17/03/2006
CPE : point de vue d'un étudiant de ScPo Rennes anti-blocage et pour une négociation de la loi

"Juste contre le blocage : il est interdit d'interdire aux étudiants d'étudier"
Après un jour de blocage mardi dernier, ScPo Rennes est de nouveau bloqué, et ce depuis hier jeudi jusque lundi inclus. Les médias ont beaucoup montré la mobilisation des jeunes contre le CPE, et ont beaucoup parlé de Rennes, "la ville où les jeunes sont le plus mobilisés".
Mais heureusement depuis quelques jours, on commence à voir quelques reportages sur les étudiants qui sont contre les blocages. Attention : je n'ai pas dit les étudiants qui sont pour le CPE, mais des étudiants qui sont opposés au blocage. Cela peut être des étudiants qui sont pour le CPE, pour une réforme du CPE (et c'est mon cas) ou contre le CPE. Leur point commun est qu'ils jugent le blocage des universités et des lycées illégal : ces actions ne sont le fait que de groupes actifs voulant imposer leurs lois aux autres. Pour ScPo Rennes, c'est particulier : près de la moitié des étudiants ont pris part aux votes, soit environ 300. Mais que dire de Toulouse, faculté de 16.000 étudiants bloqués par 400 agités ? L'image de cette étudiante anti-CPE/pour le blocage de Toulouse, choquée et qui "prônait le dialogue" m'a particulièrement marqué. Peut-on parler de dialogue lorsqu'il s'agit, et c'est le cas de nombreuses universités, de bloquer pour mobiliser, au lieu de mobiliser pour une action qui ne nuise pas aux autres ?
Par ailleurs, on entend de chaque point actif contre le CPE des voix qui s'élèvent pour dénoncer les casseurs, qui ne font pas partie de leur mouvement. Si les dégradations et les incidents commis à la Sorbonne comme à Rennes doivent être condamnés, il me semble qu'ils doivent assumer ces casseurs et anarchistes dans leurs rangs. Nous autres, minorité d'étudiants, on nous classe parmi les opposants au CPE et partisans du blocage, ce que nous ne sommes pas. "ScPo en grève"... mais nous ne l'avons pas souhaité. Alors qu'ils assument cette minorité violente parmi leurs rangs, comme nous sommes obligés de faire avec les voix des plus bruyantes des opposants au CPE. Certains voulaient "foutre le dawa", ne pas organiser de "blocage tou tou you tou avec cocktails, cafés et pastis" (entendu en AG...) : quelques minorités de casseurs leur ont donné raison.
On nous dit ça et là que le blocage est la meilleure solution. Les manifestations ne leur suffisent donc pas, il faut encore perturber ceux qui veulent tout simplement travailler "par solidarité" ? Mais quelle solidarité ? Pour "protéger le droit du travail" ? Mais quel droit du travail, alors que l'on nous nie ce droit au travail, ce droit d'étudier sans être perturbé !
Le débat est de toute manière tronqué par les positions extrêmes de chacun, qui prétend mieux connaître la réalité que les autres. A gauche, c'est le droit du travail, contre les méchants patrons qui licencient les pauvres fourmis travailleuses. A droite, c'est la présentation de ce contrat "le plus évolué, le plus sûr" qui va régler la question du chômage...
Un peu de pragmatisme : les entreprises ont besoin d'embaucher des jeunes en prenant un minimum de risques, les jeunes ont besoin d'être insérés dans le marché du travail. Virés du jour au lendemain ? Faux, il y a un préavis de 15 jours. Cela dit, c'est assez peu. Sans indemnités ? Faux : elles sont proportionnelles... mais assez faibles. Sans condition ? Faux : le droit du travail reste appliqué. Les patrons qui ont licencié leurs employés pour des raisons non valables ont été sanctionnés.
Qu'on laisse au moins le bénéfice du doute au gouvernement pour mener à bien sa réforme ! La France est-elle un pays rouillé où aucune réforme de fond puisse être menée sans voir aussitôt une levée de boucliers des plus farouchement accrochés à leur "droit" ? Le droit de la génération pantoufles : 35 heures, congés payés, congés parentaux, 13ème mois... J'en discutais avec des personnes qui cherchent à recruter des jeunes : quel intérêt auront-ils pour le développement de leur entreprise (donc des employés et des clients) à embaucher un jeune qui, avant de savoir sa mission dans l'entreprise, cherche à connaître ses "droits" et son salaire ?
J'espère que le gouvernement ne cèdera pas à la rue. Même s'il est nécessaire de revoir plusieurs points sur le CPE, notamment la période d'essai (18 voire 12 mois ne seraient-ils pas suffisants ?), et la certitude que l'on ne puisse pas licencier pour des motifs fallacieux. Car un échec du gouvernement ne servirait personne. Pas les patrons qui veulent embaucher, pas les jeunes qui auraient pu être embauchés... Pas la France qui montrerait qu'on ne peut mener de réformes de fond, et surtout avant les échéances électorales. En espérant que cela ne serve en rien les destinées des partis extrêmes.
Non l'avenir n'est pas bloqué en France. Il suffit de vouloir le changer, en faisant chacun de son côté des concessions. Si l'avenir est si bloqué que ça en France : allez donc au Royaume-Uni, au Danemark, au Canada ou aux Etats-Unis, pays à forte croissance, où le chômage est faible et l'emploi encore plus souple ! ... L'exemple danois étant bien plus conforme avec notre conception d'épanouissement dans le travail qu'aux USA, bien entendu.
Plus qu'un contrat, qui ne peut être qu'un catalyseur pour changer les choses, c'est sur une véritable refonte des mentalités qu'il faut travailler. Pour que les patrons investissent en emplois au lieu d'accumuler leurs euros, pour que les employés et les enfants de l'Etat-Providence cessent d'attendre qu'on les nourisse à la petite cuillère.
Autres notes :
TITEM
22:50 Publié dans Retour de manivelle : politique, Sciences Po Rennes | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : CPE






Commentaires
comment dire ?
tout à fait d'ac o d'ac avec toi.
CIAO
Ecrit par : egaloo | 20/03/2006
ravie de mon passage sur ton blog, je me permets de faire un lien dans un de mes messages futurs. A bientôt et bonne continuation!
Ecrit par : tica | 08/04/2006
arretons le delire et reprtennosnles cours
Ecrit par : julie | 08/04/2006
"J'espère que le gouvernement ne cèdera pas à la rue"...
Désolée que ton voeu n'ait pas été exaucé!!!
Ecrit par : Maelle | 25/04/2006
Certes... Mais cette note que j'ai publiée l'a été le 17 mars : depuis il s'est passé beaucoup de choses.
Et aujourd'hui, on fait quoi ?
Ecrit par : Titem | 26/04/2006
A "Grete" ou "Gholamal", mais dont l'IP est : 63.247.83.178
Je vous saurai gré d'arrêter de polluer mon blog avec vos adresses bidons. Et je ne vous remercie même pas.
Ecrit par : Titem | 09/05/2006
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