16/07/2007

La rupture Royal : tirer (enfin) les leçons d'une défaite ?

d830082e2c216f151d81ac997160f371.jpgDe retour de vacances en Corse - ce qui vaut à Paris Match d'être poursuivi pour avoir publié des photos la montrant en maillot de bain, en compagnie de sa fille - Ségolène Royal se remet au travail. Point de départ de ses devoirs de vacances : un séminaire sur l'analyse d'une défaite. Elle a retrouvé notamment ses camarades : Julien Dray, Delphine Batho (qui a pris la suite de Ségolène Royal dans la 2è circonscription des Deux-Sèvres) ainsi que ses deux co-directeurs de campagne, François Rebsamen et Jean-Louis Bianco. 

 

Surprenante Ségolène Royal qui pendant la campagne veut concilier démocratie participative et des thèmes que l'on dit "de droite". Être à l'écoute des Français, c'est bien. Avoir un projet clair, précis et presque exhaustif... des convictions (!), c'est mieux. Au final, elle n'obtient qu'un peu moins de 47% des suffrages : 17 millions de Français. C'est beaucoup et peu à la fois. Mais pour Ségolène Royal, l'élan est en marche pour de futures victoires. Et l'horizon 2012 n'est que dans 5 ans pourrait-on dire. 

"Ouf, il était temps ?" ou "Voilà qui ne va pas arranger les disputes de bac à sable ?"

Et bien sans doute un peu des deux...

Pendant ces deux derniers moi, ce fut comme si elle avait gagné les élections : elle parle de la liesse, de l'espoir qu'elle a fait naître... Mais nullement de ceux qu'elle a déçus en ne finissant pas sa course à l'Elysée. Pas plus de ce qu'il aurait fallu faire pour convaincre la majorité. Voir de l'avant, c'est positif, mais encore faut-il prendre la mesure de ses défauts, de ses points faibles. La sagesse populaire dirait "C'est en ce plantant qu'on prend racine". 

Voilà donc que Ségolène Royal met fin à cette méthode Coué ridicule "voyez ce que j'ai envie que vous voyez" pour ne pas démotiver les militants socialistes qui assistent impuissants à la fuite des "cerveaux". Avec quelle réussite... Mais ne nous réjouissons pas vite : ce n'est que la première étape d'un bilan que la candidate socialiste désire "sans complaisance et sans masochisme". Il était temps. 

Mais voilà qui n'arrangera pas (à court terme) les affaires du PS. Déchiré par "l'ouverture sarkozyste"51d8e2202cddf7cc4d36e0c94156abc5.jpg et la façon dont il convient de réagir, divisé entre une fraction "Royal" qui veut la refondation immédiate, et une fraction "Hollande" qui tient au respect d'un calendrier long... Voilà que de nouveaux réglements de compte s'annoncent : quel part chacun a dans la défaite ? Calendrier qui, du reste, sera bien difficile à tenir : comment imaginer le premier congrès majeur après les municipales de 2008 seulement ? C'est aujourd'hui que le Parti Socialiste doit accomplir sa refonte idéologique. L'enjeu est de taille : relancer le débat démocratique dans une société qui semble n'avoir rien à redire aux différents projets du président nouvellement élu.

TITEM

11/07/2007

Harry Potter et l'Ordre du Phénix, de David Yates (2007)

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Alors qu'il entame sa cinquième année d'études à Poudlard, Harry Potter découvre que la communauté des sorciers ne semble pas croire au retour de Voldemort, convaincue par une campagne de désinformation orchestrée par le Ministre de la Magie Cornelius Fudge. Afin de le maintenir sous surveillance, Fudge impose à Poudlard un nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal, Dolorès Ombrage, chargée de maintenir l'ordre à l'école et de surveiller les faits et gestes de Dumbledore. Prodiguant aux élèves des cours sans grand intérêt, celle qui se fait appeler la Grande Inquisitrice de Poudlard semble également décidée à tout faire pour rabaisser Harry. Entouré de ses amis Ron et Hermione, ce dernier met sur pied un groupe secret, "L'Armée de Dumbledore", pour leur enseigner l'art de la défense contre les forces du Mal et se préparer à la guerre qui s'annonce...

"Harry Potter and the Order of the Phoenix"
Film fantastique américain de David Yates
2007 ; 2h18
Avec Daniel Radcliffe (Harry Potter), Rupert Grint (Ronald Weasley), Emma Watson (Hermione Granger)... More...

