que parler des crimes de la colonie, c’est faire preuve de « masochisme ethnico-civilisationnel » (entendu dans un commentaire du blog de Jean-Luc Romero). Comment prétendre cela, alors que les atrocités commises au nom de la civilisation et de la colonisation furent pendant des décennies un impensé des programmes scolaires ? ?  
Il me semble que l’on fait erreur en séparant délibérément « l’esprit de la colonisation », et ce qu’elle fut réellement. Déjà, dès le début du XXème siècle, des députés socialistes se mobilisèrent contre les crimes de la colonisation afin de promouvoir une « bonne colonisation ». Sur le papier, l’idéalisme était le bienvenu, sorte de « plan Marshall » avant l’heure. En réalité, peu de choses changèrent. Il s’agit bel et bien de se demander le pourquoi de la colonisation. Et pour l’un de ses plus ardents promoteurs, Jules Ferry (oui, le même que celui des lois scolaires en 1881), la colonisation avait pour but :
-          De trouver des débouchés économiques ailleurs dans le Monde. « La mise en valeur » des colonies était l’euphémisme de rigueur pour parler de pillages. Et c’est un comble, on se servait des autochtones, dits « travailleurs volontaires » pour faire ses travaux de valorisation ; en réalité des esclaves : le code de l’indigénat punissait ceux qui refusaient d’accomplir une corvée.
-          De renforcer la grandeur de la France suite à la défaite de Sedan en 1870.
-          De diffuser les lumières de la civilisation au monde, en particulier aux « barbares ». A ceci, Clemenceau rappela dans un discours acerbe mais particulièrement brillant que les Français étaient eux aussi perçus comme inférieurs aux yeux de l’Allemagne Bismarckienne.
L’autre erreur consiste à faire un classement à deux colonnes de la colonisation, y mettre d’un côté le bon, de l’autre le mauvais. La colonisation est un phénomène entier en complexe : il faut le prendre dans son ensemble. Alors, construction d’infrastructures et progrès de la santé, oui : mais pourquoi ? Par souci d’améliorer la vie des autochtones ? Pointer du doigt les progrès permis par la colonisation, point de vue particulièrement ethnocentrique, est une manière d’excuser les crimes.
En outre, on se félicite de l’alphabétisation des populations. Il serait bon de rappeler que cette alphabétisation concerne une minorités des habitants de la « plus grande France » (cf. Paul Reynaud, ministre des colonies en 1931 lors de l’ouverture de l’exposition coloniale) : 6% en Algérie, à peine 100 universitaires !
On pourra toujours dire qu’exposer ces faits, c’est faire preuve de politiquement correct – un comble pour pareil impensé – voir faire preuve d’une auto-flagellation continue. L’histoire de la France n’est pas faite que de pages blanches, et c’est faire de beaucoup de sagesse de savoir le reconnaître afin de tourner la page.

Je fais notamment ici référence à la décision du Président de la République de faire du 10 mai la journée de commémoration de la traite négrière… C’est l’exemple typique de ce mea-culpa redondant : et si chaque minorité réclamait d’avoir sa journée de commémoration ? Il vaudrait mieux faire des journées qui condamnent le racisme sous toutes ses formes, l’exploitation de l’homme sous toutes ses formes pour lequel le 27 Avril aurait été bien plus approprié.

TITEM

22/12/2005

Le coq raciste

Les chiffres sont tombés récemment et ne me font guère sourire. Certains s'en émeuvent, d'autres le regrettent... Plus nombreux sont ceux pour lesquels ces chiffres n'ont rien d'étonnant, ne valent pas la peine de s'en inquiéter ; d'autres encore se féliciteront de voir qu'ils reflètent la vrai préoccupation des Français.

Ce dont je parle ici, se sont les chiffres de l'implantation des idées du Front National chez les Français. Certains augmentent fortement, d'autres progressent plus modérément... Tous sont assez élevés.

Ainsi :

- 24% des Français se disent proches des idées du FN. Ce qui laisse une belle marge de manoeuvre pour ce parti...
- Paradoxalement, 39% jugent ces mêmes idées inacceptables, 43% excessives. Limites des sondages ou ambiguité des Français ?

