23/03/2006

Pragmatisme, où es-tu ? (AG de ScPo Rennes 22/03/06)

Une assemblée générale s'est tenu hier soir à ScPo Rennes. Le blocage continu a été voté à près de 260 voix contre 38. ScPo Rennes sera donc bloqué jusque mardi inclus : une manoeuvre très habile mais parfaitement malhonnête : les pro-blocage sont ainsi libres d'aller manifester, de partir s'amuser pour le Critérium des IEP d'Aix-en-Provence pendant que l'IEP est bloqué, puis de revenir manifester et revoter le blocage. Lâche.

Le mouvement "Etudiants anti-blocage" a choisi de ne pas prendre part au vote, ne reconnaissant pas la légitimité de cette assemblée générale qui  :
- Nous impose des étiquettes comme "ScPo en grève". Non, ScPo n'est pas en grève, un certain nombre d'élèves ne se considère pas en grève, des professeurs non plus.
- Par ailleurs, l'inscription à ScPo n'a nullement signifié que l'on autorisait une assemblée générale à décider pour nous des conditions de travail, et à fortiori de nous empêcher de travailler.

Le conflit s'enlisant, nous avons choisi une autre méthode. Pour certains, c'est "se tirer une balle dans le pied". Pour d'autres, c'est la "stratégie des perdants". Si le blocage n'est pas une stratégie des perdants, quel est-il... Et nous assumons cette "stratégie des perdants", mais stratégie tout de même : nous sommes perdants puisqu'une assemblée à laquelle nous n'avons donné aucun mandat nous soumet des choix que nous refusons catégoriquement. Nous dénonçons cette stratégie de la violence, qui parle en notre nom.

Pour ajouter à cette violence, ils cherchent maintenant à analyser notre action en des termes pompeux : "jouer le jeu du gouvernement", "formalisme", "ambiance délétère"... La mauvaise fois patente des étudiants anti-blocage était à la hauteur de leur malaise.

Jouer le jeu du gouvernement, parmi notre mouvement, il y a des personnes qui sont pour le CPE, d'autres qui ne le sont pas. Nous n'entrons pas dans ce jeu politique. Plus que "apolitiques", nous sommes "pluripolitiques". Il n'est nullement question de formalisme : nous demandons que le jeu de la contestation respecte un certain nombre de formes, à savoir, le respect du droit des élèves à suivre les cours normalement.

L'ambiance délétère a démarré au moment où une assemblée a décidé de nous retirer le droit de travailler. Et tous les arguments du style "oui mais le gouvernement lui retire des droits du travail" n'y changeront rien. Cette dernière affirmation étant subjective, et n'obligeant pas des petits chefs à nous commander à leur tour.

L'assemblée générale de hier soir fut particulièrement marquée par une absence flagrante de neutralité de la part du bureau, où 2 membres sur 4 ont pris la parole pour s'attaquer à notre mouvement. Mais pour certains, il est parfaitement incorrect de parler de tribunal stalinien.

Certes, mais est-il pour autant plus correct de lancer des faux tracts où l'on nous prête d'avoir fait allégeance à Rennes II pour lancer les CRS à l'assaut de ScPo ? D'afficher sur les banderoles qu'une "minorité s'en fout" que ScPo soit en grève. On ne s'en fout pas, puisque ça nous empêche de fait de suivre les cours. Est-il plus correct d'affirmer que nous n'avons "aucune valeur" ? Est-il plus correct d'applaudir à tout rompre les circonvolutions intellecutelles des militants communistes qui cherchent à expliquer que la démocratie de l'assemblée générale, c'est génial, que tout le monde peut travailler, que le gouvernement va bientôt tomber et que la lutte doit continuer, que le blocage est le seul moyen légitime... ? Ou de ceux qui affirment sans s'enquérir de la véracité de leur propos ?

Sauf que... Une entrevue avec le directeur nous a permis de mettre les choses au clair. Les cours sont maintenus. Les professeurs sont tenus d'être présents à leurs cours, et de ne pas chercher à faire cours si on leur en empêche. Cela permettra de cette manière à distinguer les professeurs qui sont en grève de ceux qui ne le sont pas.