5ème tome des aventures du jeune sorcier orphelin, l'Ordre du Phénix est aussi le plus long : 976 pages dans l'édition française de Gallimard. C'est aussi, pour beaucoup de lecteurs, le plus sombre. La menace est latente, elle s'accroît au fil des pages. Personne n'ose croire au retour de Voldemort, et le Ministère de la magie, aidé par la gazette du sorcier, se charge de la désinformation.

Mais le lecteur, lui s'attend progressivement à la confrontation entre l'Ordre du Phénix et l'AD contre les Mangemorts. On vit les tourments de Harry Potter. Ceux de l'adolescence et des charmes de la jeune Cho Chang (et la fameuse scène du baiser !), sa frustration de ne pas être utile à l'Ordre et de devoir subir les traitements de la nouvelle Grande Inquisitrice, sa colère refoulée contre ceux qui le prennent pour un fou... L'épisode le plus réussi également. Suspens, humour, drame... Une alchimie subtile avec laquelle J.K. Rowling - l'auteure - tient nos nerfs depuis de nombreuses années.

Lourd challenge donc pour David Yates. Difficulté supplémentaire : le film ne dure que 2h18, soit le plus court jusqu'à présent. Et comme il fallait s'y attendre, le défi n'est pas à la hauteur de ce roman au scénario extraordinaire et riche.

Alors certes, les décors, les costumes et les effets spéciaux sont toujours aussi saisissants. L'ambiance du film, y compris les interrogations du jeune Potter sont bien rendues. Mais c'est au détriment de l'action. La suspens monte progressivement, comme dans le livre... Mais pour s'effondrer trop vite. La bataille dans le bureau de Dumbledore est réduite à la disparition de l'intéressé. Le combat entre les jeunes écoliers de Poudlard et les Mangemorts est réduit à quelques sorts qui mettent aux vraies hostilités. Celui entre Voldemort et Dumbledore - heureusement ! - échappe au ciseau du scénariste.

De même, de multiples détails, qui donnent tout leur sens à l'univers Potter, sont éludés. Quid du tableau de la mère de Sirius, la trahison de Kréaturr, l'orientation scolaire de Harry (et la fameuse scène entre MacGonagall et Ombrage), les interrogations de Harry lorsqu'il découvre que son père n'est pas le héros qu'il imaginait ? Et que dire des autres personnages que l'on évoque, quand la scène le permet... nonobstant une Dolores Ombrage (Imelda Staunton) délicieusement détestable ?

Le film remplit son contrat, celui de nous divertir. Mais compte tenu de la trame du livre de Rowling, on pouvait s'attendre à un long-métrage plus rigoureux, plus riche... Plus saisissant. Pour noyer ma déception, je m'en vais relire le tome 5, en attendant le 7 (Harry Potter ou les reliques de la mort) le 21 juillet.

TITEM

10/07/2007

Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (2007)

Affiche de PersepolisTéhéran 1978 : Marjane, huit ans, songe à l'avenir et se rêve en prophète sauvant le monde. Choyée par des parents modernes et cultivés, particulièrement liée à sa grand-mère, elle suit avec exaltation les évènements qui vont mener à la révolution et provoquer la chute du régime du Chah.
Avec l'instauration de la République islamique débute le temps des "commissaires de la révolution" qui contrôlent tenues et comportements. Marjane qui doit porter le voile, se rêve désormais en révolutionnaire.
Bientôt, la guerre contre l'Irak entraîne bombardements, privations, et disparitions de proches. La répression intérieure devient chaque jour plus sévère.
Dans un contexte de plus en plus pénible, sa langue bien pendue et ses positions rebelles deviennent problématiques. Ses parents décident alors de l'envoyer en Autriche pour la protéger.
A Vienne, Marjane vit à quatorze ans sa deuxième révolution : l'adolescence, la liberté, les vertiges de l'amour mais aussi l'exil, la solitude et la différence.

Film d'animation français, historique et autobiographique de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
 2007 ; 1h35
Avec les voix de Chiara Mastroianni (Marjane adolescente), Catherine Deneuve (la mère), Danielle Darrieux (la grand-mère)...
Prix du Jury au Festival de Cannes 2007
More...
Elle a connu une révolution et une guerre, meurtrières. Elle a connu "l'exil" loin des siens qui meurent. De sa vie mouvementée, Marjane Satrapi, adolescente rebelle issue d'une famille de démocrates a fait 4 bandes dessinées. Qu'elle met aujourd'hui en images. Non pas celles d'un film américain avec des vedettes pour faire un film de bon sentiment et sur la culpabilité américaine - projet qu'elle a refusé - mais un film d'animation, servi en revanche par de grandes voix. Des dessins épurés, réalistes, comme pour mieux toucher à l'universalité... On en oublie presque que la jeune Marjane est issue d'une famille plutôt aisée. Cela ne l'a pas empêché de vivre le malaise de toute personne bousculée d'une culture à une autre, loin de ses racines.