Je pourrais développer sur l'attachement qu'ont les Français pour telle idée ou telle autre (immigration, corruption politique...). Mais je trouve beaucoup plus intéressant ce résultat : lorsque l'on interroge les Français sur certaines valeurs propres au FN, sans mentionner le FN, les barrières tombent, les inhibitions également :

- 63% des Français pensent qu'il y a trop d'étrangers en France.
- 48% jugent que l'on ne se sent plus chez soi en France.
- 45% estiment que l'Europe constitue une menace à l'identité de la France.

Pour ma part je ne crois pas qu'il existe d'identité européenne. Je ne vois pas en quoi elle menacerait la France, dont l'identité prend ses racines dans des siècles d'histoire. En outre, qui dit identité dit construction. L'identité française se construit au fil du temps, et elle s'est déjà construite depuis longtemps avec ou contre l'Europe.

Ne plus se sentir chez soi en France... Je m'interroge sur cette affirmation. Est-ce que l'on se sent chez soi lorsque l'on déménage ? Est-ce que l'on se sent chez soi quand notre environnement se modifie ? Cette affirmation est des plus creuses...

En ce qui concerne le degré de tolérance des étrangers en France, je rappellerai qu'un français sur 7 a au moins un grand-parent étranger, et que ce chiffre augmente d'autant plus vite que l'on remonte d'une génération. Qui dit étranger ne dit pas forcément issus des anciennes colonies, mais également d'Europe. Mais de ces personnes, on parle peu : on semble mieux les tolérer que d'autres. Non pas parce qu'ils s'adapteraient mieux à nos coutûmes, mais "parce qu'ils nous ressemblent". On retrouve ici un racisme puéril, absurde, où l'autre est celui qui n'a pas la même couleur de peau. "Rentre chez toi", alors que l'individu, dont la peau est plus mate, est Français et est chez lui. En outre, il n'y a pas nécessairement plus d'étrangers en France que dans d'autres pays européens.

La banalisation des idées du Front National est un poison pour la solidarité de notre pays. Il se trouve encore des gens pour ignorer ce danger sournois qui se dilue dans les sillons de la peur, et se nourrit de nos fantasmes. Les solutions sont connues depuis longtemps : les chiffres du racisme évoluent en fonction de la situation socio-économique, et sont tempérés par une meilleure connaissance de l'autre.

On prend conscience de ce phénomène, on souhaite qu'il n'y a pas de nouveau 21 avril 2002 et de lendemains qui déchantent. Mais c'est comme le piéton qui traverse la rue et se retrouve paralysé au milieu de celle-ci à la vue de cette voiture qui fonce sur lui...

TITEM

21/12/2005

La mobilisation des électeurs pour 2007

Le mardi 20 décembre, plusieurs personnalités du collectif "Devoirs de mémoire" tenaient un meeting à Clichy-sous-Bois, la ville même où, il y a quelques semaines, deux jeunes sont morts dans un tranformateur EDF. Parmi ces personnalités : Djamel Debbouze, Joey Starr, Lilian Thiram, Lady Laistee, Mohammed Dia... Pour cette campagne "Devoir de réagir", faisant suite aux incidents des banlieues, différentes personnalités ont tenté de mobiliser ces jeunes qui ont en marre de leur situation et des promesses non tenues, afin qu'ils votent les hommes et les femmes qui changeront les choses.

Voilà, ça c'est sur le papier. On pourrait ajouter quelques chiffres plus ou moins surprenants : à peine 60% des jeunes votent, près de 10% d'entre eux ne sont même pas inscrits sur les listes électorales. Parmi ces personnes qui ne s'expriment pas, à part ceux qui "oublient", il y a aussi ceux qui ne croient plus à la politique. On peut les comprendre. Leur colère s'est exprimée de manière violente, ce que l'on ne peut que regretter. Après le temps de violence vient celui du dialogue, de l'action plus pacifique. C'est pour cela que voter est important. Et en particulier pour ces jeunes - je précise bien sûr qu'il ne s'agit pas seulement des jeunes et des jeunes de banlieues-. Pour qu'ils puissent faire bouger les choses faire entendre leur voix.