Malheureusement, peu de personnes ont cru à ce qui a été dit lors de cette entrevue. A savoir, que des cours pourraient être organisés le samedi, les vacances de Pâques sont sur le point d'être supprimées, que les blocages remettent sérieusement en cause la validité des diplômes, surtout ceux des 4ème année et des étudiants étrangers qui ne peuvent rattraper. Nous en reparlerons : la cigale ayant manifesté tout le printemps se trouvera fort dépourvue une fois les examens venus... Sauf que nous, étudiants anti-blocage, refusons d'en être les victimes collatérales.

Notons toutefois que la saisie du tribunal administratif, si elle est envisagée par une poignée d'entre-nous, est loin de faire l'unanimité. Si le conflit peut se régler de manière non jurictionnelle, cela serait fort bien. Mais j'en doute, vu la manière dont nous sommes considérés. De fort mauvais augure pour les prochaines semaines.

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Commentaires

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Amitiés

Ecrit par : coucou | 23/03/2006

Je ne comprends pas votre décision de ne pas voter.
Je ne comprends pas comment vous pouvez considérer l'AG illégitime.
Je ne comprends pas pourquoi vous n'avez pas saisi le tribunal admnistratif plus tôt puisque vous être soucieux de la forme. Cela éviterait tout malentendu et tout rapprochement avec les p'tits jaunes

Je souhaite pour ma part que le blocage ne se poursuive pas trop longtemps. Mais présenter le collectif anti-blocage comme un "mouvement social" est extrêmement drôle. A moins de considérer comme votre gentille membre de 4ème année assistant aux merveilleux cours de M. Neveu qu'un mouvement social peut se cantonner dans la défense de l'ordre établi.



Comme tu fais bien de le préciser vous êtes "pluripolitiques". C'est astucieux car pour croire en l'apolitisme ... Je te mets au défi de prouver que plus de la moitié de vos sympathisants ne sont pas pro-UMP. Néanmoins, n'en déplaise aux nouveaux possédés du managemement, le combat anti-blocage fait le jeu du néo-classico-conservato-catho-fauxlibéro-démopedo-ultra-umpisme et je regrette que sous prétexte de défendre la liberté (le formalisme et l'élévation d'esprit de certains étudiants à l'IEP le permettent encore) votre mouvement ne vienne cautionner celui, plus général, qui vit sur la précarité (je passe sur la dimension économique).

Saisissez le tribunal administratif, très bien. Historiquement quand la légalité l'a emporté sur la constitutionnalité, ce sont les droits des individus qui en ont pâti. Puisque vous défendez la liberté d'étudier, formalisez, formalisez les amis. L'heure viendra où l'égorgement du pourçeau capitaliste se traduira dans les faits.
Avez-vous remarqué que le formulaire-modèle de référé auprès du tribunal est disponible sur le site de l'UMP?


Après ces méchantes paroles, l'heure viendra aussi de faire la paix. Une fois que le gouvernement aura retiré le CPE.

Ecrit par : Filippo | 25/03/2006

Nous n'avons accordé aucun mandat à cette assemblée générale, dont l'avis n'est que représentatif de l'opinion de l'IEP. Je considère que les quelques 260 étudiants qui ont voté pour le blocage se déclarent de facto en grève. Pour ma part, je viens à mes cours et je prends acte ou non de la présence des professeurs ; les cours ne pouvant avoir lieu puisque les salles sont bloquées.

Saisir le tribunal administratif n'est pas une mesure que l'on prend à la légère. Pour être valable, il faudrait que le directeur refuse de mettre à la disposition des étudiants qui le souhaitent, les locaux pr étudier. Or il en est dans l'impossibilité : il ne peut transporter le conflit dans les autres universités, les locaux de l'IEP sont bloqués. Mais il souhaite que les cours reprennent le plus vite possible. N'en déplaise aux pro-blocage qui nous accusent de brandir la menace d'une remise en question des diplômes, menace réelle.

A la différence de certains de mes "camarades", je ne considère pas notre mouvement comme étant social. C'est pour cette raison que je n'y fais pas mention dans ma note, ne comprenant pas en quoi nos revendications seraient sociales.

