17/10/2007

Les Témoins, d'André Téchiné (2007)

Note également disponible à la lecture sur mon nouveau blog culture et loisirs

c23fd6aeca1724909371c7d739485c25.jpgParis, été 1984.
Manu débarque à Paris, où il partage la chambre de sa soeur Julie dans un hôtel modeste. Il fera la connaissance d’Adrien et nouera une amitié chaste et joyeuse avec ce médecin quinquagénaire, qui lui fera découvrir le style de vie de son milieu.
Au cours d’une balade en bateau, Adrien présentera à Manu Sarah et Mehdi, un couple de jeunes mariés qui vient d’avoir son premier enfant.
Une passion amoureuse imprévue et l’irruption de l’épidémie du sida, encore perçue dans les médias et l’imaginaire collectif comme une peste moderne et honteuse vont bouleverser le tranquille agencement de ces destins particuliers. Chacun va devenir acteur et témoin d’un drame contemporain, où ceux qui ne mourront pas ressortiront peut-être plus forts, mais en tout cas pas indemnes.

Drame français d’André Téchiné
2007 ; 1h52
Avec Michel Blanc (Adrien), Emmanuelle Béart (Sarah), Mehdi (Sami Bouajila), Julie (Julie Depardieu), Manu (Johan Libéreau)

Avoir 20 ans à l’été 1984. Derniers soubresauts d’une époque où depuis une révolution de mai, on jouissait sans entrave. Pas même celle de l’odieux amandement Mirguet (qualifiant l’homosexualité de “fléau social”, et établissant la majorité sexuelle en matière de rapports homosexuels à 21 ans), aboli en 1982 à l’initiative du garde des Sceaux Robert Badinter.

Quelques nuages noirs pointent à l’horizon, ceux d’une maladie énigmatique venue d’Amérique, et qui nourrit les fantasmes les plus fous, la méfiance, voire la haine ; car ce que l’on ne connaît pas suscite automatiquement de violentes réactions. Les Rita Mitsouko chante “Marcia Baïla”, hommage à cette danseuse argentine morte du cancer, une drôle de coïncidence à l’heure où une génération apprend cette abréviation : SIDA.

Avoir 20 ans à l’été 1984, comme Manu. Il connaîtra “les beaux jours” (1ère partie du film d’André Téchiné), les dernières lueurs d’une époque insouciante. L’amour avec des inconnus dans les lieux publics à l’heure où c’est encore le seul moyen de rencontrer ses “semblables”. Il rencontrera Adrien, médecin quinquagénaire, puis ses amis, Sarah et Medhi. Une rencontre, et une époque, qui changera leur vie. Mais il est déjà trop tard.

C’est “La Guerre” (2ème partie). La guerre contre une maladie dont on ignore tout ou presque, et qui nourrit les fantasmes de la presse, qui alerte sur le “cancer gay” ou la “nouvelle peste”. Toute guerre a ses combattants, et ses victimes. Les amis, indirectement touchés par la psychose de tout un pays, entretiennent rancoeurs et méfiance.

Mourir à l’hiver 1984, se sentir honteux et sale, voir son corps autrefois vigoureux, désirable, dépérir, sous le regard de quelques amis qui ne vous jugent pas.

Puis vient “Le retour de l’été” (3ème et dernière courte partie). Parce que l’on a traversé les épreuves, et que la vie doit reprendre le dessus. Ceux qui restent sont les témoins d’un changement d’ère, les témoins du passage sur terre de leur ami, avatar d’une jeune génération sacrifiée.

Tout témoignage se doit d’être juste. Là est la principale qualité des Témoins de Téchiné. D’un drame social qui marquera toute une époque, le réalisateur tire une excellente oeuvre, sobre et profondément juste, absolument pas misérabiliste. Michel Blanc tient là un de ses plus grands rôles, mais les autres acteurs ne sont pas en reste. Mentionnons Johan Libéreau, très émouvant tout au long de l’évolution de son personnage. Ce film n’est pas un documentaire : il témoigne crument mais justement de la réalité d’une atmosphère, celle de l’année 1984, au rythme de la voix douce d’Emmanuelle Béart.

… Même si j’aurais davantage pensé que l’été 1983 avait été celui de la prise du conscience du SIDA en France. Ainsi, Libération consacrera sa une à “L’épidémie du “cancer gay”" dans son édition du 19-20 mars 1983.

Allez lire également les témoignages de Robin Campillo et Laurent Gloaguen, autres témoins de cette époque, qui tous nous enseignent une chose : se protéger soi et les autres. Parce que ces gens qui sont morts ne le furent pas en vain.

TITEM 

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