J'ai été choqué par les propos d'une femme interviewée par Canal Plus; propos parfaitement absurdes mais qu'on entend encore trop souvent de nos jours : "Si vous êtes français vous n'avez pas à vous plaindre ; si vous ne l'êtes pas vous n'avez rien à dire". Et bien justement : vous avez tous une carte à jouer, abattez donc votre jeu et imposez-vous !

Que les jeunes qui se sentent exclus prennent part au dialogue national en apportant leur voix -qui comptera autant que celle d'un vieux PDG ou d'une jeune femme cadre, est d'autant plus important que, pour 2007, d'autres personnes se mobilisent depuis les incidents des banlieues, avec 2007 en ligne de mire. En effet, les partis de droite enregistrent une augmentation sans précédent de leurs effectifs.

Ms Sarkozy, De Villiers et Le Pen se félicitent donc des nouveaux adhérents qui leur viennent suite à ces incidents de banlieues. Ils pensent qu'un discours musclé suffira à réduire la violence -si c'était efficace ça se saurait. Des discours directs, paradoxalement anesthésiques, qui ont la propriété d'abolir toute analyse, tout recul de bon sens sur les événements, au profit du chiffre, du spectaculaire.

Je doute fort que le programme de ces messieurs répondent aux jeunes des banlieues. La différence aujourd'hui entre ces jeunes et ces nouveaux adhérents, c'est que ces derniers sont certains que la politique a un but, et qu'ils obtiendront gain de cause.

Grâce au collectif de stars, la balle est maintenant dans leur camp : à eux de s'inscrire sur les listes électorales, à eux de voter pour le candidat qui répond au mieux à leurs attentes.

TITEM

28/10/2005

La psychose des oiseaux

Vous savez quoi ? J'ai mangé du poulet cette semaine ! Même que je ne suis pas malade !

La psychose et la rumeur sont plus fortes que la raison... Einstein disait qu'il est "plus difficile de désintégrer un préjugé qu'un atome". Je crois qu'il a en définitive raison...

Que de tapage autour de ces 3 supposés cas de grippe aviaire ! Il a suffi de quelques symptômes chez ses touristes revenus d'Asie pour en conclure de façon subite que la grippe aviaire était arrivée en France par la Réunion. Sans savoir s'il s'agissait du fameux virus "H5N1" dont le nom fait frémir bien plus que les hypocondriaques.

La grippe aviaire, nous apprennent les médias, est aux portes de l'Europe, puis aux frontières de l'Europe, aux marges de l'Europe, à l'Est de l'Europe et se rapproche... Parce que quelques poulets ont eu le malheur de mourir au moment où l'inquiétude monte, c'est maintenant la psychose qui s'installe ! Une panique qu'attisent en toute bonne foi certains scientifiques, ainsi Jean-Philippe Derenne et François Bricaire, dans leur livre Pandémie, la grande menace : grippe aviaire 500.000 morts en France.

D'accord, on trouve certaines similitudes de la grippe aviaire avec la peste noire ou la grippe de Hong-Kong par ses possibilités de propagation. Mais nous sommes extrêmement loin des "500.000 morts". Alors, souci d'alarmer face à un danger que l'on banalise, ou volonté de faire du chiffre en jouant sur la corde de la peur ? Je n'ose le croire de la part de scientifiques aussi respectés dans leur milieu...

Songez simplement (ou souvenez-vous en définitive de ce que vous apprennent les médias), que le virus meurt si la viande est cuite. Moralité : ne mangez pas le poulet cru, et encore moins vivant...

De plus il n'est pas encore prouvé que le virus peut se transmettre directement d'homme à oiseau. Le seul vrai danger adviendrait dans le cas où le virus de la grippe aviaire parviendrait à se muter avec le virus de la grippe humaine, ce qui donnerait un virus très contagieux et très virulent.

Alors à la ménagère de moins de 50 ans qui avoue en toute bonne foi qu'elle ne sert ah non (!) plus de poulet à ses enfants avec tout ce qu'on entend partout, je lui dis tant pis pour elle si elle est facile à plumer...

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