Vous cherchez, mais c'est caractéristique de l'ensemble des pro-blocages, à expliquer notre mouvement par un appui tacite de l'UMP. C'est parfaitement faux. Nous demandons une chose : la reprise des cours. Faire le jeu de l'UMP ? Oui, pour ceux qui sont pour le CPE, et je ne vois pas où ça pose problème dans leur cas. D'autres manifestent contre le CPE, mais ne souhaitent pas le blocage des cours (si si il y en a). D'autres encore n'ont pas d'avis sur le CPE, ou le jugent inefficace, mais ils ne voient pas l'intérêt de bloquer une université et de gêner l'ensemble des étudiants.

Le blocage de l'IEP de Rennes n'a même pas été mentionné par "Le Monde", qui a fait pourtant tout un article sur la mobilisation des IEP ! On parle de Lille, de Toulouse, d'Aix, de Grenoble... Mais où est Rennes ?

Quant à l'expression "égorger le pourçeau capitaliste", c'est très exagéré. D'autant que nous sommes les premiers à nous satisfaire des fruits de l'économie libérale.

Là où je retiens votre attention, c'est "faire la paix". J'espère que ça sera le cas, et sans trop de difficultés, car le fossé est tout de même profond entre pro et anti blocage.

Une fois que le gouvernement aura retiré le CPE, ou une fois que les syndicats accepteront enfin de dialoguer. Dialoguer, c'est aussi savoir faire des concessions pour l'autre. Et c'est bien joli de dire "le gouvernement n'a pas dialogué il a utilisé le 49-3" : les syndicats n'auraient, de toute manière, jamais accepté de dialoguer sur ce texte.

... Merci pour votre commentaire :)

Ecrit par : Titem | 25/03/2006

Le CPE n'est pas passé au 49.3 ! Il a été voté en bonne et due forme par le Parlement. Je trouve le commentaire de "Filippo" (en fait c'est moi quoi !!! ;-) un peu outrancier même si dans le fond je suis assez d'accord. En fait je l'ai tapé très vite.

La paix future soit avec toi ! ;-) Amen

Ecrit par : Libéral | 25/03/2006

J'aimerai juste signifier que tous ceux qui envisagent qu'une paix va être nécessaire sont ceux qui croient que le conflit a fait se dégénérer les relations entres les différents "camps". Or je suis désolée, mais personnellement, je ne constate pas de changement d'attitude entre les gens avec qui je m'entendais bien avant ce conflit et qui défendent une opinion qui n'est pas la mienne. La tolérance, ça existe. Et si elle était un peu plus défendue, on n'en serait peut être pas là.

Ecrit par : pauline | 26/03/2006

Si ça peut te rassurer, je souhaite à présent que le blocage prenne fin. Aussi bien au début j'étais à 100% pour ... aussi bien après mardi nous nous engageons dans un bras de fer interminable et je me languis de pouvoir retrouver nos professeurs adorés. ;- ;-) Comme tu es tolérante et que globalement les gens t'apprécient (tout comme Julien) tu n'as vu aucun changement d'attitude. Je ne suis pas sûr que ça soit le cas pour tout le monde. A mercredi en COURS, je le souhaite. Et n'oubliez pas en 2007 Bayrou sera président. ((Nota Bene Bene : je le fais exprès.)) Mes hommages.

Ecrit par : Libéral | 26/03/2006

J'oubliais, le Centriste est intolérant en période de Terreur. Sieyès t'en dira des nouvelles .... ;-)!

Ecrit par : Libéral | 26/03/2006

Ce que ça peut me faire rire toutes vos références pour expliquer ce qui se passe en ce moment...Entre la Révolution française (rappellons le c'était en 1789, les moeurs ont un tout petit peu évolué depuis!!!!!) et mai 68 ça en devient un franc n'importe quoi. Si au lieu de manifester en masse on essayait de mieux comprendre ce qu'il se passe on en serait peut être pas là.

Ecrit par : Pauline | 27/03/2006

Il n'est pas interdit de tirer des leçons de l'histoire. Quant aux hommes, vois-tu, je ne suis pas sûr qu'ils aient changé moralement parlant depuis les débuts de l'Epoque Moderne. C'est toute la métaphore du theatrum mundi fréquente en philosophie morale et merveilleusement décrite par La Bruyère. Dans 100 ans ce sera le même théâtre, ce ne seront plus les mêmes acteurs. Certes, en tant qu'individus, mais n'oublions pas l'homme!

Le mépris pour la masse animait déjà les constituants de l'époque révolutionnaire. Et dire qu'à l'époque il y avait, malgré ce mépris, déjà une contre-Révolution!