Les dessins épurés permettent de toucher plus directement le spectateur. Attendris par la séparation entre la jeune Marjane et sa famille. Consternés par les horreurs de la guerre. Révoltés par la répression du shah ou de la république islamique et de leurs soldats de plomb. Séduits par la poésie toute orientale de la narration, comme la pluie de jasmin qui tombe du soutien-gorge de la grand-mère pour que ses seins sentent bons. Amusés par la répartie de la jeune fille en toute situation, comme lorsque les pasdaran, ces docteurs de la loi, la réprimande parce qu'une fille qui courre dans la rue, ça fait bouger les fesses de manière impudique.

Un film profondément humain, dans sa nature la plus folle ou la plus tendre. Petit regret : l'histoire de l'Iran et la complexe montée des tensions est résumée en quelques scènes marquantes, sans plus.

TITEM

Rem. : Les tensions actuelles nous invitent à rester vigilants. Ainsi Libération rapporte cette réaction d'une organisation dépendant du ministère iranien de la Culture : « Cette année, le Festival de Cannes a sélectionné un film sur l’Iran qui présente un tableau irréel des conséquences et des réussites de la révolution islamique ». Le Monde rapporte ainsi qu'un homme a été lapidé pour "adultère" - en fait, il s'était séparé de son épouse et vivait avec une autre femme, qui elle-même avait quitté son mari -. Et cela, ça n'a rien d'un tableau irréel des droits de l'homme en Iran. 

09/07/2007

Roman de gare, de Claude Lelouch (2007)

de411a2d68d4df050447cbc4b57b7b34.jpgJudith Ralitzer, femme fatale, auteur à succès, est en quête de personnages pour son prochain best-seller. Un tueur en série vient de s'échapper de la prison de la santé ! Huguette, midinette, coiffeuse dans un grand salon parisien, va changer leur destin. Il y a des rencontres plus fatales que d'autres...

Film policier français de Claude Lelouch
2007 ; 1h43
Avec Dominique Pinon (Pierre Laclos), Fanny Ardant (Judith Ralitzer), Audrey Dana (Huguette)

Un homme prend l'autoroute direction le sud. Qui est-il ? Un professeur de lettres qui vient de quitter femmes et enfants ? Un tueur en série pédophile qui attire ses victimes par des tours de magie ? Le nègre d'une écrivain à succès ? Un peu des trois à la fois ? 

Jeu de masques et destins croisés pour cette sorte de road-movie. La rencontre fortuite avec Huguette, une midinette qui aimait trop les cigarettes, un papillon de nuit qui s'est brûlé les ailes, révèle petit à petit les mystères de cet homme rusé, et ressort pourtant renforcée de cette expérience douloureuse.

L'homme semble prendre un malin plaisir à brouiller les pistes. Ce qu'il met en scène, ce n'est ni plus ni moins que la comédie de sa propre vie, faite de faux semblants. 

Difficile d'en dire plus sans révéler le mécanisme bien huilé de ce film. Ce n'est pas seulement un simple film policier. C'est aussi le résultat de destins croisés de personnages qui jouent la propre oeuvre de leur vie. 

En cela, Roman de gare illustre parfaitement les conditions de sa propre sortie. Réalisé par Claude Lelouch, ce dernier l'a présenté aux critiques sous le pseudonyme d'Hervé Picard, son professeur de tennis. Parce qu'il considérait que ses derniers films, parce que réalisé par "Claude Lelouch", étaient systématiquement rejetés par la critique, il voulait voir ce que ferait l'effet de "son" film, réalisé par un inconnu (et l'on retrouve là encore cette mise en abîme dans le film). Claude Lelouch témoignait récemment : "Je voulais pouvoir refaire un film en m'amusant, en allant à l'essentiel, sans subir la pression du marché ou les contraintes marketing du métier. Demander à Hervé Picard d'être mon prête-nom m'a permis d'avoir la paix pendant l'année qu'a duré l'écriture et la réalisation". 

