« 2007-07 | Page d'accueil | 2007-09 »
30/08/2007
Le Parfum, de Patrick Süskind (1985)
Au XVIIIè siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les horribles de son époque. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n’aurait pas survécu. Mais Grenouille n’avait besoin qu’un minimum de nourriture et de vêtements et son âme n’avait besoin de rien. Or ce monstre de Grenouille, car il s’agissait bien d’un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout-puissant de l’univers, car « qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ».C’est son histoire, abominable… et drolatique, qui nous est racontée dans Le Parfum, un roman qui, dès sa parution, eut un succès extraordinaire et est devenu très vite un best-seller mondial.
Préface de l’édition Livre de Poche
Titre original : Das Parfum, Die Geschichte eines Mörders
Couverture : Watteau : Jupiter et Antiope (détail), musée du Louvre
Phénomène de littérature, avant de devenir une œuvre cinématographique, Le Parfum raconte l’histoire d’un phénomène humain, sorte de freak au temps des Lumières.
Jean-Baptiste Grenouille naît dans la puanteur la plus infâme des immondices d’une rue parisienne. Une naissance terrible qui semble l’immuniser contre les maladies. Et chose plus curieuse, elle le dote d’un odorat extraordinairement fin, tandis que lui-même, ne dégage pas la moindre effluve. Comble de sa vie, cette absence d’odeur individuelle, qui l’exclut de l’ordre humain, le poursuivra jusqu’à la mort.
Ce livre est comme une quête : celle de la place d’un homme pas comme les autres, en fait autiste - si tant est que l’on puisse utiliser ce terme a posteriori – dans un monde qui l’ignore. Car l’indifférence est plus cruelle que le mépris, et chez Grenouille, elle le pousse à commettre des crimes horribles… mais dont il n’a pas pleinement conscience, car il estime évoluer dans un monde différent, où les hommes ne voient qu’avec le sens trompeur de la vue, et non celui de l’odorat.
Ce qui se dégage à la lecture du Parfum, c’est l’ouverture vers un monde que l’on croît connaître, mais sous un regard neuf : celui des odeurs. Les plus délicates comme les plus nauséabondes émergent de nos propres souvenirs à la lecture de ce livre. Nous sommes les spectateurs d’un monde dont Grenouille en est le souverain.
Dommage que les multiples mises en garde de l’auteur sur “l’âme noire de Grenouille”, son caractère horrible, finissent par agacer notre lecture. A-t-on besoin de le comparer sans cesse à une “tique” alors qu’il est clair que cet homme vit hors de notre monde et de nos règles ? L’auteur cherche-t-il a prendre le point de vue d’un contemporain de Grenouille ? Cependant la trame du roman est absolument captivante et le jeu des contrastes entre la fragrance et les miasmes rythme cet excellent livre.
Et au-delà de la lecture, cette interrogation plus secondaire mais pas moins inintéressante, et dont de récentes études scientifiques se sont fait l’écho : quelle place à l’odeur (ou les phéromones), l’indicible, dans nos comportements envers autrui ? Car comme le dit magnifiquement l’auteur : « l’odeur était sœur de la respiration. Elle pénétrait dans les hommes en même temps que celle-ci ; ils ne pouvaient se défendre d’elle, s’ils voulaient vivre. Et l’odeur pénétrait directement en eux jusqu’à leur cœur, et elle y décidait catégoriquement de l’inclination et du mépris, du dégoût et du désir, de l’amour et de la haine. Qui maîtrisait les odeurs maîtrisait le cœur des hommes ».
TITEM
21:35 Publié dans Sur la table de chevet | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Livres, Roman