Ecrit par : Libéral | 27/03/2006

Si la philosophie et la sociologie peuvent apporter leur éclairage ad hoc sur la forme, il n'en va pas de même pour le fond.

Les enjeux économiques et sociaux sont propres à chaque époque, ils n'ont aucun précédent spatio-temporels. Ainsi, halte à ceux qui comparent mai 1968 (croissance, lutte contre la morale traditionnelle) et aujourd'hui (sinistrose éco-morale et refus du "libéralisme" _ si tenté que tous ceux qui l'utilisent à tort et à travers savent de quoi il en retourne).

Pour l'heure, le plus important est de comprendre et de régler les enjeux éco-sociaux.

Au passage je vous renvoie à l'interview de Jacques Marseille, économiste, dans "le Monde" ; pour qui la question à se poser est "Comment, avec une croissance comparable à celle de ses voisins, la France crée si peu d'emplois et exclut du monde du travail les seniors et les juniors?"

Ecrit par : Titem | 27/03/2006

Je parlais de 89, pas de 68. Et même avec 68 il y a des points de comparaisons possibles : contestation de l'intérieur d'une société technicienne technicisée au sens d'Ellul etc ... Je ne m'étends pas.

"Comment, avec une croissance comparable à celle de ses voisins, la France crée si peu d'emplois et exclut du monde du travail les seniors et les juniors?" --> demande à la gauche (qui n'est pas à gauche) et puis à la droite (qui est trop à droite)

Ecrit par : Libéral | 27/03/2006

RDV MANIF NATIONALE: 10H30 IEP (manif 11H PLACE DE LA GARE)

ASSEMBLEE GENERALE: 17H

Ecrit par : Libéral | 28/03/2006

Attention ... aux flics ! (vu sur http://lemmerdeurdesneocons.blogspot.com/)

Témoignage des magouilles des flics-casseurs en fin de manif parisienne.

de Émilie, étudiante en Anthropologie à Lyon II

Je suis allée à Paris le 23 mars 2006. La manif s’est bien passée et il y avait du monde. Nous, gens de Lyon, de Grenoble, de Chambéry, avons formé un beau cortège "Lyon tient son Paris". Certains parisiens sont venus nous remercier d’être venus jusque là et nous étions fiers, même si le gros des lyonnais était à Lyon, sous les gaz des CRS.

Nous étions vraiment nombreux ! Puis, peu à peu, des vagues d’une centaine de "casseurs", appelés au son de cornes de brumes, dévalaient dans la foule, puis occupaient les lignes de bus ! Certains se sont fait voler ou frapper. À la fin de la manif, ils étaient des centaines... Environ 3 000 CRS et gendarmes mobiles bloquaient la place !

Les "casseurs" choisissaient une proie, fonçaient à 20, 30, 50, 100 sur lui (elle) et le (la) défonçaient et le dépouillaient ! Les forces de l’ordres s’en sont pris plein la gueule aussi mais les premiers visés étaient les manifestants. Les manifestants sortaient de la place tant bien que mal mais certains restaient à l’intérieur. Des voitures ont commencé à brûler, les vitrines à péter. Mon groupe a décidé de partir à la gare et je suis restée avec une amie car des potes à moi étaient à l’intérieur.

Les flics bloquaient l’accés à la place à tout le monde. Les passants nous ont accusés d’être les fauteurs de trouble, de faire repartir le bordel des banlieues ! On a dû leur expliquer qu’on était dans la rue car on n’en peut plus de vivre avec 300 euros par mois et d’être pris pour des cons ! Trois casseurs se sont précipités dans la rue, ils ont été interpellés puis sont passés... carte de Police à la main ! Là, on a halluciné, les mecs étaient vraiment chauds ! On s’est faufilé aprés eux car je voulais absolument rejoindre ma pote ! Un flic nous a avertis que si on repassait par là, il nous arrêterait. Il n’y avait plus rien ! Les pompiers éteignaient les voitures mais les casseurs étaient tous partis. Tout était calme...