A sa sortie, le film a été salué par la critique, ainsi que par le festival de Cannes où il était en sélection officielle hors compétition. Mon avis sera celui d'un homme qui n'avait encore jamais vu de films de Claude Lelouch. Roman de gare est un film qui au départ dérange. Mais l'on ressort positivement étonné par cette histoire de jeux de masques et la redoutable machination qui a précédé la sortie de ce film ; mise en abîme que l'on retrouve dans Roman de Gare. Et le jeu à la fois sincère et la mise en scène proche de la réalité y est pour beaucoup dans la réussite de ce film.

TITEM 

02/07/2007

La meilleure moyenne au bac 2007 (?)

88a0e924e333c44952f0192557f6c831.jpgChaque année, c'est la même chose. Les lycéens de terminale attendent avec impatience leurs résultats. Anxieux ou sereins, ils attendent de savoir s'ils ont obtenu leur sésame pour passer en études supérieures, s'ils ont obtenu une mention... La pression est d'autant plus forte sur les épaules des étudiants que le seul baccalauréat ne suffit plus à assurer son avenir professionnel. Mais le bac c'est plus que cela. C'est aussi le symbole de toute une génération qui passe de l'âge adolescent" à l'âge des jeunes adultes. 

Le bac, c'est aussi l'occasion de se mesurer aux autres. "Et toi t'as eu mention quoi ?" "T'as eu combien dans telle matière ?". Réflexes qui me font sourire... Encore dernièrement je m'amusais de voir que j'avais obtenu les mêmes notes en épreuves anticipées de Français qu'un ami

Le bac est l'échelon consacré, puisque tous les étudiants de France passent les mêmes épreuves dans leur filière. Et c'est l'occasion pour les médias de présenter -comme chaque année - quelques étudiants. Le plus jeune, le plus âgé... France 2 a par exemple effectué un reportage sur deux jeunes filles d'origine africaines, âgées de 14 ans et futures bachelières.

Et sans doute verrons-nous bientôt celui ou celle qui sera présenté comme "le meilleurb723ad26560ea4c89181914e879fdd91.gif élève au bac"... qui en réalité n'est pas la meilleure moyenne au bac mais une connaissance de tel ou telle journaliste (par l'intermédiaire éventuel d'un parent, prof ou directeur...). C'était déjà le cas l'année dernière et il y a deux ans, et j'en parlais ici même.

Pour le moment j'ai trouvé un 20,23 en baccalauréat scientifique... Félicitations à Victor Margelidon, élève au lycée Jean-Bart de Dunkerque... Qui dit mieux ?

Mais le bac doit rester ce qu'il est, un diplôme symbolique. Il est aussi indispensable qu'insuffisant. Ne perdons pas de vue que l'avenir en études supérieures se joue bien avant l'annonce des résultats du bac : soit par le jeu des concours qu'il a fallu passer, soit par les dossiers en classe préparatoires qu'il a fallu déposer. C'est là que se fait toute la différence. 

TITEM 

P.S. : A la fin d'un reportage consacré à Victor Margelidon, Elise Lucet du JT de 13h a annoncé qu'une lycéenne, Laurence Boivin, a obtenu son bac avec 20.27 de moyenne. Elle était en terminale au lycée Germain de Coutances, dans la Manche.  

... Félicitations à elle et à tous les autres ! 

Quand une journaliste américaine refuse la peoplelisation de l'information

Entre deux cartons à remplir (ce qui explique mon absence en dépit des nombreuses idées d'articles qui me sont venues ces derniers jours), je vous propose cette petite vidéo sur laquelle je suis tombé par hasard. 

La scène se passe aux Etats-Unis, le 26 juin 2007, sur la chaîne américaine d'information continue MSNBC. La journaliste Mika Brzezinski est coprésentatrice de l'émission Morning Joe. La première nouvelle qu'elle doit annoncer est celle de la libération de Paris Hilton. La riche héritière, a en effet été emprisonnée pour avoir conduit en état d'ivresse (ce n'était pas la première fois) et sans permis de conduire. 

En direct, Mika Brzezinski refuse d'annoncer cette nouvelle. Elle déteste cette histoire et estime qu'il ne faudrait pas en parler. Sur la vidéo, on la voit essayer de passer à une autre nouvelle. Elle déchire le script après avoir tenté - en vain - d'y mettre le feu. Puis elle en passe un autre à la déchiqueteuse en annonçant "voilà ce que je pense de l'histoire de Paris Hilton".

