22/11/2007
Affaire Mulroney : scandale et coups bas politiques, ailleurs qu'en France !
Article également disponible à la lecture sur mon nouveau blog d'opinions et mon carnet de voyages.
La mise en examen de notre ancien président de la République, Jacques Chirac, ne manquera pas de susciter de nombreux commentaires. Ce n'est pas comme si l'on ne s'y attendait pas, mais tout de même, c'est la première fois dans l'histoire de notre République. Ce n'est peut-être pas la seule affaire où il sera d'ailleurs mis en examen : pourquoi ne pas envisager une belote-rebelote avec la mise en examen de Jacques Chirac dans l'affaire Clearstream, après celle de son ancien Premier Ministre Dominique de Villepin ?
En France, on a connu plusieurs décennies de scandales : affaire Elf, affaire du sang contaminé, comptes occultes des partis politiques, Clearstream... Pour n'en citer que quelques uns. On a tôt fait de critiquer notre "République bananière" les "corrompus de la République"... des scandales trop nombreux pour un seul pays. Nonobstant la présomption d'innoncence, c'est oublier que le pouvoir a tendance à brûler les doigts de ceux qui en disposent. Voilà que peu avant la mise en examen de Jacques Chirac, un scandale politique revient à l'actualité au Canada : l'affaire Mulroney-Schreiber, touchant l'ancien Premier Ministre progressiste-conservateur Brian Mulroney (voir la petite biographie que je lui consacre).
Le 13 novembre dernier, le Premier Ministre canadien, Stephen Harper, annonçait la nomination d'un conseiller indépendant qui proposera au gouvernement les modalités d'une enquête publique publique sur les agissements de Brian Mulroney, et non plus seulement de déterminer si une telle enquête publique est nécessaire.
Ce changement de décision fait suite à une intense série de questions adressées au Premier Ministre par des députés de l'opposition. Disons-le tout net bien que n'ayant pour ma part aucun avis sur Stephen Harper, ces députés semblaient trop ravis de pouvoir bousculer ce dernier, qui appartenait au parti de Brian Mulroney. Certains n'ont d'ailleurs pas hésité à arguer que Stephen Harper avait pu tremper dans le scandale ! S'en suivirent des échanges de coups bas comme on les déplore en politique : "Le Parti libéral veut-il par exemple que je lance une enquête sur les intérêts de M. Chrétien (ancien Premier Ministre du Canada) dans divers terrains de golf et hôtels et les décisions de la Banque de développement ?" a répondu Stephen Harper.
Mais de quel scandale parle-t-on ?
Brian Mulroney aurait fini par reconnaître par la voix de son porte-parole Luc Lavoie qu'il aurait reçu 300.000$ comptant de la part d'un homme d'affaires trouble germano- canadien, Karlheinz Shreiber, actuellement en prison et sous le coup d'une demande d'extradition de l'Allemagne. Cette somme d'argent aurait été convenue en échange de lobbying pour l'installation d'une usine de papeterie, mais n'aurait été déclarée que bien plus tard aux impôts.
Ce qui a fait changer d'avis Stephen Harper, c'est que Brian Mulroney déclare qu'il a reçu cette somme après sa démission, quand Karlheinz Schreiber déclare que le Premier Ministre était toujours en poste.
Pour le reste, je reprends ce paragraphe d'un article du Devoir : "Toute cette histoire a son importance, car lorsque M. Mulroney était premier ministre du Canada, la société de la Couronne qu'était alors Air Canada avait acheté 34 appareils de la compagnie Airbus au coût de 1,8 milliard de dollars. Quelque temps après, des millions de dollars avaient été transférés d'Airbus à des comptes bancaires suisses détenus par M. Schreiber. M. Schreiber, qui a l'habitude d'attribuer à ses comptes de banque un nom ressemblant aux personnes à qui l'argent est destiné, en possédait un appelé «Britan»."
Et si le Canada remet cette affaire à jour, c'est parce que, toujours selon le devoir "en 1997, Ottawa a dû verser 2,1 millions de dollars en dédommagement à M. Mulroney parce que la GRC (Gendarmerie Royale du Canada) avait, apparemment à tort, allégué deux ans plus tôt dans une lettre destinée au gouvernement suisse que l'ancien premier ministre avait joué un rôle dans une affaire de pots-de-vin liés à la lucrative vente de 34 appareils Airbus à Air Canada. Les allégations de cette semaine (du porte-parole de Brian Mulroney) sèment des doutes quant à la pertinence d'avoir consenti cette somme (de 2,1 millions de dollars".
Brian Mulroney justifie cette "erreur colossale" par une brutale baisse de ses revenus. Une justification qui a valu cette remarque très mesquine d'une sénatrice libérale (extrait d'un article de cyberpresse.ca) : "Mme Hervieux-Payette dit qu'elle trouve étrange que l'ancien premier ministre ait eu de tels besoins financiers quand on voit le luxe de sa résidence, luxe qu'elle compare à celui de la maison de Pauline Marois, la leader du Parti québécois".
Pas joli joli... Des scandales politiques, des coups bas : il ne manquerait plus que la justice s'en mêle. L'ancien Premier Ministre du Canada, Jean Chrétien, regrette d'ailleurs que ce ne soit pas la police qui se soit chargée de l'affaire. Ce qui est sûr, c'est que cela donne une bien piètre image de nos dirigeants politiques... Baume au coeur un peu cynique pour les Français : les scandales politiques, ça n'arrive pas que chez nous !
TITEM
10:00 Publié dans Retour de manivelle : international | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Canada, Politique, Scandale, Justice, Histoire, France, Chirac







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