J’ai rejoint les quais, il ne restait plus que des manifestants en état de choc. On a voulu sortir, mais les camions de flics nous prenaient en sandwich et nous empêchaient de sortir ! Je me suis avancée vers l’un d’entre eux pour lui expliquer qu’on n’était pas d’ici, qu’on hallucinait, qu’on voulait se barrer de cette ville de merde. Il nous a dit d’arrêter de sourire ou que ça risquait de mal tourner. Nous étions piégés ! Pourtant ils voyaient bien qu’il ne restait plus qu’une centaine de manifestants apeurés. Les flics ont commencé à nous filmer et étaient morts de rire face à notre incompréhension et à notre terreur. Ils ont commencé à charger sur ma droite et la foule s’est précipitée contre l’autre cordon de CRS. Une fille, paniquée, leur a demandé des informations, elle s’est fait gazée, puis le gendarme s’est excusé ! Mes genoux claquaient. Le cordon de flics s’est dissous, nous avons couru mais d’autres ont débarqué et ont fait barrage. En fait, ils nous déplaçaient contre le commissariat...

Les cordons se resserraient contre nous, ça hurlait dans tous les sens, deux filles voilées pleuraient. J’avais peur que l’un de nous tombe , que l’on meure étouffés ou piétinés... Les médias étaient parmi nous et nous canardaient de flashs, surtout dès qu’on hurlait. Les flics nous compressaient violemment pour qu’on se révolte et que les médias puissent prendre des photos ! Morts de trouille face aux assauts des forces de l’ordre, nous avons levé nos mains au ciel... Là, ils ont paru bien emmerdés ! Les flash fusaient toujours...

Un flic avec un fort accent de banlieue nous a dit de ne pas paniquer (très drôle), qu’on allait juste vérifier nos identités, que l’ordre de se disperser avait été donné plus d’une demi-heure auparavant et qu’il ne fallait pas nous étonner. Puis vint l’heure de la mise en scène médiatique ! 5 ou 6 flics rentraient en trombe parmi nous, se jetaient sur un mec, le plaquaient violemment au sol. Là, ils attendaient trente secondes, le temps des photos, puis viraient le mec. Ca a duré plus de deux heures. Je tiens à préciser que les arrestations se sont placées dans un ordre bien précis : ils ont commencé par les noirs, puis par les arabes, suivis des mecs qui avaient des dreads ou les cheveux longs, la violence était également graduée. Un gars s’est fait piétiné sous nos hurlements. C’était vraiment très violent..

Nous étions toujours filmés par les flics morts de rire. Ils évitaient tout de même de nous regarder dans les yeux. Par dessus la masse de casques de flics, le drapeau français flottait ; une drôle d’impression m’a serré le bide.... Une bande de 6 "racailles" est sortie escortée de la cour du commissariat. Ils se sont retrouvés avec nous, on a traité les flics de racistes, les gars scandaient artificiellement qu’ils n’étaient pas dans la manif. Ils se sont glissés dans un coin, 5 CRS les ont fait sortir discrètement (nous sommes 3 ou 4 a avoir vu la scène), une fille s’est accrochée à eux pour sortir, les flics sont allés la chercher et l’ont remise dans le cercle, les gars sont partis sous l’oeil complice des flics. Je hurlais sur un photographe, le traitait de collabo, de traitre. Il m’expliqua qu’il prenait juste des photos, qu’il n’écrivait pas les textes dessous, que parfois c’était utile, comme pour le syndicaliste dans la coma par exemple. Je me calmais, je voulais qu’il m’explique. Il m’a confirmé qu’il leur fallait des photos, que Sarkozy sait ce qu’il fait quand il ordonne de ne s’en prendre qu’au manifestants, que tout le monde sait que les RG sont avec les casseurs, sont dans toutes les manifs, dans toutes les AG. Je lui répondais que non, que moi, je ne savais pas, en tout cas pas à ce point !

Nous commencions à comprendre tous ce business, certains flics sont des "casseurs", des RG infiltrés pour embraser la foule, certains "casseurs" doivent avoir des arrangement avec eux pour nous taper sur la gueule dans les manifs (ça passe toujours mieux au JT plutôt que ce soit les CRS ou GM qui nous fracassent) et puis il y a les moutons, ceux qui suivent juste pour se divertir... Ils ont fini par me prendre par le bras pour m’interpeller, enfin ! Le flic était surpris que je vienne de Bron, je gardais le silence face à sa voix toute douce, il m’a souhaité un « passez une bonne soirée mademoiselle », sourire charmeur à l’appui, comme si tout cela était tout à fait normal, comme s’il avait l’habitude ! Il était 20 heures, l’heure des infos. Mes deux amies sont sorties juste après moi, mais nos deux potes, eux, n’étaient pas dans la rue...