Vu de France, les journaux américains passent pour ne s'intéresser qu'aux petites affaires people (les frasques sexuelles de Bill Clinton, même s'il a également menti sous serment, le procès Jackson, les états d'ébriété de Paris Hilton, les courses poursuites...). C'est sans doute en partie fondé. Aussi je trouve ce geste courageux et sain de la part de la journaliste, surtout vu la réaction de son collègue.

Que dire en effet de cette petite phrase mesquine : "You're not a journalist any more" et qui la force à faire son travail ? Ainsi le journalisme pour cet homme (mais pour d'autres aussi) c'est de considérer la libération d'une héritière oisive, à la conduite peu exemplaire, coquille vide créée par les médias, comme l'information principale ? Au détriment, dans le cas présent, du désaveu de la politique américaine par le sénateur républicain de l'Indiana Richard Lugar, autrefois soutien de George W. Bush ?

En France aussi, on critique parfois la tentation sensationnaliste ou peopleisante des médias, surtout télévisés. C'est au public d'affirmer son refus d'un tel écueil néfaste pour l'information, et aux journalistes de résister à la tentation audience plus forte au détriment de l'analyse. C'est moins évident qu'il n'y paraît, la pression existe au sein des médias. La preuve en images. 

TITEM 

01/07/2007

Farinelli (il castrato), de Gérard Corbiau (1994)

b479527f8d6c6adac716e4df20851384.jpgL’histoire de Farinelli, célèbre castrat, devenu une légende de son temps et qui arrêta brusquement sa brillante carrière pour suivre le roi d’Espagne.

Film historique et musicale de Gérard Corbiau
1994 ; 1h56
Avec Stafano Dionisi (Carlo Broschi, dit Farinelli), Enrico Lo Verso (Riccardo Broschi), Elsa Zylberstein (Elisabeth).

Le père Broschi souhaitait que ses fils demeurent toujours ensemble. A Carlo, le chant, et un incroyable talent. Sa castratation lui a permis de conserver sa voix d’enfant, plus pure que la trompette, mais puissante, portée par une cage thoracique d’adulte. Il parvenait à émouvoir les plus sensibles. Bien que certains lui reprochaient de perdre son âme musicale en se fourvoyant dans de pompeuses vocalises. Notamment dans les oeuvres de son frère, Riccardo… 

A Riccardo donc, la composition et l’orchestration. Il met ses oeuvres au service de son jeune frère, qu’il admire. A moins qu’il ne s’agisse de profiter de son talent. Ou encore de se faire pardonner le cauchemar récurrent de son cadet, celui d’un cheval blanc au galop, cause “officielle” de la castration de Carlo. 

La castration, comme mutilation d’un corps façonné et offert par Dieu était rigoureusement interdite… cependant que l’Eglise avait “fabriqué” des castrats, afin de figer dans la naïve l’enfance des hommes dont on privait de leur virilité, mais pas de leur humanité. Une pratique qui se justifiait par l’interdiction faite aux femmes de chanter dans les lieux consacrés. 

Les costumes et les décors sont bien recréés. Pour recréer la voix exceptionnelle de Farinelli, deux autres voix furent nécessaires : celle d’un contreténor, Derek Lee Ragin, et celle d’une soprano colorature, Ewa Malas-Godlewska. pour le reste, le film se perd dans les relations troubles entre les deux frères (l’un séduit, l’autre ensemence…) et les disputes avec le compositeur Haendel. Une liberté prise avec la réalité. Gérard Corbiau a cherché à représenter Farinelli comme Riccardo voulait valoriser son frère : avec des frivolités superflues. Dommage pour ce réalisateur de films musicaux qui sut plus tard faire mieux (comme avec Le roi danse en 2000). 

Au gré des surfs sur Internet, je vous ai trouvé une petite perle, si l’on peut parler ainsi…  Saviez-vous qu’il n’existait qu’un seul enregistrement connu d’un véritable castrat ? J’ai retrouvé cet enregistrement de l’Ave Maria, chanté par Alessandro Moreschi en 1904, dernier castrat connu. Un enregistrement dont la qualité est à relativiser car réalisé sur un cylindre en cire. Par ailleurs, Moreschi n’avait plus bénéficié d’un enseignement à la mesure du caractère singulier de sa voix ; les castrats avaient été oubliés depuis presque un siècle… Cela étant, bien que vieillissant, il est fort possible qu’il n’avait pas le talent de Farinelli, le plus illustre des castrats.
 
TITEM 

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