On les a appelés, ils étaient dans un fourgon et allait être dispatchés dans des commissariats, ils ne savaient ni quand ni pourquoi, mais on les laissait répondre au téléphone. On a donc loupé notre train qui partait à 20h, on les a attendus jusquà 22h puis on a pris le dernier TGV pour Lyon. Un des deux a été relâché vers minuit, aprés avoir été transporté dans plein de cellules ; on lui a demandé s’il reconnaissait avoir perturbé l’ordre public puis on l’a relâché. Il n’avait toujours pas de nouvelles du dernier. Ils étaient de retour aujourd’hui."

Ecrit par : Libéral | 28/03/2006

"La Confédération des Syndicats Libres (CSL) était un regroupement de syndicats ouvriers dits «maison» ou «jaune», sous influence de l'employeur.

On les retrouvait notamment dans le secteur de l'industrie automobile, à la Poste (en 1971, le ministre Robert Galley leur accorde 25 détachements permanents), à la Ville de Paris.

La CSL ne nommait autrefois CFT Confédération Française du Travail, et auparavant encore CGSI. Le sigle CFT a été abandonné après la mort de Pierre Maître. Dans la nuit du 4 au 5 juin 1977, aux Verreries mécaniques champenoises à Reims, un commando tire sur les grévistes. Le militant CGT Pierre Maître, meurt le lendemain , deux autres cégétistes sont gravement blessés. Quatre des cinq hommes du commando, arrêtés par la police, sont adhérents à la CFT." (Wikipedia)

Hommage à ces morts en ce jour de mobilisation nationale. A noter qu'il s'agit bien de la La Confédération des Syndicats LIBRES

Libéralement vôtre ..........................................................................................................................................................................

Ecrit par : Libéral | 28/03/2006

"Le mouvement "Etudiants anti-blocage" a choisi de ne pas prendre part au vote, ne reconnaissant pas la légitimité de cette assemblée générale"

Je ne connais pas les circonsatnces exactes de la tenue de cette AG mais je ne comprends pas en quoi elle pourrait être illégitime. En première année à Sciences-Po Bordeaux, j'ai pu participer aux AG qui se sont déroulées à l'IEP.

Après deux assemblées consacrées à des débats sur le CPE - avec l'eclairage de professeurs d'économie et de droit du travail - des propositions de mobilisatiuon ont été évoquées lors d'une troisième AG. Elles ont été soumises au vote le lendemain, vote qui fut à bulletin secret et avec un isoloir. A 471 voix contre 282 (d'après mes souvenirs), le blocage sous toutes ses formes de l'IEP a été refusé. Il en a été de même des autres types de mobilisation : la grève - c'est à dire l'ettiquetage "Sciences-Po en gréve" et la banalisation des cours - ou bien l'occupation des amphis où auraient pu se tenir des forums de discussion.

Ce que je tenais à montrer à travers ce message, c'est que je ne pense pas que l'AG est en soi illégitime. A Bordeaux, chacun a pu prendre la parole pour exprimer son point de vue. Lors de la dernière AG, chacun a pu proposer des formes de mobilisation... ou de non-mobilisation. Tous les points de vue étaient entendus. Ce qui peut être anti-démocratique, illégitime, c'est la forme que prend cette assemblée. Laisse-t-on toutes les opinions s'exprimer librement ? Le vote se fait-il démocratiqyement, et non à main levée comme dans les pires dictatures ?

Si ces condiitions sont respectées, je ne comprends pas la critique faite aux AG. Evidemment, une minorité ne sera jamais d'accord, mais cela se retrouve dans tous les scrutins. Ce n'est pas parce qu'une minorité de auraient préféré Jospin en 2002 que l'élection n'a pas été légitime.

Je pense que ce qui peut être critiqué, plus que le principe de l'AG, c'est le blocage des locaux qui au nom d'une liberté empêche une autre liberté, celle d'étudier. Pour preuve, si le blocage avait été majoritairement refusé, cet état de fait aurait-il été jugé illégitime car émanant d'une AG ?

Ecrit par : Etienne | 29/03/2006

Avec recul Etienne, je partage davantage ton avis. D'ailleurs, j'ai voté hier. Contre le blocage, cela va sans dire.

Qu'est-ce qui m'a fait changé d'avis ? J'ai estimé qu'il était regrettable que l'on ne se serve pas de l'opportunité qu'il nous ait donné de nous exprimer. Ce qui ne signifie pas que je cherche imposer mon avis à d'autres. Au moins, notre non-participation au vote a-t-elle marqué le coup.

En conséquence, l'assemblée se réunit, discute, chacun a la possibilité de s'exprimer... Mais elle n'a aucun droit, n'ayant pas été "élue" ou "formellement investie" du droit de décider des mesures concernant nos cours. L'inscription à ScPo n'a pas signifié cela, à la différence de l'inscription en mairie.

Notons par ailleurs la différence entre les ScPo, où une majorité s'exprime, et les autres facs, où une minorité s'exprime.

Ecrit par : Titem | 29/03/2006

Excellente remarque Etienne. Je connais aussi quelques personnes qui ont assité à l'AG à l'IEP de Bordeaux. Ils étaient tout de même un peu plus nombreux que nous (environ 800). Mais peut-être que pour le collectif anti-blocage la liberté n'est qu'une technique et non une valeur (voir la distinction de Burdeau sur le sujet) et c'est pourquoi il y a établissement d'une échelle de liberté. "Telle AG est plus démocratique" ... c'est ce qu'on m'a dit pour Bordeaux.


Pour la liberté dont tu parles à la fin de ton message je t'invite à relire l'article de Wikipedia de mon dernier message. C'est un petit clin d'oeil autour de l'instrumentalisation de la notion de liberté qui, certes, n'existe qu'entre des limites volontaires, mais qui, néanmoins ne peut se réduire à la défense de l'ordre établi. La liberté c'est joli, mais encore faut-il qu'elle soit libre. De la même manière, je ne crois pas en l'apolitisme qui est de droite. Regarde Chasse pêche nature et tradition! Non sans blague eux aussi se disent apolitiques.

"Parti des Chasseurs.

Ils aiment canarder toutes sorte de volatiles et autre gibier. Caricature du beauf aviné qui ne veut pas changer ces petites habitudes, au risque de ne plus pouvoir les apprécier par la suite.

Se disent apolitiques, donc de droite, voire de l’extrême.

Bref, autant j’apprécie le gibier en sauce, autant ces clowns qui tirent à balles réelles ne me font pas rire"

Autant j'aime la liberté, autant je repère le néo-libéral qui à l'image de Neelie Kroes, n'est rien moins qu'un conservateur. (NB : le terme "conservateur" n'est pas forcément une insulte ;-)

Ecrit par : Libéral | 29/03/2006

En revanche, je veux la reprise des cours!!!!!! et le blocage les jours de mobilisation Nationale.

Ecrit par : Libéral | 30/03/2006

Bravo les gars, tenez bon contre ces bloqueurs.

A Sc Po Paris, on les a eu : pour court-circuiter les AG, on a mobilisé tous les étudiants en les invitant à participer une fois à un de ces trucs pour faire voter le principe du scrutin à bulletin secret. Résultat, un scrutin hier avec plus de 50 % de participation (une heure de queue pour voter tellement la participation a surpris) et finallement, le blocage a été rejeté à 75 % et la suspension des cours les jours de manif à plus de 55 % : comme quoi, le respect de procédures démocrtiques ne donne pas les mêmes résultats que les votes à mains levées en AG.

Ecrit par : Babar | 31/03/2006

Les personnes prônant le vote à main levée ont peut-être lu Jean Paul Sartre ... le vote à bulletin secret étant pour lui une trahison. Autant j'aime ce philosophe pour certains ouvrages, autant je trouve que là il a poussé le bouchon un peu loin. Il n'empêche que le vote à bulletin secret est une manifestation de l'individualisme ... qui peut être source d'émancipation... mais pas uniquement si on creuse la réflexion.

Ecrit par : Libéral | 31/03/2006

Je pense surtout que l'isoloir a amené la liberté.

Ecrit par : Pauline | 01/04/2006

Tout à fait ! Liberté pour les femmes enfin acquise contre le conservatisme du Sénat sur la cause féministe dans les années 1920.

Ecrit par : Libéral | 06/04/2006

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